Le Congrès Mondial de la Nature, organisé à l’initiative de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) du 3 au 11 septembre 2021, a pour objectif de définir les priorités et de guider les actions de conservation et de développement durable au niveau mondial. Cet évènement de haut niveau, qui existe déjà depuis plusieurs années, est donc l’occasion de mettre à l’honneur un sujet d’une actualité brûlante, à savoir les Objectifs de Développement Durable. De plus, à l’occasion de cet évènement, plusieurs interventions, notamment du Centre national d’études spatiales (Cnes) et de Prométhée, ont mis en avant les apports de l’Observation de la Terre par Satellite, en particulier du « New Space », au développement durable.


 

 Le New Space, une Data Révolution ?

Le « New Space » désigne la dynamique actuelle de l’industrie aérospatiale relancée par un nombre croissant d’initiatives du secteur privé. Ce phénomène, initié aux Etats-Unis, s’est propagé à l’Europe, où de plus en plus d’acteurs tels que des start-ups ont investi ce champ, avec notamment le soutien de l’Agence Spatiale Européenne (ESA), enrichissant ce secteur de nouvelles technologies issues du numérique, du Big Data ou de l’aéronautique.

L’Observation de la Terre par Satellite, en particulier grâce aux nouvelles possibilités du « New Space », présente de nombreux avantages par rapport à d’autres sources d’informations. L’accès à de telles données est ainsi moins coûteux, notamment en raison de la miniaturisation des satellites, et simplifié, en particulier grâce à l’essor de l’Intelligence Artificielle. Ces informations sont également plus précises (niveau de résolution) et ont une fréquence d’observation plus importante voire en quasi temps réel (taux de revisite). Elles sont en outre fournies à une échelle macroscopique, permettant ainsi la comparabilité de ces données dans le temps et l’espace. De plus, le développement de nouvelles technologies satellites d’Observation de la Terre, telles que le multispectral, l’hyperspectral, le radar ou encore l’infrarouge, permet de fournir des informations inédites sur des éléments jusqu’alors inobservés (émissions de gaz à effet de serre, concentration de plastiques dans les océans, …). Enfin, l’usage de la technologie satellite permet d’assurer la traçabilité des projets en adoptant une approche Planification – Monitoring – Evaluation – Reporting – Vérification (PMERV).

 

La Grande Muraille Verte, une Aubaine pour le New Space

Si le champ d’application de telles technologies satellites était à l’origine militaire et centré sur des enjeux d’ordre défensif et sécuritaire, un nombre croissant d’opportunités émerge pour de telles technologies, qui constituent une source d’informations très riches et dont le potentiel est encore largement méconnu et sous-exploité. A cet égard, la technologie satellite permettrait en particulier de répondre aux problématiques du développement durable et du changement climatique, dont l’intérêt actuel n’est plus à démontrer.

Dans ce contexte, l’Initiative de la Grande Muraille Verte pour le Sahara et le Sahel (IGMV) constitue une opportunité inédite pour la technologie satellite. Lancée en 2007, cette initiative a pour objectif de « reverdir » une zone de 15 kilomètres sur 8 000 kilomètres de long s’étendant au Sud du Sahara sur toute la largeur du continent africain et traversant 11 pays (Sénégal, Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Nigeria, Tchad, Soudan, Erythrée, Ethiopie, Djibouti).

Cette initiative vise à contribuer à la mise en œuvre des Conventions de Rio et des Objectifs de Développement Durable au travers de la restauration de 100 millions d’hectares de terres dégradées, la séquestration de 250 millions de tonnes de CO2  et la création de 10 millions d’emplois verts d’ici 2030. Etant à l’heure actuelle à 15 % de ses objectifs, cette initiative a fait récemment l’objet d’une relance de la part de la communauté internationale dans le cadre du One Planet Summit en janvier 2021, à l’initiative du Président de la République Française Emmanuel Macron. 14 milliards USD viendront ainsi abonder les 3 milliards USD déjà mobilisés, auxquels devraient également s’ajouter des fonds privés.

Parmi les raisons invoquées pour expliquer la lente progression de la Grande Muraille Verte, figurent notamment le manque de données et l’absence de système de traçabilité, auxquels l’Accélérateur de la Grande Muraille Verte initié lors du One Planet Summit vise, entre autres, à remédier.

 

L’Aide Publique au Développement, une perspective plus large pour le New Space

Dans ce contexte, la technologie satellite a une forte valeur ajoutée par rapport aux sources d’informations habituellement utilisées. De plus, le marché plus global de l’information environnementale satellite et de l’aide au développement offre de belles perspectives à la technologie satellite. En effet, seules une vingtaine d’entreprises y sont actuellement positionnées, principalement en raison d’une méconnaissance de cette niche. De plus, les porteurs de projets de développement déclarent souhaiter consacrer 1 % des montants alloués à leurs projets à leur traçabilité via la technologie satellite.

En outre, les initiatives privées européennes s’inscrivant dans la mouvance « New Space » sont à l’heure actuelle fortement encouragées par les pouvoirs publics. Elles permettent en effet de répondre au double enjeu du numérique et du développement durable au cœur de programmes politiques et de plans de relance européens. Elles apportent également des solutions aux problématiques du continent africain, région du monde d’intérêt majeur pour l’Union Européenne. En conséquence, les pouvoirs publics européens, notamment l’ESA et le Cnes, se sont positionnés comme chefs de file et ont mis en œuvre de nombreux programmes tels que France Relance, Space Ticket, SMEs Africa ou encore l’Association Européenne d’Entreprises de Télédétection (EARSC), en vue de soutenir et d’accompagner les entreprises européennes dans la conquête de ce nouveau marché.

 

Le New Space, un vecteur de création d’emplois

Davantage d’entreprises s’inscrivant dans la mouvance « New Space » devraient donc proposer leurs services à l’aide publique au développement en général, et la Grande Muraille Verte en particulier.

En effet, cette révolution numérique, d’une part présente un avantage comparatif non-négligeable par rapport aux autres sources d’informations, d’autre part investit un marché de niche, émergent et à fort potentiel. A l’inverse d’autres progrès technologiques, cette dynamique contribue donc à la création de nombreux emplois sans pour autant en détruire d’anciens. De plus, ces emplois créés sont très qualifiés et sont donc associés à des gains en termes de productivité.

Sandra Nevoux (BSI Economics – Prométhée)

 

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