Pendant de nombreuses années, le solitaire fut l’un des jeux les plus prisés sur les ordinateurs. Avec le développement du numérique, du pouvoir de connexion digital, des plateformes et de jeux sont venus le supplanter afin d’offrir des mises en réseaux permettant d’échanger de plus en plus rapidement avec une multitude d’êtres humains. Ce classique des classiques a ainsi vu émerger une multitude de solutions alternatives permettant de passer le temps autrement que face à cette seule intelligence artificielle battant les cartes différemment à chaque partie.

 


La partie immergée de l’iceberg

 

Avec l’arrivée massive des réseaux, connectant largement leurs utilisateurs, des nœuds plus ou moins importants se sont créés. Leur taille est corrélée à la capacité du pouvoir de transfert des informations dans la matrice. Émergeant de cet enchevêtrement, des « influenceurs », capables de démultiplier les forces des signaux numériques, sont venus compléter la panoplie traditionnelle des leaders d’opinions pouvant orienter les tendances dans la « vraie vie ». Coco Chanel avait dit que « pour être irremplaçable, il faut être différente ». Ce nouveau monde des réseaux a ainsi promu des personnalités qui osaient emprunter de nouvelles voies pour les transformer en des autoroutes d’opportunités et de visibilité. Capables de surfer sur les effets de mode, voire pour certains de les créer, ils représentent ces points d’appuis capables de relancer des flux de discussions en laissant la houle onduler le plus longtemps possible. Coco Chanel a également pensé que « la mode n’est pas quelque chose qui existe uniquement dans les vêtements. La mode est dans l’air, portée par le vent. On la devine. La mode est dans le ciel, dans la rue ». Ainsi ces nouvelles formes d’influences offrent la possibilité de voyager plus facilement dans ces réseaux et de se laisser guider par des phares qui sécurisent les trajets et signalent la route à suivre.

 

La tentation  de l’isolement

 

Pour un influenceur, le risque de cette nouvelle forme de pouvoir est néanmoins de se transformer en une lumière qui ne cesse de tourner sur elle-même. Le risque est de s’installer en haut d’une tour d’ivoire qui le rende inaccessible. D’un mode initial de dialogue avec les autres, de longs monologues sans réciprocité peuvent alors surgir et changer radicalement la façon de se positionner en s’éloignant. Ainsi, alors que les réseaux sociaux modernes sont des royaumes de l’échange et du partage, la conception moderne de l’influenceur peut amener à la construction d’une muraille qui limite la réciprocité, les modes collaboratifs et plus généralement la découverte des autres utilisateurs. Alexander McQueen a dit « La mode doit être une forme d’échappatoire, et non une forme d’emprisonnement. » Ainsi l’influenceur ne doit pas se laisser emprisonner dans un moule prédéfini par une vision traditionnelle et formatée. Il ne doit pas hésiter, savoir se réapproprier des schémas différents de ceux tracés. Comme Gianni Versace, il est alors possible de penser : « Ne soyez pas dans les tendances. Ne laissez pas la mode s’emparer de vous, mais décidez de ce que vous êtes, de ce que voulez exprimer par ce que vous portez et de la façon dont vous vivez. »

 

Bâtir des communautés

 

Pour sortir de ce corset, qui étouffe rapidement, et ré-inverser l’attrait que procure cette nouvelle forme de solitaire, Spiros Margaris semble offrir une autre solution : « To me, an ‘influencer’ is someone who tries to make other people shine. ». Dans ce nouveau monde, c’est effectivement dans la collectivité et la collaboration que les liens se renforcent et que les réseaux deviennent plus forts. Faire briller les autres, en offrant une part de plus en plus important de cette visibilité virtuelle, devient un enjeu primordial car c’est de ces multiples interactions que naissent les idées et rencontres les plus improbables. L’avancée commune est alors facilitée. Dans ce fourmillement germe alors l’imprévisible.

 

Et, à chaque instant, l’influenceur doit se remémorer ce proverbe africain « Tout seul, on va plus vite. Ensemble, on va plus loin. » pour imaginer ce monde d’un autre niveau où chacun peut franchir les obstacles plus facilement grâce à la force du collaboratif.