Spécialiste en risque politique au sein du cabinet OpenCitiz et distinguée lors du dernier classement « Under 30 Europe » de Forbes, la jeune femme de 28 ans s’évertue à « démocratiser » une discipline encore peu en cours en Europe occidentale par le biais d’analyses finement ciselées destinées à une clientèle française et étrangère, notamment dans le secteur financier, peu rompu aux joutes des politiques européennes.

« Pour bien comprendre les enjeux et la culture politique d’un pays, il est impératif de le connaître sur le bout des doigts, en maîtriser les codes, la langue, ou y avoir vécu ». Des conditions sine qua non aux yeux de Famke Krumbmüller pour légitimement analyser des problématiques inhérentes à chaque Etat et offrir ainsi les analyses et les prédictions les plus pertinentes et les plus fouillées possibles. « Mais ce n’est pas une science exacte, j’aime souvent à dire qu’il s’agit davantage de science politique appliquée, or celle-ci n’est possible que si vous êtes pleinement capable d’expliquer les tenants et les aboutissants du pays que vous souhaitez analyser », déclare la jeune analyste qui a fourbi ses armes entre l’Allemagne, les Pays-Bas, – pays de ses parents- la France où elle née et la Belgique où elle a grandi. Sans oublier le Royaume-Uni et Londres où elle a étudié et commencé à travailler. Un « background » qui s’entremêle allègrement avec le « roman européen », puisque outre Bruxelles, Famke Krumbmüller a étudié à l’université de Maastricht, autre ville indissociable de la « structuration institutionnelle » du Vieux-Continent.

La jeune polyglotte – elle parle six langues – a également fait une « halte » à Paris, à Sciences-Po, avant de « s’arrêter » également à la prestigieuse « London School of Economics » et de mettre en pratique son savoir-faire outre-Manche au sein du cabinet Eurasia Group. Une « institution » considérée comme le leader mondial du risque politique. Au sein de celui-ci, Famke Krumbmüller est en charge – oh surprise – des analyses pour L’Allemagne, les Pays-Bas, la France et la Belgique. Ses pays « de cœur » dont elle connait évidemment chaque aspérité, comme évoqué en préambule. Quatre années durant lesquelles elle va ciseler et polir ses analyses avant de voler de ses propres ailes et cofonder, fin 2015, avec une de ses condisciples de Sciences Po et LSE, le cabinet OpenCitiz, niché au cœur du VIIIe arrondissement de Paris, loin de Londres et de son tumulte en la matière.


La « fusée » Opencitiz

« Personnellement, je n’avais pas dans l’idée de créer ma structure. Je n’y avais jamais vraiment cru mais j’ai beaucoup échangé, lors de mon double-master à Sciences Po/LSE, avec une de mes camarades de classe qui est devenue par la suite une amie, puis mon associée, Fanny Brûlebois. Elle possédait vraiment cette approche entrepreneuriale qui me faisait défaut », développe la jeune femme pour qui cet équilibre est capital. « C’est à mon sens, particulièrement important, d’être au moins deux lorsque l’on entreprend  une aventure de ce genre, notamment pour échanger et confronter ses idées. J’ai beaucoup de respect et d’admiration pour les personnes qui décident de se lancer seules », sourit la jeune femme.

Autre « révélation » pour Famke Krumbmüller et ses trois autres associés au sein de « l’aventure OpenCitiz », la possibilité de mettre rapidement en pratique ses idées et autres innovations. Chose impossible dans une structure de plus large envergure. « Il est vrai que, dans cette configuration, le temps de latence entre l’idée brute et son implémentation est particulièrement réduit », souligne-t-elle. Particulièrement au sein d’un « marché » encore largement méconnu en France mais particulièrement en vogue dans le monde anglo-saxon. 

« Est-ce que François Fillon va se retirer ? Que disent les statuts des Républicains à ce sujet ? »

En effet, pour moult personnes dans l’Hexagone, la notion de risque et d’analyse politique revêt toutes les caractéristiques de la « nébuleuse ». La « lumière » vient de Famke Krumbmüller qui dessine les contours de sa spécialité de manière aussi percutante et précise que ses analyses. « Le risque politique était, initialement, une industrie particulièrement pertinente au sein des pays en voie de développement dont la situation politique et institutionnelle était structurellement fragile et incertaine ».  Un postulat qui va être mis à mal par l’émergence de la crise grecque. Désormais même les pays dits « développés » ne sont guère à l’abri de voir leurs institutions gravement mises en péril. Et les exemples sont légion. Brexit, élection de Donald Trump, émergence des populismes en Europe… Une « brèche » dans laquelle s’engouffre OpenCitiz. « Notre souhait est de nous développer exclusivement sur le marché européen », confirme Famke Krumbmüller.

Dès lors, comment se déroule « le quotidien « de la cofondatrice ? Tout d’abord, il consiste en un travail « de veille d’informations », à l’instar d’une revue de presse. Forte de son expérience, elle dispose également d’un réseau et de « connexions » savamment disséminées dans toute l’Europe avec qui elle échange pour recueillir les impressions et les sentiments des uns et des autres. Une partie informative à laquelle succède le « volet réflexion » où Famke et ses associées planchent sur les perspectives ou encore l’élaboration de divers scenarii en fonction des configurations. Ce qui est probable, ce qui l’est moins, en somme. « Est-ce François Fillon va se retirer ? Que disent les statuts des Républicains à ce sujet ? Une nouvelle primaire est-elle envisageable ? », évoque l’analyste pour illustrer son propos.

Approche innovante

Puis vient le moment de la mise en forme pour les clients du cabinet. Qui sont-ils ? « Beaucoup de clients issus des marchés financiers, Hegde Funds, banques, etc, qui ont une vision ‘court-termiste’. Nous avons également au sein de notre portefeuille des entreprises ayant des activités à l’international et qui ont besoin de suivre ce qu’il se passe en Europe avec des problématiques davantage structurelles, plus axés sur le long-terme ». Divers clients, donc diverses attentes et diverses manières de les « abreuver » en notes. « Certains d’entre eux, notamment des investisseurs américains et asiatiques ne connaissent quasiment rien aux spécificités et aux particularismes des 28 pays de l’Union européenne. Donc nous devrons leur livrer, outre l’information brute, la grille de lecture qui va avec. Quand d’autres clients, plus chevronnés et davantage « connectés » seront uniquement demandeurs de la partie analyse via, parfois, un simple mail », détaille Famke.

Des analyses ainsi livrées sous différentes formes mais toujours dans un format concis, ne dépassant pas les deux pages. « Nous essayons de mettre en place, même si c’est encore un peu difficile pour l’instant, des manières innovantes de travailler couplées à une façon interactive d’échanger avec le client via des dashboards et autres moyens pour faciliter la compréhension et enrichir l’échange. Pour en finir avec les sempiternels PDF et slides ».  Une symbiose parfaite entre analyse de fond et créativité, toujours au service de l’efficacité. « Car si je me mets à être créative dans mes analyses, c’est qu’il y a un gros problème », sourit la fondatrice qui goûte parfaitement cette liberté au sein d’OpenCitiz, structure entièrement financé en « love money ». « Nous avons juste besoin d’un ordinateur et de notre tête ». Et celle de Famke Krumbmüller est particulièrement bien faite.