Si l’Angleterre est aujourd’hui considérée comme la capitale de la FinTech, la France peut fièrement prétendre à la place de capitale mondiale de l’économie collaborative. Même si le terme d’économie collaborative est utilisé pour des secteurs aussi disparates que la location d’objets ou le covoiturage, la traduction « crowd-fundée » ou le « Uber de [quelque chose]  », il cache en fait une même volonté de la part des prestataires de service d’avoir une activité qu’ils contrôlent quasi-totalement, où ils peuvent aussi bien utiliser leurs biens, leurs bras, ou leurs esprits, dans un désir de recherche d’un autre de capitalisme.

 

Une envie d’indépendance

Le terme d’économie collaborative, tellement français qu’on le confond maintenant presque avec « French Tech », regroupe plusieurs univers, tous liés par le même désir d’innovation, d’entrepreneuriat, de rayonnement international, mais surtout de réussite. Quand on parle de l’économie collaborative, on parle surtout de la partage et de la « gig economy ».

Le terme de « gig » vient de la musique, où les artistes cherchent des « petits boulots » pas trop mal payés, qui leur permettent de s’entraîner, de faire leurs armes, qui ne requiert pas une grosse structure, peuvent être mis en place rapidement, et surtout les aident à se faire connaître et à grandir. La « gig economy » est similaire : les prestataires de services recherchent avant tout un travail sans engagement, flexible, qu’ils peuvent faire à leur convenance (« on-demand »), sans avoir besoin de créer une entreprise de toute pièce pour pouvoir être payé quelques heures, quelques jours, ou le temps d’une saison, et après avoir à soutenir une entreprise sans chiffres d’affaires. La « gig economy » s’inscrit donc directement dans le statut français de l’auto-entrepreneuriat, qui permet de commencer son activité sans lourdeur administrative ni financière, et vise à créer un environnement favorable à la création d’emploi, et surtout à l’ascension (la « graduation ») vers un statut moins précaire, voir un statut de chef d’entreprise complet. Le but ultime de la « gig economy » pour ces prestataires est donc de tester un travail, de voir si ce « gig » est quelque chose dans lequel on peut faire carrière, puis de s’y établir véritablement afin d’y créer une structure pérenne et surtout d’embaucher. La « gig economy » est ainsi l’une des meilleures voies vers la création d’entreprise et surtout la création d’emplois. Ce n’est donc pas que l’économie des petits boulots, mais bien la porte d’entrée à l’indépendance.

Au-delà de l’historique et de sa cohérence avec la France, qu’est-ce que c’est, vraiment ? C’est la mise en relation d’un client (une entreprise, un particulier) qui recherche une prestation, et d’un prestataire (un individu, un groupe ou une entreprise) qui est prête à fournir cette prestation, et uniquement cette prestation, à moindre coût (sans coût fixe, sans frais mensuel, etc.). Du coup, la « gig economy » est encore plus large de que simples « gigs », mais inclus aussi toute ce qui fait partie de la French Tech. La « shared economy » – L’optimisation de la propriété physique: Donner aux Français le pouvoir de profiter de leurs biens comme bon leur semble. Tant que ces biens sont leur propriété et qu’ils ont légalement le droit de les prêter, de les louer, de fournir un service avec ces biens, il faut promouvoir les entreprises qui aident les Français à arrondir leur fin de mois, à rentabiliser l’achat d’un bien. L’accès à la propriété est l’un des rêves les plus importants des Français, et s’ils arrivent à rembourser leur bien plus rapidement, ou à l’acheter plus rapidement, c’est un rêve qui peut devenir réalité.

 

De la « Gig Economy » à la « Geek economy » : L’économie des experts

La France regorge de matière grise, de diplômés de Grandes Ecoles qui peuvent être tentés de partir à l’étranger à la recherche d’un mythique Eldorado. Mais c’est justement ces éducateurs, ces professeurs, ces spécialistes, ces « geeks », qui peuvent aider de manière ponctuelle, « on-demand », sans besoin de longues démarches administratives, des PMEs qui ne peuvent pas se payer les services de cabinets de design, de cabinets de conseil spécialisés. Car la France a les meilleures écoles du monde (ingénieurs, arts graphiques, développeurs informatiques, commerce et marketing). Ces étudiants peuvent déjà commencer à transmettre leur savoir aux plus jeunes via des cours, mais peuvent aussi proposer leurs services de manière dématérialisée à l’étranger via les plateformes dédiée (MOOC, crowdsourcing, etc.). Ce sont ces « geeks » que nous voulons retenir en France, plutôt que de les voir partir s’expatrier. Nous voulons leur montrer que la France a tous les atouts pour les aider à se développer pleinement, et qu’ils peuvent atteindre leurs rêves proches de leur famille plutôt qu’à l’étranger, loin des leurs.

 

Un modèle de capitalisme plus humain

 

Les entrepreneurs français ne s’y sont pas trompés : les Français aiment consommer, certes, mais de manière complètement différente que d’autres pays où un consumérisme à outrance, fondé sur l’obsolescence programmé et le crédit, rend le renouvellement.

C’est là où la notion de partage, aussi importante que celle de travaille «  à la demande », intervient. Les Français ont toujours recherché leur propre modèle économique, entre capitalisme atlantique et socialisme étatique. Au final, que ce soit d’inspiration « weberienne », économique, ou culturelle, les entrepreneurs de ces dernières années ont réussi à réaliser une synthèse parfaite entre propriété et partage, sécurité et communauté, qui a touché les gens du monde entier au plus profond d’eux-mêmes, sans doute à cause de la crise de 2008 qui a montré que le capitalisme sans humanisme ne pouvait pas marcher.

Et donc, ce que l’on voit avec le co-voiturage de BlaBlaCar, qui n’est qu’une évolution technologique de l’auto-stop, la sécurité en plus ; avec Lokéo ou Mutum, deux magnifiques sociétés qui portent l’économie de troc ou d’échange à la perfection ; Drivy ou Koolicar, qui aident les conducteurs à remplacer la notion que la propriété de la voiture donne un statut social spécifique. Ces entreprises s’exportent bien, et montrent que non seulement la France, mais aussi l’Europe et le reste du monde, ont soif d’un nouveau modèle de partage à visage humain.

 

Tous ces modèles en inspirent de nombreux aujourd’hui, tous plus créatifs les uns que les autres, ce qui montre bien que l’innovation française, et surtout un modèle de partage intelligent de la propriété et de l’expertise, ont un bel avenir devant eux.