Klaus Schwab, le fondateur du World Economic Forum, a fait de l’environnement l’une des priorités de cette nouvelle édition de Davos, qui se clôturait ce vendredi 24 janvier.

 

Cette rencontre de dirigeants publics et privés du monde entier s’est déroulée dans un contexte géopolitique, économique, social et écologique particulièrement préoccupant, sur toile de fond d’escalade entre l’Iran et les Etats-Unis, de guerre économique exacerbée entre la Chine et les Etats-Unis, de dérèglement capitaliste et démocratique, de Brexit qui n’en finit pas de durer, d’incendie historique en Australie. Au même moment, le forum rendait public son Global Risk Report 2020, les risques liés au climat et à l’environnement figurent parmi les cinq risques les plus importants pour les entreprises.

Le monde a basculé dans une instabilité et imprévisibilité majeures, nous signifiant que nous sommes à la croisée de deux mondes, du point de vue géopolitique et économique, technique et technologique, environnemental et énergétique, sociétal et spirituel, du point de vue des intelligences, humaine et artificielle enfin.

Cette bascule brutale ne saurait étonner. En effet, la globalisation portait en germe la globalisation des risques, notamment des risques politiques, économiques et plus encore, environnementaux. Dans un monde devenu global, il ne saurait y avoir d’externalisation des risques.

De sorte que la globalisation invite instamment à une réflexion fondamentale, tant individuelle que collective, notamment de la part des entreprises, sur le traitement des risques et leur réparation.

 

L’urgence environnementale place les entreprises au cœur de la cause et les invite à contribuer à la réparation de la planète.                        

En France, la loi Pacte s’est saisie de ce sujet, en invitant les entreprises à inscrire une raison d’être dans leurs statuts. Cet intérêt remarquable pour l’entreprise s’accompagne d’un phénomène nouveau, l’inflation des attentes en direction de l’entreprise.

Celle-ci doit non seulement générer de la valeur et de la performance mais elle doit créer des emplois ou tout au moins, ne pas en détruire. Elle doit accompagner ses salariés sur le chemin épineux des formations et veiller à leur bien-être. A cet égard, le procès France Telecom illustre de façon puissante cette nouvelle donne sociale. L’entreprise doit enfin prendre en compte un environnement de plus en plus élargi.

Passant de la seule prise en compte des shareholders à celle des stakeholders, l’entreprise se voit désormais chargée d’inscrire ses actions et ses activités dans un environnement constitué non seulement des parties prenantes mais de la société civile dans son ensemble.

En d’autres termes, l’entreprise est sommée de s’interroger sur ce qu’elle peut apporter à la société.

La réflexion sur la raison d’être de l’entreprise doit être comprise à l’aune de cette évolution majeure, en vertu de laquelle les entreprises sont devenues en quelques années des corps intermédiaires à part entière, chargés notamment du bien commun. Pour s’en convaincre, il suffit de rappeler que le Chapitre 3 de la loi Pacte, introduisant la « raison d’être » des entreprises, est intitulé « Des entreprises plus justes ».

Cette notion, qui a fait brutalement irruption dans le Code civil et dans la vie de nos entreprises, est loin d’être claire. Si on sait ce qu’elle n’est pas – la raison d’être n’est ni l’intérêt social ni l’objet social – on ne sait ce qu’elle doit être exactement. D’autant que selon un récent sondage IFOP, 69% des salariés y voit une opération de communication. Le doute persiste donc. 

Pourtant, on perçoit intuitivement que cette raison d’être pourrait bousculer la compréhension traditionnelle de l’entreprise. Plus d’une dizaine de groupes s’est ainsi dotée d’une raison d’être, notamment Atos (« Façonner l’espace informationnel », Véolia (« Ressourcer le monde »), le groupe Rocher (« reconnecter ses communautés à la nature »).

 

La raison d’être de la raison d’être n’est pas d’être érigée en un argument de marketing supplémentaire, à la charge de l’entreprise. Elle doit être comprise pour ce qu’elle est : une invitation pour chaque entreprise à considérer sa place et son rôle dans la société, et en particulier, les chemins qu’elle entend emprunter pour apporter des réponses de réparation pertinentes à une ère nouvelle, celle du risque.

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