Dans ses dernières prévisions, la Banque de France a estimé que jusqu’à 200 000 emplois nets par an seront créés jusqu’à la fin de 2020, date à laquelle le taux de chômage devrait s’établir à 7,9 %, s’approchant ainsi de l’objectif fixé par le président Emmanuel Macron pour la fin du quinquennat de 7 %. Cependant, les réformes mises en œuvre sur le marché du travail changeront en grande partie sur la manière dont les Français bénéficieront de l’amélioration de l’économie.

De quelles réformes parle-t-on ?


L’un des points les plus importants du programme de réformes avec lequel Emmanuel Macron s’est présenté aux élections était la modernisation du marché du travail. Le premier pas dans cette direction a été de donner aux entreprises une plus grande capacité d’adaptation aux conditions de production grâce à la réforme du Code du travail approuvée en septembre, facilitant à la fois le licenciement et l’embauche des salariés, procurant davantage de flexibilité aux entreprises du secteur privé. Le gouvernement estime que cette réforme est essentielle pour permettre la mobilité des travailleurs vers de nouveaux secteurs d’activité et pour encourager l’investissement. Cependant, les 15 milliards d’euros d’investissements prévus dans la formation au cours des cinq prochaines années ne viendront pas à temps pour soutenir les travailleurs dans les premières années de cette transition. Les effets de ces investissements devraient se manifester plus tard, créant ainsi un risque à la hausse sur le taux de chômage.

La réforme du marché du travail est désormais concentrée sur trois axes : la formation professionnelle, le contrat d’apprentissage et l’assurance chômage. La ministre du travail, Muriel Pénicaud, devrait présenter le projet de loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » au Conseil des ministres au cours de la deuxième quinzaine d’avril afin de pouvoir ensuite en débattre au Parlement.

Parmi les principaux points de la réforme de l’assurance chômage figure l’introduction d’un bonus-malus pour limiter l’utilisation abusive des contrats à durée déterminée. De même, la couverture de la prestation sera étendue à de nouveaux groupes. D’une part, les travailleurs indépendants en liquidation judiciaire pourraient recevoir une subvention d’un montant forfaitaire de 800 euros par mois pour une période de six mois. D’autre part, les employés qui démissionnent de leur emploi après cinq ans pour créer une entreprise ou changer de profession peuvent être bénéficiaires d’une indemnisation. À l’heure actuelle, seul un petit nombre de cas dans lesquels des employés ont démissionné pour cas de force majeure sont pris en compte. Le gouvernement estime que jusqu’à 30 000 personnes pourraient demander cette allocation chaque année.

Récemment, Muriel Pénicaud a annoncé qu’il y aurait un suivi plus approfondi des chômeurs, augmentant significativement le personnel dédié à cette tâche. En outre, les pénalités pour les chômeurs qui ne peuvent pas prouver qu’ils mettent en œuvre les mesures nécessaires pour trouver un emploi seront durcies. En cas d’infraction, les chômeurs pourraient temporairement perdre leurs prestations.

Combien de chômeurs y a-t-il en France ?

Les données de l’Insee montrent que le taux de chômage au quatrième trimestre 2017 est tombé à 8,9 %, après avoir créé, selon la Banque de France, 276 000 emplois nets au cours de l’année. Le chiffre est inférieur au taux de chômage structurel de 9,2 % estimé par la Commission européenne. La diminution de 0,7 point par rapport au troisième trimestre 2017 a été la plus forte baisse enregistrée jusqu’à présent. Concernant les chômeurs de longue durée, c’est-à-dire ceux qui ont cherché un emploi pendant plus de douze mois, représentaient 45,4 % du total des chômeurs.

Dans une perspective de long terme, le taux de chômage français a été historiquement similaire à celui de la zone euro. Cependant, au cours de la dernière décennie, les Français bénéficiaient d’un taux de chômage inférieur de 0,7 point à celui de l’ensemble des pays de la zone euro. Ce différentiel en faveur de la France s’est creusé à 1,7 point au plus fort de la crise. Cependant, malgré la poursuite de la chute du taux de chômage français au cours de l’année écoulée, la baisse enregistrée est inférieure à celle de la zone euro.

Les chiffres du chômage montrent-ils toute la réalité ?

Parallèlement au taux de chômage, il existe une mesure plus large, similaire à l’U6 du Bureau des statistiques du travail américain. Celle-ci intègre trois catégories de l’enquête Emploi réalisée par l’Insee à la définition de personne en situation de chômage de l’Organisation internationale du travail (OIT), qui est le point de référence auquel on fait habituellement allusion. En premier lieu, les personnes désireuses de travailler mais ne cherchant pas de travail, ainsi que les personnes qui ne sont pas immédiatement disponibles mais qui cherchent encore du travail, ne sont pas considérées comme faisant partie de la population inactive mais de la population active, et en particulier comme chômeurs. Deuxièmement, les travailleurs à temps partiel sous-employés, c’est-à-dire ceux qui travaillent moins d’heures qu’ils ne le souhaiteraient, seraient également considérés comme chômeurs.

La réalité que cette mesure plus large souligne est inquiétante. Les calculs basés sur les données d’Eurostat montrent que la France aurait atteint un taux de chômage de 19,5 % au deuxième trimestre 2015. En comparaison, le différentiel par rapport au taux de chômage standard (selon la définition de l’OIT, reprise par le ministère du travail) est passé de 7 points en 2008 à plus de 8 points, atteignant un maximum de près de 9 points au début de 2015. Toutefois, ces chiffres complémentaires sont inférieurs aux 21,1 % atteints dans la zone euro au deuxième trimestre 2013 et, en particulier, par rapport à ceux de l’Espagne, où un maximum de 37,2 % a été atteint à cette période.

Qu’est-ce que l’hystérésis ?

Le taux de chômage élargi est utilisé, par exemple, dans l’économie du travail comme proxy d’hystérésis, c’est-à-dire l’augmentation du taux de chômage à partir duquel l’inflation commence à accélérer, techniquement appelée taux naturel de chômage ou taux de chômage n’accélérant pas l’inflation (NAIRU, selon son acronyme anglais).

Le débat sur l’hystérésis en Europe remonte à la fin des années 1970, à la suite de l’augmentation notable du taux de chômage dans les économies du marché commun. Olivier Blanchard et Larry Summers ont analysé cette issue dans leur article « Hystérésis et le problème du chômage en Europe », publié par le Bureau national de recherche économique américain en 1986. Dans cet article, les auteurs ont étudié l’écart entre l’augmentation soutenue du taux de chômage et l’idée d’un taux d’équilibre sur lequel oscillerait une économie et dans lequel l’inflation serait constante. L’une des principales conclusions de leur recherche est l’existence d’une asymétrie claire dans le processus de fixation des salaires entre les insiders ou salariés et les outsiders ou chômeurs, auxquels pourraient s’ajouter les salariés les plus fragiles d’un marché du travail caractérisé par une forte rigidité et dualité. Dans ce type de modèle, les salariés s’inquiètent du taux de chômage mais aussi de son évolution. Si le taux de chômage devait être réduit, même s’il était élevé, il pourrait entraîner une pression à la hausse sur les salaires et les prix, avec pour conséquence une augmentation du chômage structurel. De même, certains modèles de négociation collective peuvent exacerber cette situation.

Finalement, l’hystérésis est également liée à l’augmentation du chômage de longue durée, situation caractérisée par un détachement progressif entre les chômeurs et les employeurs.

Conclusion

Si un marché du travail présente hystérésis, la hausse des taux d’intérêt telle que celle que la Banque centrale européenne envisage de faire dans le futur se traduirait par un taux de chômage toujours plus élevé, c’est-à-dire, la hausse des taux d’intérêt aurait un effet persistant sur le taux de chômage. Les réformes qui se réalisent maintenant sur le marché du travail français pourraient profiter du vent de dos qui procurerait l’amélioration de l’économie mondiale. En particulier, des mesures visant à réduire le chômage structurel devraient être mises en place pendant les cycles expansifs de la politique monétaire afin d’atténuer les effets secondaires des réformes.

Article rédigé par Alberto González de Aledo Pérez, BSI Economics