La cosmétique est la deuxième force exportatrice de la France derrière l’aéronautique. Symboles du mode de vie à la française, les produits de beauté sont portés par la demande asiatique. Entretien avec Patrick O’Quin, président de la Fédération des entreprises de la beauté (FEBEA).

La cosmétique française exporte… l’équivalent de 150 Airbus. Les chiffres 2019 des Douanes ont été publiés vendredi 7 février et annoncés par le Secrétaire d’Etat au commerce extérieur. L’industrie cosmétique réalise en 2019 une belle performance à l’international : la filière a exporté près de 16 Mds € de produits, soit une progression de plus 9% par rapport à 2018. Cette progression, qui perdure depuis plus de 10 ans, fait de la cosmétique le deuxième secteur exportateur de France. L’Europe reste le premier marché pour les produits cosmétiques français, devant les Etats-Unis. On note un essor spectaculaire de la Chine : + 48% d’exportation en un an. Les soins de la peau, suivis des parfums et eaux de toilette, représentent les produits les plus appréciés dans le monde. La filière, dynamique et innovante, exporte plus de 50% de sa production, et cette seule activité export représente 130 000 emplois en France. Patrick O’Quin, président de la Fédération des entreprises de la beauté (FEBEA), revient avec Forbes France sur les enjeux qui traversent le secteur.


Forbes France : La cosmétique est désormais le 2ème secteur de l’économie française en termes d’exportation après l’aéronautique. En quoi ce secteur a-t-il une place particulière dans l’économie française ?

Patrick O’Quin : La moitié des produits cosmétiques fabriqués en France sont vendus à l’étranger : c’est effectivement une performance à part dans l’économie française. Ce dynamisme du secteur à l’export a toujours existé et il se renforce chaque année, de l’ordre de +10% par an. Le Secrétaire d’Etat au commerce extérieur vient d’annoncer les chiffres 2019 : nous avons réalisé près de 16 milliards d’euros d’exportations, ce qui nous place au deuxième rang des secteurs exportateurs de France.

Quelles sont les forces de la filière cosmétique française ?

Au-delà de notre héritage et de notre savoir-faire qui ne sont plus à démontrer, c’est la sécurité et la qualité de nos produits, qui sont unanimement reconnus et garantis par la réglementation la plus stricte du monde. Mais c’est aussi notre capacité d’innovation, de la formulation des produits jusqu’au marketing, qui explique notre compétitivité. La France dispose d’un écosystème cosmétique unique au monde, avec à la fois des grands groupes et près de 85% de PME, mais aussi des formations très performantes, des centres de recherche, des fournisseurs d’ingrédients de qualité… C’est ce qui nous permet d’innover mieux et plus vite pour anticiper les souhaits des consommateurs.  

 Quels sont ses pôles les plus performants ?

Les produits qui rencontrent le plus grand succès à l’export sont les produits de soins, c’est-à-dire pour l’essentiel les crèmes de beauté. On en exporte pour plus de 7 milliards € chaque année. En deuxième position : les parfums et eaux de toilette, où l’excellence française joue à plein. Puis il faut signaler l’essor spectaculaire des rouges à lèvres, dont les ventes à l’étranger ont progressé de 75% en cinq ans !

Un produit cosmétique français sur 5 est vendu en Asie. Pourquoi les Asiatiques sont-ils séduits par nos produits ?

En effet, nos produits connaissent un succès croissant en Asie. C’est même spectaculaire pour la Chine vers qui les ventes ont bondi de près de 50% en 2019, ou encore pour la Corée (+25%). Les consommateurs asiatiques sont très sensibles au prestige des marques françaises, qui représentent un art de vivre qu’ils apprécient. Il s’agit aussi de consommateurs à l’affût d’innovations ; or nous renouvelons chaque année un tiers de nos produits et cela permet donc de créer de la nouveauté en permanence.

Le cosmétique vous apparaît-il comme un oublié des success stories du Made in France ?

Lorsqu’on parle d’exportations, on pense en effet souvent à l’aéronautique et aux contrats de ventes d’Airbus. On parle moins souvent la cosmétique car les transactions sont moins spectaculaires : ce ne sont pas de gros contrats entre Etats mais des millions d’achats du quotidien. Les parfums, les crèmes de soins, les produits de maquillage français sont appréciés des consommateurs du monde entier, nous exportons dans la quasi-totalité des pays.

Quelles sont les nouvelles dynamiques à l’œuvre dans le secteur ?

Le haut de gamme continue de bien se porter, grâce à des marques françaises très puissantes. Dans les nouvelles tendances figurent les ventes de produits bio et naturels, en forte augmentation pour répondre aux nouvelles demandes des consommateurs. La personnalisation des produits est également une tendance émergente qui va sans doute se renforcer dans les prochaines années : il s’agit de produits que l’on peut adapter sur-mesure en fonction de sa peau, de son état de fatigue, de la météo…

En particulier, en quoi les inquiétudes en matière d’écologie influent-elles sur les activités du secteur ? 

Les préoccupations environnementales sont désormais au cœur de la stratégie de la plupart des entreprises cosmétiques. Le premier défi, c’est l’emballage dont on réduit le nombre, le poids et pour lequel des matières recyclables sont de plus en plus utilisées. Beaucoup de nos adhérents ont ainsi pris des engagements très ambitieux concernant la diminution de l’utilisation du plastique. Là encore, la clé c’est l’innovation. Au-delà de l’emballage, nous travaillons aussi énormément sur des formulations de produits qui soient de plus en plus sobres, en nombre d’ingrédients ou en matière d’empreinte environnementale. Et enfin, nous modifions nos process de fabrication pour être toujours plus sobre en termes de consommation d’eau ou d’énergie.

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