Pour la première séance de l’année à Wall Street ce mercredi, Tesla s’est distingué de la plus mauvaise manière, en déclarant avoir livré moins de berlines Model 3 qu’initialement escompté. Le groupe d’Elon Musk a, en outre, annoncé que le tarif de ses Model S, Model X et Model 3 serait abaissé de 2 000 dollars. Divers éléments qui ont fait plonger le titre de 7% lors de cette séance inaugurale. 

Début d’année difficile pour Tesla sur le front boursier. Après un dernier trimestre 2018 chaotique sur l’ensemble des marchés actions mondiaux, le « cru 2019 » n’a pas démarré de la meilleure des manières pour certains mastodontes de la cote américaine. Alors que Apple a fait état, mercredi soir, de son premier « profit warning » depuis 2007, la faute à des ventes d’iPhones (très) décevantes,  Tesla a, de son côté, connu une première séance plus que chaotique, cédant près de 7%. Le constructeur de voitures électriques n’a, en effet, pas tenu ses objectifs puisque Tesla n’a livré que 63 150 unités de son modèle emblématique Model 3 au cours des trois derniers mois de 2018, soit moins que le consensus FactSet qui en attendait 64 900. Point central de sa rentabilité, force est de constater que la production de Model 3 peine à décoller, en dépit des promesses et des fulgurances tous azimuts du fantasque entrepreneur. Ainsi, sur la période, Tesla a au total produit 86 555 véhicules. Sur cette production globale, le groupe a construit 61 394 Model 3, contre 53 239 au trimestre précédent, ce qui, comme rappelé par Reuters, ne traduit aucune amélioration par rapport au rythme de 5 000 unités par semaine atteint à la fin du troisième trimestre.


Conscient de ce problème, Tesla avait fait montre de son optimisme lors de la publication de ses résultats du troisième trimestre, arguant qu’il s’évertuerait à accélérer la cadence lors des trois derniers mois de l’année, ce qui, de facto, avait « boursouflé » les anticipations des analystes. Mais la promesse n’a pas été tenue, déclenchant le courroux des investisseurs qui ont lourdement sanctionné le titre. Même si Tesla a (souvent) vu son action faire les montagnes russes au gré des déclarations à l’emporte-pièce de son fondateur Elon Musk (la fausse annonce du retrait de la cote de Tesla au mois d’août en atteste), le groupe a tout de même cédé 7% mercredi, effaçant ainsi, en une séance, la totalité de ses gains à Wall Street sur l’ensemble de l’année 2018. Autre élément venu renforcer la défiance des opérateurs, l’annonce d’une baisse des prix de 2 000 dollars des Model S, Model X et Model 3 aux Etats-Unis après la réduction d’un dispositif fiscal avantageux pour les véhicules électriques.

“Accélérer la cadence”

Une fin d’année en « queue de poisson » pour Tesla qui, pourtant, avait parfaitement rebondi après son « été tumultueux », en annonçant, au troisième trimestre, avoir enfin renoué avec les bénéfices. Pour rappel, le constructeur avait fait état d’un bénéfice net de 311,5 millions de dollars (soit l’équivalent de 273,3 millions d’euros) contre une perte de 619,4 millions de dollars, l’an passé à pareille époque. De son côté, le chiffre d’affaires avait plus que doublé à 6,82 milliards de dollars, soit au-dessus du consensus qui tablait sur 6,33 milliards. Autre bonne nouvelle pour Tesla, le fameux « Model 3 » qui a fait couler tant d’encre a représenté à lui seul près de la moitié de ce total. Enfin, hors éléments exceptionnels, le bénéfice par action – référence à Wall Street – s’est élevé à 2,90 dollars. Ce premier trimestre de rentabilité depuis octobre 2016 s’est également soldé par une génération de trésorerie de 881 millions de dollars, grâce à une hausse de la production et une consommation de capital. « Les chiffres de production publiés en octobre montraient que Tesla pouvait sortir les voitures. La question était de savoir s’il pouvait le faire de façon rentable et, plus important encore, s’il pouvait arrêter de brûler du cash. Dire que la réponse est emphatique serait un euphémisme », avait même déclaré Nicholas Hyett, analyste chez Hargreaves Lansdown, cité par Reuters. 

Signe de la « confiance » retrouvée entre Tesla et les analystes qui prédisaient une belle fin d’année au groupe.  Dans la droite ligne de ce troisième trimestre de rentabilité de son histoire – dont la dernière fois en 2016 ce qui, pour une entreprise créée en 2003 ne peut s’avérer satisfaisant -, Elon Musk a promis un quatrième trimestre du même acabit. Une « prophétie » qui, s’il elle parvenait à se réaliser, solderait (enfin) la catastrophique séquence estivale où Elon Musk déclarait sur Twitter « envisager un retrait de la cote de Tesla à 420 dollars et un financement assuré ». Un message qui a déclenché l’ire de la SEC, le gendarme boursier américain qui, après enquête, l’a déclaré « faux et trompeur » selon le vocable consacré. Un tweet qui a finalement coûté la bagatelle de 40 millions de dollars à la charge exclusive d’Elon Musk et de Tesla (20 millions de dollars chacun).  Fruit d’un accord entre l’organe de régulation de la Bourse de New York et l’état-major de Tesla, ce montant est également assorti d’une démission, dans un délai de 45 jours, d’Elon Musk de ses fonctions de président du conseil d’administration. Il n’aura pas le droit, non plus, d’y être élu pendant trois ans. Une « tape sur les doigts » pour l’entrepreneur d’origine sud-africaine. En attendant le prochain esclandre.