La récession de 2020 entraîne incontestablement une crise des retraites. Des millions de travailleurs âgés ont perdu leur emploi au cours des derniers mois, tandis que la pandémie a également fortement augmenté les risques pour leur santé. Ils ont souvent dû choisir entre prendre leur retraite avec trop peu d’économies ou travailler plus longtemps et être confrontés à des risques financiers et sanitaires importants.

En fin de compte, la pandémie aura été un obstacle pour de nombreux travailleurs proches de la retraite. Certains ont quitté le marché du travail pour une retraite confortable, tandis que de nombreux autres ont dû faire face à un marché du travail sous pression. La pandémie a illustré des inégalités économiques généralisées, et elle a également montré que travailler plus longtemps n’était tout simplement pas un plan de retraite viable.

Des données de l’Administration de la sécurité sociale américaine suggèrent que les individus percevant des revenus plus élevés ont quitté le marché du travail et ont commencé à percevoir des prestations de sécurité sociale pendant cette récession. La croissance du nombre de nouveaux bénéficiaires de la retraite de mars à mai par rapport à l’année précédente a été plus élevée que lors des récessions précédentes, où les individus tardaient souvent pour demander des prestations.

 

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Évolution, d’une année sur l’autre, du nombre de nouveaux bénéficiaires de la retraite de la sécurité sociale lors des récessions précédentes et actuelles. Calculs basés sur les données de l’Administration de la sécurité sociale.

 

Toutefois, le montant moyen des prestations des nouveaux retraités a également augmenté plus rapidement par rapport au début des récessions précédentes. La combinaison d’un plus grand nombre de départs et d’une plus forte augmentation des prestations au cours de cette récession indique qu’en moyenne, les individus percevant des revenus plus élevés tout au long de leur vie (et donc des prestations de sécurité sociale plus élevées) ont choisi de prendre leur retraite au début de la récession. Ceux qui avaient probablement déjà atteint une retraite confortable grâce à des revenus suffisants étaient plus susceptibles d’arrêter de travailler pendant la pandémie.

 

Évolution, d’une année sur l’autre, de la moyenne réelle des prestations de retraite accordées pendant la première année de récession. Calculs basés sur les données de l’Administration de la sécurité sociale.

 

Le tableau est plus sombre à l’autre extrémité du spectre économique. Au début de la récession, le chômage des travailleurs âgés a rapidement dépassé celui de certains groupes de travailleurs plus jeunes. Par exemple, le taux de chômage moyen des travailleurs âgés de 65 ans et plus était de 10,8 % de mars à juin cette année. Le taux de chômage des travailleurs âgés de 55 à 64 ans était de 9,5 % et celui des travailleurs âgés de 45 à 54 ans était de 8,5 %. Les perspectives d’emploi étaient particulièrement moroses pour les travailleurs âgés qui sont restés sur le marché du travail après avoir perdu leur emploi.

Le chômage était encore plus élevé parmi les groupes qui gagnent généralement des salaires plus bas et qui ont moins de capital sur lequel s’appuyer. Le taux de chômage des travailleurs noirs âgés de 55 à 64 ans était de 10,8 % cette année, celui des travailleurs latins de 11,8 % et celui des travailleurs asiatiques de 13,3 % pour la même tranche d’âge. Les femmes noires, latines et asiatiques ont particulièrement subi les augmentations du taux de chômage, plus élevé pour elles que pour les hommes. Les groupes qui avaient déjà le plus de mal à avoir une sécurité financière ont été les premiers à perdre leur emploi, et sont restés sur le marché pour chercher un nouveau travail. Souvent, ils n’ont pas eu le choix de travailler plus longtemps, car leur situation financière était déjà précaire avant la pandémie.

Par ailleurs, les perspectives de retraite sont toujours très inégales. Après tout, une retraite sûre dépend de la possibilité de disposer d’un patrimoine suffisant pour compléter les prestations de base de la sécurité sociale. Pourtant, de nombreux ménages, en particulier une grande partie des ménages noirs, latino-américains et asiatiques, ainsi que les femmes célibataires et les individus non diplômés, disposent d’un capital bien moins inférieur à celui de leurs homologues blancs, célibataires et diplômés. Outre-Atlantique, ces inégalités de richesse se creusaient déjà depuis plusieurs décennies, si bien que de nombreux ménages étaient terriblement mal préparés pour des dépenses urgentes en matière d’emploi et de soins de santé, mais aussi pour une retraite retardée.

Comme on pouvait s’y attendre, aux États-Unis la récession a montré deux voies distinctes pour les travailleurs âgés. Certains individus ont pu faire une transition vers une retraite confortable après avoir travaillé à un bon salaire et avoir suffisamment épargné au cours de leur vie. D’autres ont dû se débrouiller seuls, car les emplois se sont raréfiés et les risques sanitaires se sont généralisés, et ils n’avaient pas assez d’économies pour faire face à la multitude de dépenses et prendre leur retraite plus tôt que prévu. La pandémie illustre parfaitement le fossé profond qui existe entre les retraites et le vieillissement de la société américaine.

 

Article traduit de Forbes US – Auteur : Christian Weller

 

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