Rien n’aura été épargné aux entreprises en 2020. Entre les fermetures administratives et l’application de protocoles sanitaires marqués par une grande fluctuation depuis le premier confinement du printemps, elles n’auront cessé de s’adapter. Avec une seule et terrible ambition : survivre.

 

En temps de crise sanitaire, on peut tout admettre. Encaisser tous les chocs, aussi rudes soient-ils, faire face à ses responsabilités et même se montrer dur au mal. A condition qu’une goutte d’eau ne fasse pas déborder la coupe des ennuis qui vous accable déjà depuis dix mois. Et quand cette goutte d’eau prendre l’allure d’un tsunami, susceptible de tout emporter sur son passage, alors il faut tout faire pour éviter qu’il submerge ceux qui y succomberaient avant les autres : les petites et moyennes entreprises.

Le crédit inter-entreprises – c’est-à-dire les délais de paiement que les entreprises s’accordent entre elles dans leurs relations commerciales- est cette vague géante qui n’en finit pas de grandir. Alors qu’il atteignait déjà plus de 700 milliards d’euros en France avant le déclenchement de la crise de covid-19, il a encore gagné du terrain l’an dernier au point de devenir une menace pour la pérennité de beaucoup de sociétés et d’entreprises individuelles.

Pourquoi s’en inquiéter pour notre tissu productif en ces tous premiers jours de l’année 2021 ?

D’abord, parce que les retards de paiement sont au plus haut depuis plus de quinze ans. Même si l’économie française n’aura jamais atteint l’an dernier le pic enregistré au deuxième trimestre 2002 (avec 19 jours tout juste de retard), les sommets atteints à l’été 2020 ne s’en éloignent guère, avec 15,3 jours en juillet selon Altares.

Ce qui est plus terrifiant encore c’est que ces retards concernent désormais tout le monde ! Aucune catégorie d’entreprises n’y échappe. Certes ils culminent chez les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire (ETI) avec 16,9 jours en milieu d’année. Mais force est de reconnaître que PME et TPE ont fait preuve – avec des réserves de trésorerie entamées- de la même (coupable) légèreté avec un retard moyen respectif de 15,2 jours pour les premières et 15,3 pour les secondes.

C’est un fait acquis : les grands groupes n’ont pas le monopole des mauvaises pratiques de paiement. Accaparées par l’adaptation de leur activité et la gestion des protocoles sanitaires, les équipes des sociétés de toute taille ont éprouvé depuis le premier confinement de réelles difficultés à maintenir la bonne cadence dans le règlement de leurs fournisseurs.

Et, comme on pouvait s’y attendre, plus la situation dans une filière est tendue et plus les épreuves que celle-ci subit se retrouvent dans le paiement inter-entreprises. Si plus d’une facture sur deux (53% exactement) n’a ainsi pas été payée en temps et en heure dans l’économie française fin septembre dernier, la Restauration et les Cafés ont répercuté massivement leurs contraintes sur leurs partenaires commerciaux, avec 28 jours de retard à la fin du troisième trimestre. Un problème qui a touché à un degré moindre les Services (18 jours en moyenne) et surtout l’Industrie et la Construction (entre 10 et 12 jours), qui ont pu retrouver des capacités de production élevées en seconde partie d’année.

Rien ne laisse penser à ce stade que la situation se soit davantage détériorée avec le second confinement à l’automne dernier puisque les impayés dix jours après l’émission des factures resteraient à un niveau quasi-inchangé (à 21%) au 7 décembre par rapport aux semaines précédentes, selon Sidetrade.

Une première tendance moins défavorable, mais à prendre malgré tout avec prudence. Car non seulement -selon la même source- la France resterait le seul pays européen à présenter des délais de paiement encore supérieurs à ceux de la période pré-pandémique, mais rien ne dit que l’amélioration de la situation économique attendue cette année va mécaniquement et comme par enchantement réduire les retards de paiement…

Selon toute vraisemblance, la reprise en 2021 restera assez chaotique, au rythme incertain de la levée des restrictions sanitaires, ce qui contribuera à maintenir les tensions observées l’an dernier sur la trésorerie et les coûts, y compris chez les grands groupes et les ETI, qui n’ont pas été épargnés par la crise. Des contraintes qui expliquent sans les justifier pour autant le mauvais comportement de paiement de certains. Ils sont ainsi encore nombreux à s’être fait « prendre la main dans le pot de confiture » par la DGCCRF, le gendarme de Bercy, lequel a distribué pas moins de sept amendes de plus de 200 000 euros à des sociétés prises en « flagrant délit » de retard (excessif) de paiement : Malherbe Transports, AGEFOS PME Ile-de-France, La Banque Postale, JF Hillebrand France, ABB France, Dumez Ile-de-France et Baxter SAS.

Mais à imaginer que la croissance redémarre nettement dès le premier semestre – ce qui reste à confirmer- encore faut-il bien garder à l’esprit que tout accélération de l’activité pour les entreprises nourrira aussi de nouvelles tensions sur le besoin en fonds de roulement des entreprises. Pour accompagner la reprise de la production, beaucoup d’entre elles devront puiser dans leur trésorerie…

Un phénomène qui se conjuguera -si les règles en la matière devaient rester inchangées- avec le début au printemps prochain du remboursement des prêts garantis par l’Etat (PGE) souscrits tout au long de l’année 2020 par plus de 630 000 entreprises pour une valeur totale de 130 milliards d’euros. Une charge qui rajoute encore à l’endettement des sociétés non financières, laquelle dépasse désormais la barre des 2 000 milliards en ce début d’année !

De quoi avoir la tentation pour un patron d’oublier au fond du parapheur quelques factures dont l’absence de règlement causera pourtant bien des tracas à ceux qui les ont émises. Les experts estiment ainsi que le coût du recouvrement de créances peut représenter jusqu’à 10% du prix d’une facture…

Alors, en ce premier trimestre 2021, comment se sortir du piège des délais de paiement inter-entreprises quand on est soi-même dirigeant d’une entreprise de moins de 250 salariés ?

En observant un certain nombre de précautions. La Banque de France recommande à juste titre aux employeurs de vérifier la « fiabilité » de leurs clients, afin dans toute la mesure du possible de ne pas développer des affaires avec une entreprise ne présentant pas les garanties nécessaires…

Il faut aussi être attentif au formalisme des factures qu’on adresse à son client : beaucoup de litiges (évitables) apparaissent faute d’une formalisation suffisante des conditions de vente.

L’accompagnement de son client vers la « dématérialisation » du processus de paiement est un autre gage de succès pour être payé. La Direction générale des finances publiques a déjà établi un lien positif entre numérisation de la facturation et délais de règlement.

En matière de recouvrement, le diable se loge dans les détails. L’employeur responsable est donc prié d’être vigilant, de relancer régulièrement ses clients et de s’appuyer sur toute aide disponible (de la part de son expert-comptable par exemple) pour optimiser son poste client.

Soyons toutefois sans illusion excessive : quelle que soit la qualité du travail de recouvrement de la part du fournisseur, c’est aussi au client de se montrer responsable !

Les entreprises qui payent mal doivent être rappelées à l’ordre.

Les entreprises qui continuent de mal payer après avoir été rappelées à l’ordre méritent d’être sanctionnées, car elles TUENT d’autres entreprises.

Les sociétés qui payent à l’heure et se comportent bien avec leurs fournisseurs doivent aussi être mises en lumière. Depuis longtemps, je crois plus encore aux vertus du « Name and Fame » qu’à celles du « Name and Shame ». Les bonnes pratiques finiront bien par chasser les mauvaises…

En 2021, et parce que jamais encore à ce point au cours des précédentes décennies sa nécessité n’avait été aussi forte: la SOLIDARITE inter-entreprises sera le garant du redressement collectif de notre économie, et le respect des délais de paiement l’un de ses auxiliaires les plus précieux.

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