Agacé par la mainmise du premier actionnaire de Tesla et de ses proches qui règnent en maître sur le conseil d’administration du constructeur, un groupe d’investisseurs particulièrement influents tente de contrarier l’hégémonie de l’homme d’affaires sud-africain.

Vent de fronde chez Tesla ?  Alors que cinq des sept membres du conseil d’administration du célèbre constructeur américain de voitures électriques, siégeant autour de la table, sont considérés comme des proches d’Elon Musk, la grogne monte chez certains actionnaires qui pointent des risques de conflits d’intérêts. Si leur « poids » stricto-sensu au sein du capital de Tesla est somme toute relativement modeste, ces cinq investisseurs disposent d’une caisse de résonance non négligeable. En effet, parmi ce quintette de « frondeurs » figurent le deuxième fonds de pensions américain et l’ensemble des dissidents affirme gérer près de 730 millions d’euros d’actifs.


Quelles sont, dès lors, les revendications de cet escadron de rebelles ? Ces derniers réclament la nomination de deux administrateurs indépendants, « qui n’ont ni relations personnelles ni professionnelles passées avec Elon Musk », selon une lettre, datée du 10 avril.  Dans le détail, Le groupe d’investisseurs ayant signé ladite missive est composé des fonds de pension de la ville de New York et de l’État du Connecticut, le fond de pension gérant les retraites des enseignants de Californie (CALSTRS), les fonds d’investissement CTW et Hermes Equity. La « réponse » de Tesla ne s’est pas faite, attendre, le constructeur affirmant être dans une démarche « active » de recherche d’administrateurs indépendants. « Nous devons faire des annonces sur l’ajout de nouveaux administrateurs bientôt », s’est borné à déclarer un porte-parole du groupe.

Un « timing curieux »…

Une « rébellion » dont le timing laisse quelque peu perplexe. En effet, Tesla a inscrit un record lundi sur le Nasdaq au point même de ravir (brièvement) à General Motors le titre de première capitalisation boursière du secteur automobile aux Etats-Unis. Soit un « contexte » économique particulièrement florissant pour le groupe qui aiguise l’appétit des uns et des autres désireux de prendre une part du « gâteau » Tesla qui a réalisé des ventes records au premier trimestre. Dans le détail, le constructeur est donc parvenu à écouler plus de 25 000 véhicules sur les trois premiers mois de l’année (25 148 très précisément), surpassant ainsi les attentes des analystes.

Une solide publication qui a mis le conglomérat – également présent sur le marché de l’énergie, l’espace ou encore l’intelligence artificielle – dans les meilleures dispositions pour réaliser son objectif de 50 000 ventes au premier semestre 2017 pour ses deux modèles haut de gamme, à savoir la berline Model S (13 450 véhicules vendus au T1) et le Model X (11 150). Tesla a donc su, patiemment, susciter l’intérêt des investisseurs et a, également, profité de la bonne tenue des marchés puisque son action a décollé de 17,6% sur les 12 derniers mois, surperformant le marché puisque, dans le même laps de temps, l’indice Standard & Poor’s 500 (S&P 500) ne progressait « que » de 15,4%.

47 milliards de capitalisation

Si le titre de première capitalisation boursière automobile est finalement resté dans le giron de General Motors, Tesla a doublé – avec 47 millions de dollars- un autre fleuron américain du secteur, et pas des moindres, puisqu’il s’agit de Ford qui produit des millions de véhicules par an. C’est là tout le prodige d’Elon Musk qui a réussi à mener un groupe balbutiant, naviguant à vue, à une formidable machine de guerre, repoussant les limites de l’innovation – au sein de ses nombreux secteurs d’activité- les unes après les autres.

Pour se rendre compte du chemin parcouru, un chiffre : 17. Soit en dollars le prix d’introduction de Tesla Motors, désormais Tesla INC, à Wall Street au début de l’été 2010. Ce mercredi, pour s’offrir une action Tesla, il fallait débourser pas moins de 296 dollars. Une ascension “irrésistible” qui attise forcément la convoitise.