Bis repetita ! Les économistes se mouillent une nouvelle fois, comme ils l’avaient fait il y a cinq ans en faveur de François Hollande. Cette fois-ci, c’est Emmanuel Macron qui a leur préférence. Alors, Emmanuel Macron, successeur de la politique de Hollande ou renouvellement de l’offre politique, qu’en pensent les économistes signataires ?

Tout roule pour Emmanuel Macron qui continue d’engranger les soutiens. Si François Hollande ne fait que murmurer son probable vote pour le candidat d’En Marche, ce sont deux nouveaux appuis de taille que vient d’engranger Emmanuel Macron.

D’abord, Wolfgang Schauble, le ministre des finances allemand, ce conservateur hyper maniaque des dépenses publiques, qui a déclaré que s’il était français, son vote irait « à ce candidat centriste », et ce, malgré son appartenance politique au parti de Mme Merkel, pourtant à droite. L’Allemagne, c’est le sérieux budgétaire, et ça fait toujours bien de pouvoir l’afficher à son tableau de chasse.

Ensuite, un nouvel appui, celui de 40 économistes, analystes du monde économique et social, qui se sont réunis pour signer une tribune dans Le Monde. Remake de 2012 ? Oui, les économistes sont de retour et comptent, cette fois encore, faire entendre leur voix. Celle de l’analyse des programmes présidentiels et du choix de celui « le plus à même de poser les bases de la nouvelle croissance économique de demain », celui d’Emmanuel Macron.


Alors, ce ne sont pas les quarante mêmes. On en retrouve ici un peu moins du quart. Le très médiatique Thomas Piketty est allé soutenir la thèse du revenu universel avec Benoit Hamon, et d’autres, comme le président du Cercle des Economistes Jean-Hervé Lorenzi, n’ont tout simplement pas tenu à sortir de leur réserve ou de prendre le risque de ce qui a pu leur être reproché. Du côté de Macron, il y avait ceux qui s’étaient déjà rapproché de l’ancien ministre de l’économie. Certains récidivistes de 2012: Elie Cohen a contribué à l’élaboration du programme, Yann Algan, spécialiste de l’économie digitale, avait déjà affiché son rapprochement; alors que Philippe Aghion est à l’origine d’une tribune signée dans les Echos pour un vote Macron. Mais aussi des nouveaux noms, dont beaucoup de jeunes économistes à l’instar d’Emmanuel Farhi, de Harvard.

Alors, quels arguments nous servent ces économistes pour en arriver à la conclusion d’un vote Macron ? Ils sont au nombre de 3 :

Premièrement, le soutien à la vision qu’a Emmanuel Macron d’un système économique et social, ouvert à la mondialisation et à la justice sociale. Dans son esprit oui, mais pas dans la totalité des mesures du programme.

La vision d’un système basé sur le travail et la nécessité de le voir récompensé, à l’inverse de ce que propose le revenu universel, soutenu par le candidat socialiste. La proposition de soutenir les entrepreneurs grâce à l’allocation universelle fait mouche ; mais aussi, pour les entreprises, celle d’une meilleure flexibilité dans l’organisation du travail.

L’innovation et la formation, au cœur de programme, et qui permettrait de faire monter en gamme l’offre productive française.

Deuxième argument : la volonté de faire barrage à Marine Le Pen est évoquée. Celle d’un vote utile, en soi. L’accession au pouvoir de la candidate du Front national qualifiée de « catastrophe économique, sociale et démocratique », entraînant « une régression historique pour les français, et notamment les plus modestes ». Ici, le soutien est bien pro-européen et pro-euro.

Dernier argument, celui d’une politique au dessus des partis traditionnels. De ce renouvellement demandé de manière unilatérale, par les élites politiques, médiatiques mais donc aussi économiques. « Le jeu des partis politiques traditionnels a rendu impossible la formulation de choix favorables à la construction d’un Etat-providence refondé et d’une croissance nouvelle. ».

Cela dit, on remarque deux absences de taille dans ce manifeste.

A la différence de 2012, pas un mot sur le monde financier. Alors que dans le manifeste pour Hollande la finance internationale était violemment clouée au pilori, en évoquant stock-options, évasions fiscale ou taxe sur les transactions financières. Ici, pas un mot.

Deuxième remarque : le soutien à demi-mot à une politique de l’offre. « Les baisses de charges pour diminuer le coût du travail sont nécessaires mais pas suffisantes » .Ce virage même que François Hollande a pris, timidement, à mi-mandat, mais qu’Emmanuel Macron a plus clairement inscrit dans son programme.

L’année dernière, soit quatre ans après l’élection de François Hollande, certains signataires de 2012 n’avaient pas hésité à parler de déception, de manque de réforme, voire même de catastrophe. Le constat d’une “inaptitude des trois derniers présidents à modifier si peu que ce soit une règle du jeu délétère dans le pays”, selon Elie Cohen, était cinglant. Cette règle délétère d’un jeu politique encore trop court-termiste pour oser prendre ses responsabilités et changer les choses.