Les actionnaires de Tesla ont approuvé un plan de rémunération, indexé sur les performances boursières du célèbre constructeur de voitures électriques, sur  les dix prochaines années, et qui pourrait s’élever à 56 milliards de dollars.

Un plan de rémunération ambitieux voire même « sidérant » pour certains cabinets de conseils spécialisés. C’est selon. Toujours est-il  que les actionnaires de Tesla, réunis en assemblée générale à Frémont en Californie au siège du groupe, ont approuvé, à hauteur de 73%, un plan qui pourrait, à terme, atteindre la bagatelle de 45 milliards d’euros soit 56 milliards de dollars pour l’entrepreneur d’origine sud-africaine et maître d’œuvre de Tesla Motors. Dans le détail, ce fameux plan prévoit des stocks options exerçables en douze étapes, comme le rappelle Les Echos, correspondant à un seuil de capitalisation boursière à franchir pour le groupe. La première étape consiste à atteindre une capitalisation boursière de 100 milliards de dollars (aujourd’hui Tesla est valorisé à 56 milliards de dollars) tandis que celle-ci devrait continuer à augmenter de 50 milliards d’euros sur chacune des 11 étapes restante, jusqu’à parvenir, lors de la dernière étape, à un montant avoisinant les 650 milliards de dollars. En d’autres termes, ce nouveau système de rémunération ne prévoit plus de salaire fixe pour le milliardaire mais dépend en totalité de l’évolution du cours de Bourse et de la réalisation d’objectifs opérationnels du groupe.

Comme vu précédemment, la valeur actuelle de Tesla en Bourse avoisine les 56 milliards de dollars. L’objectif est donc d’atteindre les 650 milliards à l’horizon 2028 soit 10 fois plus que la capitalisation actuelle d’un mastodonte de l’automobile comme General Motors et qui ferait de Tesla l’une des sociétés les mieux valorisées du monde juste derrière d’autres poids lourds comme Alphabet (Google) ou encore Microsfot. Elon Musk, selon ce tableau de marche, pourrait donc posséder jusqu’à 55,8 milliards de dollars d’actions Tesla et plus d’un quart du groupe d’ici dix ans. Néanmoins, pour recueillir les fruits de ce plan, Elon Musk devra conserver les rênes de l’entreprise, soit en tant que PDG ou directeur exécutif voire même en tant que responsable produit. Une variable de rémunération « peu commune » qui a reçu les foudres de certains cabinets de conseils. « Le coût est relativement sidérant comparé aux niveaux de rémunérations des dirigeants d’entreprises cotées à travers le monde », avait plaidé le cabinet de conseils Glass Lewis auprès des actionnaires et avait appelé, comme Institutional Shareholder Services (ISS), autre grand cabinet de conseils américain, à rejeter ce plan.

Sécuriser la place de numéro 1 de Tesla 

Mais les défenseurs de cette rémunération colossale ont rétorqué que cela permettrait au fantasque milliardaire de rester à la tête de Tesla dix ans de plus et ainsi être en mesure de conduire sereinement le groupe vers la transformation du secteur automobile. Une aubaine pour Tesla en somme, selon les actionnaires, le groupe s’assurant via ce plan de pouvoir encore bénéficier, pour au moins une dizaine d’années, des géniales inspirations et fulgurances de son leader charismatique.  Elon Musk  a perçu un salaire de 49 720 dollars en 2017 en tant que PDG de Tesla et ne devrait rien recevoir cette année. Mais ce sont sa personnalité et sa vision qui sont derrière la flambée du cours de Tesla à Wall Street alors que le groupe n’a vendu que 80 000 véhicules l’an dernier et est actuellement empêtré dans des problèmes de production de son Model 3, berline d’entrée de gamme qui doit lui ouvrir les portes du marché automobile de masse. Une condition sine qua non pour être en mesure, en termes de volume, de lutter avec les constructeurs dits traditionnels.

Ce mois-ci, Tesla a prévenu la plupart des presque 500 000 futurs propriétaires que la livraison de la Model 3 serait repoussée de nouveau à cause des problèmes rencontrés sur les lignes de production, et plus particulièrement pour la version de base. La Model 3 « standard », celle vendue au prix d’appel, entrera en production à la fin de l’année plutôt qu’en début, a déclaré la marque de Palo Alto après avoir posté ses résultats au début du mois. Quelques chanceux pourront peut-être obtenir leur voiture tant désirée avant la fin de l’année, soit deux ans et demi après l’ouverture des précommandes. Mais la majorité des clients devraient tabler sur une livraison en 2019 ou 2020. Pour rappel, l’an dernier, avant de lancer la production de la Model 3, Elon Musk prévoyait de sortir 10 000 véhicules par semaine pour fin 2018. En 2017, Tesla en a construit moins de 2 700 et a réussi à en sortir 1 000 par semaine, tout en essayant d’atteindre un rythme de production de 5 000 unités hebdomadaires avant la fin de 2017, en vain. Il reste donc encore (beaucoup) de chemin à faire avant que Tesla devienne le roi de l’automobile mondial.

Avec Anna Chapelle