En 2020 et pour la première fois, les importations de bières aux États-Unis ont dépassé les importations de vins. La faute à la covid-19 ? Absolument pas ! Simple anomalie ou développement plus durable ? Il se pourrait bien que ce dernier point soit la raison.

 

Cette histoire n’est pas sans ironie, puisque la société largement responsable de ces importations de bières est une entreprise de Chicago peu connue du public. Par ailleurs, il y a un peu de mystère, étant donné que le déclin des importations de vins en 2020 suggère une relation de cause à effet avec la covid-19. Toutefois, cette explication ne tient pas la route.

Évidemment, d’autres facteurs entrent en jeu, notamment le développement de l’industrie vinicole américaine et la stagnation de l’industrie brassicole outre-Atlantique, provoquant ainsi une hausse des importations de bières. Une chose est sûre, en moins de dix ans, les importations de vins sont passées de +40 % par rapport aux importations de bières à -3 %.

Commençons par l’évolution des importations de bières, qui est un peu plus simple à comprendre. Autrefois, la bière provenait d’une variété de pays. En 2020, 72,27 % des importations de bières aux États-Unis provenaient du Mexique. Il s’agit d’un record pour une année exceptionnelle où les États-Unis ont importé pour 5,75 milliards de dollars de bières. La plupart des bières importées du Mexique provient d’une immense installation de brassage située proche de Piedras Negras. C’est une entreprise de Eagle Pass au Texas, de l’autre côté du Rio Grande, qui est à l’origine de 56 % des importations américaines de bières. L’accès au marché est donc un véritable facteur déterminant ici, au sens propre comme au sens figuré (seulement 5,1 km séparent Piedras Negras et Eagle Pass).

À Piedras Negras, on brasse de nombreuses marques de bières, telles que Corona, Pacifico ou Victoria ainsi que diverses bières de la marque Modela. Ironiquement, ces bières sont aujourd’hui brassées au Mexique et distribuées aux États-Unis par une multinationale basée à Chicago, Continental Brands. En effet, le groupe mexicain Modela a été racheté par Anheuser-Busch InBev en 2013 après avoir cédé ses activités aux États-Unis à Continental Brands, afin de se conformer à la législation américaine en matière de pratiques anticoncurrentielles.

La part de marché du Mexique dans les importations américaines n’a cessé d’augmenter : 30 % en 1998, 40 % en 2004, 50 % en 2013, 60 % en 2016 et 70 % en 2019. Cette progression s’est faite au détriment des Pays-Bas, qui étaient la première source d’approvisionnement jusqu’à ce que le Mexique les dépasse en 1999. L’Allemagne et le Canada, qui représentaient chacun plus de 10 % des importations de bières il y a près de 30 ans, comptent aujourd’hui pour moins de 2 % chacun. Ainsi, tout indique que le coût d’acheminement des produits jusqu’au consommateur est élevé, c’est la raison pour laquelle les importations de bières en provenance du Mexique n’ont cessé d’augmenter.

Qu’en est-il pour le vin ? Contrairement à la bière, la diminution des importations de vins semble liée à la covid-19. Après que l’ancien président américain Donald Trump et ses homologues européens ont restreint les voyages transpacifiques de passagers pour stopper la propagation du coronavirus au printemps 2020, les importations de vins ont chuté de plus de 24 % pendant quatre mois consécutifs : en avril, en mai, en juin et en juillet. Toutefois, cette explication ne tient pas la route, car le vin est importé par bateaux et non par avions.

Alors, si la raison de cette baisse n’est pas la covid-19, l’explication réside dans les tarifs. En effet, en octobre 2019, l’ancien président américain Donald Trump a imposé des droits de douane sur les vins en provenance de France, mais pas sur ceux en provenance d’Italie. Les importations de vins français ont donc considérablement chuté, tandis que les importations de vins italiens sont restées constantes. Pour la première fois depuis 2016, les importations de vins italiens ont dépassé les importations de vins français. En 2020, les importations de vins italiens ont légèrement baissé (-1,5 %), mais les importations de vins français ont enregistré une chute plus importante (-20,03 %). Quant aux importations de vins espagnols, également concernés par les droits de douane, elles ont chuté de 11,45 %.

Finalement, ces données montrent que la proximité du marché de destination est importante (pour le cas de la bière) et que les tarifs douaniers américains sur les importations limitent le choix des Américains (pour le cas du vin).

 

Article traduit de Forbes US – Auteur : Ken Roberts

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