Entre le bon coin, Gens de confiance et Mano Mano, Smiile est un réseau social doublé d’une plateforme de service qui vise à recréer du lien localement. Elle travaille avec la “mégabanque” Mizuho pour combattre l’isolement au pays du soleil levant.

Une association entre une jeune pousse qui siège à Saint-Malo et une des trois plus puissantes banques japonaises : voilà un mélange des plus étonnants. Smiile, réseau social de proximité, a signé un accord avec Mizuho, une des trois “mégabanques japonaises” pour un déploiement au Japon. La start-up malouine, qui s’est fixée pour objectif de travailler à la reconstruction du lien social local grâce à l’entraide entre voisins et la redynamisation des villes et territoires, aura pour mission d’apporter tout son savoir faire au territoire japonais et ses 126 millions d’habitants, à partir d’avril 2020.

Smiile est à la croisée des chemins entre le bon coin, Gens de confiance et Manon Mano par exemple. Concrètement, Smiile est un site internet qui comprend un réseau social et divers services de mise en relation entre particuliers afin de communiquer, se prêter du matériel – ou en vendre – et rendre service, avec ou sans rémunération. Le plus de Smiile : c’est de mettre en relation les gens à des échelles très locales : un quartier, une résidence, un immeuble : “Chez Smiile, votre voisin virtuel est un voisin réel”, explique David Rouxel, 42 ans, CEO de Smiile. Pour intégrer le site, il faut en effet montrer “patte blanche” : utilisation du vrai nom, vérification avec des documents administratifs, et cooptation sont autant de moyens de s’assurer de l’existence réelle des membres. “Aujourd’hui, si vous voulez vendre un meuble, faire du covoiturage avec votre voisin, ou faire réparer votre évier qui fuit, vous devez passer par autant de plateformes différentes, poursuit M. Rouxel. Smiile propose de tout avoir sur la même plateforme.”

David Rouxel, CEO de Smiile

Universel et local 

Créée en 2015, Smiile – qui s’appelait au début “Mon p’tit voisinage” – revendique 500 000 utilisateurs actifs dans plus de 40 000 réseaux de quartiers ou de résidence. Elle a également signé des partenariats dans 70 communes, comme Chavenay, près de Versailles ou avec Lyon pour le nouveau quartier Lyon Confluence. C’est d’ailleurs sur ce genre de partenariats que repose le modèle économique de l’entreprise : “Nous ne monétisons pas les données des particuliers, pour qui le service est gratuit et le restera toujours, assure David Rouxel en paraphrasant Mark Zuckerberg. Nous passons des contrats avec des bailleurs sociaux, des mairies, des constructeurs, qui s’abonnent à notre service, l’adaptent pour créer des réseaux à l’échelle locale. Cela facilite leur communication et leur permet de faire remonter plus facilement les problèmes du terrain”. 

Cette approche locale et inclusive se veut également universelle. D’où le déploiement au Japon. La solitude est un véritable fléau qui touche plus de 15 % de la population (en France ce chiffre ne dépasse pas les 8%). Un malaise qui a des répercussions préoccupantes sur l’ensemble du territoire. Le Japon multiplie les difficultés sur le plan sociétal : essor de l’individualisme, adoption peu élevée des usages collaboratifs, tissu associatif local très peu développé… “L’économie collaborative y est beaucoup moins développée qu’une France”, relève M. Rouxel.

Le Japon, et au-delà

Pour répondre à ces problématiques et investir le thème du vivre-ensemble, Mizuho a réalisé en 2019 un benchmark très précis des différentes solutions d’entraide existantes à travers le monde. Au terme de cette enquête, les dirigeants de Mizuho ont été séduits par la richesse et la complémentarité des services collaboratifs proposés par la plateforme Smiile, ainsi que par l’écosystème local qui s’y trouve réuni. Le choix s’est porté sur la start-up française, alors en concurrence avec la licorne américaine NextDoor.  

Ce partenariat est une première étape dans le déploiement plus large des services et des valeurs de Smiile. Face aux projets “Smart City” qui se multiplient dans le monde entier, et au besoin croissant d’innovation digitale à “impact” (environnemental, économique et sociale), Smile sera en capacité dès 2020 de couvrir de nouveaux territoires et pays, via une adaptation culturelle et technologique adaptée. 

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