Lundi 6 décembre, un tribunal du Myanmar a condamné l’ancienne dirigeante du pays, Aung San Suu Kyi, à quatre ans de prison pour « incitation aux troubles publics » et « violation des règles sanitaires liées au covid-19 ». Cette décision intervient plusieurs mois après le coup d’État militaire du 1er février dernier.

 

Aung San Suu Kyi a été reconnue coupable d’incitation aux troubles publics et de violation des règles sanitaires, a annoncé un porte-parole de la junte militaire. L’ancienne dirigeante birmane « a été condamnée à deux ans de prison en vertu de la section 505 (b) et à deux ans de prison en vertu de la loi sur les catastrophes naturelles », a déclaré Zaw Min Tun à l’AFP.

L’accusation d’incitation aux troubles publics concernait plusieurs déclarations d’Aung San Suu Kyi publiées sur la page Facebook de son parti après sa mise en détention par la junte. L’accusation de violation des règles sanitaires repose, quant à elle, sur la campagne menée par la Prix Nobel de la paix l’année dernière en vue des élections de novembre 2020 au Myanmar.

L’ancien président du Myanmar, Win Myint, a également été condamné à quatre ans de prison pour les mêmes motifs, a ajouté le porte-parole de la junte birmane. Aucun des deux accusés ne sera conduit en prison pour l’instant. Ils devront d’abord faire face aux autres accusations portées à leur encontre par la junte militaire.

Arrêtée lors du coup d’État militaire du 1er février, Aung San Suu Kyi fait l’objet de 11 chefs d’accusation. Elle risque des dizaines d’années de prison. Le chef de la junte militaire a récemment interdit aux avocats de l’ancienne dirigeante birmane de parler aux médias. Selon lui, les déclarations des avocats d’Aung San Suu Kyi pourraient « déstabiliser le pays ».

Après avoir été contrainte de partager le pouvoir pendant cinq ans, Aung San Suu Kyi a réussi à remporter une victoire écrasante avec son parti, la Ligue nationale pour la démocratie, aux élections de novembre 2020 au Myanmar. Le Parti de l’union, de la solidarité et du développement, soutenu par la junte militaire, a perdu lors de ces élections, donnant lieu à plusieurs accusations de fraudes électorales. Ces accusations ont toutes été rejetées par les observateurs électoraux indépendants. En février dernier, les militaires ont pris le pouvoir après un coup d’État et ont placé Aung San Suu Kyi et ses alliés en détention. La communauté internationale a largement condamné cette mesure.

Depuis le coup d’État, le Myanmar est secoué par des manifestations qui ont empêché les dirigeants de la junte militaire de consolider pleinement leur pouvoir dans tout le pays. Dimanche 5 décembre, au moins trois personnes ont été tuées dans la plus grande ville du Myanmar, Yangon, après qu’un véhicule de l’armée a foncé sur un groupe de manifestants. Un témoin a déclaré à Associated Press qu’au moins dix personnes avaient été arrêtées et que les militaires avaient ouvert le feu sur la foule. Selon l’ambassade des États-Unis au Myanmar, « l’utilisation généralisée de la violence brutale par les militaires souligne l’urgence de rétablir la voie de la démocratie inclusive dans le pays. »

Au total, 1303 civils ont été tués depuis la prise du pouvoir par les militaires en février dernier, selon l’Association d’assistance aux prisonniers politiques. Par ailleurs, 10 681 personnes ont été arrêtées par le régime militaire.

 

Article traduit de Forbes US – Auteur : Siladitya Ray

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