A l’instar de la société japonaise GMO qui a mis en place, en fin d’année dernière, un dispositif permettant à  ses salariés de voir une partie de leur salaire versée en Bitcoins, les Français envisagent-ils une rémunération de ce genre dans un avenir proche ?

Une étude éloquente et riche en enseignements. Mise sur orbite conjointement par Paypite, l’une des premières cryptomonnaies francophones et Qapa.fr, une plateforme de recrutement, cette étude met en exergue l’appétence des Français pour ces nouvelles devises numériques.  Premier enseignement, et non des moindres, de cette enquête d’opinion : 96% des femmes et 98% des hommes dans l’Hexagone ont déjà entendu parler des cryptomonnaies. Signe que la hype pour le Bitcoin, Ethereum, Ripple et consorts continue de tenir son rang. Au-delà même du simple effet de mode, il convient de signaler que 22% des femmes et 26% des hommes accepteraient une partie crypto-monétaire sous forme de prime ou de bonus. En outre, 10% des femmes et 14% des hommes conviendraient aisément de percevoir 10% de leur salaire en monnaie numérique. Autre question posée, celle de réclamer à ses supérieurs la possibilité de toucher ses émoluments en bitcoins et autres, 53% des femmes et plus de 61% des hommes interrogés se disent disposés à solliciter leur société pour discuter d’une rémunération en cryptomonnaie. 


Enfin, sans surprise, la fameuse tranche d’âge des « Millennials », catégorie de population courtisée de toutes parts,  se montre la plus en phase avec l’usage et l’appréciation de ces nouvelles devises. Les jeunes entre 18 et 30 ans sont, en effet, davantage enclins à recevoir une partie de rémunération en monnaies numériques puisqu’ils sont plus de 33% à envisager une prime ou un bonus sous cette forme alors que les 31-45 ans ne sont que 26%, les 46-60 ans 21% et les plus de 60 ans 16%. Concernant maintenant les zones géographiques où cette appétence est la plus présente, c’est l’Ile-de-France qui tire largement son épingle du jeu avec 17% de représentativité. La région dirigée par Valérie Pécresse devance d’une courte tête la Bretagne qui enregistre 15% tandis que la Normandie complète le podium avec 12% des suffrages. En revanche, les régions Grand Est (2%), Bourgogne Franche-Comté (2%) et Centre – Val de Loire (1%) se situent dans les tréfonds du classement et ne semblent pas encore particulièrement séduites par les cryptomonnaies.

Le Japon et l’Australie en pointe

Toutefois, il va néanmoins falloir patienter pour espérer entrevoir l’embryon d’une rémunération de ce type dans l’Hexagone. Comme le rappelle fort justement cette étude,  le Code du Travail indique que le versement du salaire doit être fait en monnaie fiduciaire ou ayant cours légal en France. Le droit français n’admet pas d’aménagements pour le moment afin d’intégrer une notion comme celle des cryptomonnaies. La cour de cassation les considère comme une monnaie virtuelle, sans correspondre à une monnaie au sens juridique. De plus, elles ne bénéficient pas d’un cours légal. Divers éléments qui empêchent en l’état toute vélléité de rémunération en Bitcoins ou en Ripple.  Des considérations juridique à des « années-lumière » du conglomérat japonais GMO Group qui a fait état de sa volonté, dès la fin d’année dernière, de mettre en place un système de versement des salaires… en Bitcoins ! 

Dans le détail, les salariés du groupe (du moins ceux de la branche  GMO Internet) ont la possibilité, depuis le mois de février dernier, de recevoir une partie de leur salaire en Bitcoins, en lieu et place de la devise locale, le yen. Ce système de paiement en cryptomonnaie oscillera entre 10 000 yens (soit l’équivalent de 88 dollars) et 100 000 yens, soit environ 882 dollars. Il ne s’agit pas d’une incursion hasardeuse dans la “nébuleuse” Bitcoin pour GMO qui a mis sur orbite, avec un certain succès, la plateforme GMO Coins, un service dédié à l’échange de cryptomonnaies. D’ailleurs le « taux de change en vigueur » sera celui de la plateforme. Plus novateur encore, la société Bitedge en Australie qui rémunère ses employés à 100% en Bitcoins ! Pour GMO group au Japon, le déroulé des opérations est légèrement plus nuancé.

Se familiariser avec les cryptomonnaies

Ainsi les employés qui le désirent ont-ils désormais toute latitude de percevoir une partie de leur salaire en Bitcoins « le jour même de leur rémunération classique », comme le confirme le quotidien économique locale Nikkei.  Exclusivement dévolu aux salariés de la branche « internet » du groupe, ce dispositif a vocation à s’étendre à l’ensemble des employés de la structure GMO Group dans les prochains mois.  Une manière de familiariser les équipes avec les cryptomonnaies alors que le groupe nippon a, depuis plusieurs mois, posé les jalons d’une activité de minage de monnaies numériques. Montant de l’investissement consenti : 10 milliards de yens (75 millions d’euros). Si la législation française ne permet pas, en l’état, d’envisager de rémunérer des salariés d’une société en monnaie numérique, l’idée d’une prime ou d’un bonus ponctuel sous cette forme peut être envisagée à court terme comme le souligne l’étude. Mais le chemin s’annonce long et tortueux tant ces cryptomonnaies suscitent encore la défiance des pouvoirs publics dans l’Hexagone.

 

*Méthodologie : sondage effectué par e-mailing auprès de 4,5 millions de personnes inscrites sur la base Qapa.fr et plus de 135 000 recruteurs (commerçants, artisans, TPE, PME, grosses entreprises), entre le 28 et 29  mars 2018. Profils des personnes interrogées : 50% de femmes et 50% d’hommes. Tranches d’âges : 5% de 18-24 ans, 20% de 25-34 ans, 41% de 35-44 ans, 30% de 45-54 ans et 4% de plus de 55 ans. Toutes les informations mises en avant sont déclaratives.