Route du Rhum, Solitaire du Figaro, Transat en double, Vendée Globe, la voile fait rêver… Aujourd’hui professionnalisée et de plus en plus médiatisée, la course au large cultive de vraies valeurs d’authenticité et surfe sur la prise de conscience collective de la préservation de nos ressources naturelles. Sans oublier la transformation des modes de consommation  et l’essor du digital (e-games…). Rencontre avec Joseph Bizard, directeur général d’OC sport Pen Duick (filiale du groupe Télégramme) leader de l’organisation de la course au large.

 

Joseph Bizard Pen Buick
Joseph Bizard directeur général OC Sport Pen Duick

Pourquoi la course en voile est moins connue que d’autres disciplines sportives ?

Joseph Bizard : La compétition en voile est compliquée à retranscrire pour la presse notamment d’un point de vue télégénique. C’est difficile de faire ressentir l’émotion de l’arrivée d’un navigateur après la traversée de l’Atlantique, comme la route du Rhum ou la Transat en double. Notre métier -dans ce milieu de la course au large dont on est leader- est de faire connaitre cette discipline, qui a d’ailleurs été inventée en France.

 

Que renferme exactement la définition de la course au large ?

J. B. : C’est une discipline de course sur plusieurs jours très franco-française, par opposition à la régate classique anglo-saxonne qui se limite à la journée. Elle a été démocratisée par Eric Tabarly, devenue une star internationale le jour où il a gagné la Transat Anglaise -qui est une institution- et ce dernier a incarné et incarne toujours la course au large. Son charisme, son talent et son envie de promouvoir la navigation ont permis de faire éclore ce type de compétition.

Pour la route du Rhum, l’audience a doublé, voire, triplé. En 2014 on mesurait 40 millions de retombées média versus 130 millions en 2018, et sur le digital il y avait 800 000 visiteurs uniques sur le site de la Route du rhum pour atteindre 2,8 millions en 2018…

Vous êtes aujourd’hui leader sur l’organisation de ce type de compétition ?

J. B. : Le groupe de presse Télégramme qui couvrait la voile a décidé d’investir dans la course au large en se lançant dans l’événementiel sportif et culturel : cela représente aujourd’hui 50 % de leurs revenus. Ils ont racheté la société Pen Duik -qui appartenait à Eric Tabarly- et ont progressivement élargi leurs activités de gestion de projets à l’organisation d’événements avec quatre courses dont nous sommes propriétaires : la Route du Rhum, la Transat anglaise, la Transat en double et la Solitaire du Figaro. On est les gros « faiseurs » de la course au large en dehors de la Vendée Globe et de la Transat Jacques Vabre.

 

En quoi cela consiste-t-il ?

J. B. : Le cœur de métier de Pen Duik c’est-à-dire notre savoir-faire, consiste à coordonner l’intégralité des ressources nécessaires pour délivrer un projet de cette ampleur. Nous sommes une quinzaine chez OC Sport Pen Duick à nous répartir la gestion de projet, le marketing, la communication, la gestion de courses mais aussi le partenariat et le sponsoring, en travaillant et en pilotant des agences spécialisées. C’est une capacité à développer des projets de grande envergure en construisant le projet de A à Z, c’est-à-dire jusqu’au moment où on délivre le projet sur l’eau.

 

Quel est le modèle économique d’OC Sport Pen Duick ?

J. B. : Notre entreprise qui est une filiale de Télégramme et d’OC Sport, tire l’essentiel (80 %) de ses revenus du sponsoring. Là où des sports populaires comme le foot se paient majoritairement en billetterie et en droits d’images aux chaînes TV, la voile doit trouver d’autres sources de revenu. C’est à la fois un sport d’élite pour la pratique et un sport grand public et gratuit avec des milliers de spectateurs qui viennent voir les bateaux sur le port et dans les villages; ce qui s’apparente un peu au succès populaire du vélo. Sans oublier les revenus connexes d’hospitalité et de relations publiques, comme par exemple toutes les expériences que tu peux faire vivre (embarquement au départ des courses…) à destination des entreprises.

 

Comment faites-vous quand vous perdez un sponsor, comme AG2R qui avait donné le nom à la course de la Transat en double ?

J. B. : Oui, le sponsoring est notre « plafond de de verre » car nous en dépendons. L’objectif d’OC Pen Duick est de dégager de la marge et de pérenniser la course. Dans le cas de la Transat en double -et dans le contexte très particulier de pandémie mondiale- qui n’a plus son sponsor principal, nous équilibrons avec les autres courses car elles s’échelonnent sur quatre années. Nous créons des économies d’échelles qui consolident notre société et nous permet de progresser. Car une chose est sûre, la croissance de la course au large, épreuve après épreuve (Vendée Globe et Route du Rhum), a plus que doublé.

 

Comment calcule-t-on l’audience d’une course ?

J. B. : Prenons l’exemple de la Route du Rhum où nous allons mesurer le nombre de personnes qui viennent sur ton village, le volume de retombées médias (presse et télévision), l’audience digitale et des réseaux sociaux. Sur tout ce qui est mesurable à ce périmètre,  on s’aperçoit que l’on double, voire, triple les chiffres : en 2014 on mesurait 40 millions de retombées média versus 130 millions en 2018, et sur le digital il y avait 800 000 visiteurs uniques sur le site de la Route du rhum pour atteindre 2,8 millions en 2018…

A titre d’exemple le Vendée globe mis bout à bout totalise 150 millions d’investissement. Quand un grand « patron » dîne avec un marin qui a fait le tour de monde, ou que tu le fais partir au départ d’une course sur un zodiac, souvent il te dit qu’il n’a jamais vécu cela car il est impressionné

Comment expliquez-vous cet engouement ?

J. B. : La course est en phase avec notre temps, c’est un sport plutôt écologique qui répond de plus en plus aux attentes des consommateurs et donc des boites qui ont envie de s’associer. Mais surtout, elle a toujours cultivé de valeurs qui n’étaient pas celles du sport marketing ou business. Quand des grands patrons se retrouvent pour assister au départ d’une course au large, c’est dans un contexte d’authenticité… c’est ce qu’ils recherchent et c’est ce que nous cultivons. Avec la course au large, on a l’un des plus beaux produits du monde et l’enjeu c’est de la faire connaitre : auprès des décideurs qu’ils découvrent ce que cela peut leur apporter.

 

Du côté du navigateur, que représente financièrement une course qu’il souhaite faire ?

J. B. : Il faut payer son bateau, les salaires, la préparation du bateau, et l’inscription à la  course… en fait ils ont exactement le même mode de fonctionnement que nous organisateur : ils sont responsables de leur projet de bout en bout même si déjà ils doivent être très bon sportivement. Un navigateur se fait financer par un partenaire, ou alors il va chercher du multi partenaires pour financer lui-même son projet, donc chaque entité est une entreprise à part entière. Par exemple un marin comme François Gabart a -en plus de son talent- cette fibre entrepreneuriale.

 

La voile est un gisement d’opportunités notamment dans la création d’expériences ? 

J. B. : La voile se professionnalise, elle est en croissance constante. C’est un secteur a fort potentiel. Elle représente 10 et 15 % du sponsoring en France et c’est donc un gros marché où des groupes investissent massivement. A titre d’exemple le Vendée Globe mis bout à bout totalise 150 millions d’investissement. Quand un grand « patron » dîne avec un marin qui a fait le tour de monde, ou que tu le fais partir au départ d’une course sur un zodiac, souvent il te dit qu’il n’a jamais vécu cela car il est impressionné. Cette discipline est le dernier terrain d’’aventure. Cela n’est pas galvaudé : ressentir cette compétition reste incroyable !

 

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