Et si le Salvator Mundi n’était pas un Léonard de Vinci ? C’est en tout cas ce qu’affirme un documentaire diffusé ce mardi 13 avril sur France 5. Le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, aurait fait pression sur les équipes du musée du Louvre pour qu’elles mentent sur l’authenticité du tableau, acheté par le prince héritier 450 millions de dollars, afin de lui éviter une humiliation publique après avoir investi autant dans un faux.

 

Le documentaire Salvator Mundi : la stupéfiante affaire du dernier Vinci, du journaliste Antoine Vitkine, plonge dans la sombre controverse entourant le Salvator Mundi, un portrait de Jésus-Christ. Ce tableau a marqué l’histoire du monde de l’art en 2017, lorsque près de 1 000 collectionneurs d’art, marchands ou simples amateurs se sont réunis dans une salle du Rockeller Center à New York pour une vente aux enchères organisées par Christie’s. Au cours de cette vente, le Salvator Mundi s’est vendu pour un montant record de 450 millions de dollars, faisant de cette œuvre le tableau le plus cher au monde.

Le grand intérêt du public (120 000 amateurs d’art ont suivi la vente en direct sur Facebook) et l’enchère extravagante reflètent l’extrême rareté d’un tel évènement. En effet, malgré l’immense renommée et l’influence de Léonard de Vinci, il existe moins de 20 tableaux attribués au maître, et tous font partie de collections de musées. Christie’s a même qualifié le Salvator Mundi de « plus grande redécouverte artistique de ces 100 dernières années. »

Néanmoins, des doutes quant à l’authenticité de l’œuvre ont commencé à s’installer après que le musée du Louvre Abu Dhabi a annulé de manière inattendue la présentation du tableau en septembre 2018. Depuis, la peinture n’a pas été vue en public. La localisation même de l’œuvre est restée un mystère jusqu’en 2019, quand Artnet a rapporté que le Salavator Mundi était conservé sur le superyacht de Mohammed ben Salmane.

Salvator Mundi
Le prince hériter saoudien, Mohammed ben Salmane a acheté le célèbre tableau pour 450 millions de dollars. Il aurait ensuite fait pression sur les équipes du Louvre pour qu’elles mentent sur l’authenticité de l’œuvre. | Source : Getty Images

 

Tout bascule alors pour le célèbre tableau. Une analyse scientifique réalisée par trois experts du Louvre a conclu que le Salvator Mundi avait bien été peint dans l’atelier de Léonard de Vinci, mais pas par la main du maître de la Renaissance ! Les historiens du Louvre avaient l’intention de publier leurs conclusions avant d’en être empêchés par le propriétaire du tableau, qui a refusé de prêter l’œuvre pour la grande exposition sur le maître italien en 2019.

De nombreux historiens de l’art se sont également exprimés. Dans son ouvrage The Last Leonardo, le critique d’art Ben Lewis conclut que le tableau était probablement sorti de l’atelier de Léonard de Vinci et avait ensuite été retouché par le maître. Dans les colonnes du Guardian, Carmen Bambach, historienne de l’art et conservatrice des œuvres italiennes et espagnoles au Metropolitan Museum of Art, affirme que Christie’s l’a incluse à tort parmi les spécialistes ayant attribué le Salvator Mundi à Léonard de Vinci. Selon elle, le tableau était principalement l’œuvre d’un assistant, Giovanni Antonio Boltraffio, et le maître italien n’y aurait apporté que quelques « petites retouches ». Matthew Landrus, un historien de l’art d’Oxford, a quant à lui émis publiquement l’hypothèse que l’œuvre avait été réalisée en grande partie par un autre assistant de Léonard de Vinci, Bernardino Luini.

Le documentaire d’Antoine Vitkine retrace l’histoire du tableau, en commençant par son achat en mauvais état pour 1 175 dollars par un marchand d’art new-yorkais en 2005. L’œuvre a ensuite été restaurée aux États-Unis, puis authentifiée comme un véritable Léonard de Vinci par plusieurs experts en art de la British National Gallery, avant d’être vendue à un oligarque russe pour 127,5 millions de dollars deux ans plus tard.

Le documentaire révèle également l’agitation dans les coulisses du Louvre après la vente aux enchères de Christie’s. Plusieurs sources anonymes, dont de hauts fonctionnaires du gouvernement Macron, apparaissent à l’écran et affirment que l’offre du prince héritier saoudien de prêter le tableau au Louvre pour l’exposition de 2019 était assortie de conditions. Mohammed ben Salmane voulait que le Louvre expose le Salvator Mundi aux côtés de la Joconde et le présente comme un Léonard de Vinci « à 100 % ».

Finalement, Emmanuel Macron a rejeté les demandes saoudiennes et le musée du Louvre n’a jamais exposé le tableau. L’incident aurait même provoqué un léger différend diplomatique entre la France et l’Arabie saoudite.

 

Article traduit de Forbes US – Auteure : Suzanne Rowan Kelleher

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