Depuis cinq ans, Koober propose des résumés de livres, principalement de développement personnel, afin d’offrir aux gens qui ne lisent pas les savoirs présents dans les ouvrages. Entretien avec Alexandre Bruneau, son CEO. 

“Koob” c’est “Book” à l’envers, mais de là à dire que Koober est l’inverse d’une librairie, on ne s’y risquera pas. Créée en 2015, la jeune pousse vous propose de lire, entre autres, L’art de la guerre de Sun Tzu en 27 minutes. Il n’est nulle question de lecture rapide ici, mais de résumés écrits mais aussi audio. Les fameux “Koobs” condensent en une dizaine de pages les principales thèses et principaux argument d’un livre de plusieurs centaines de pages en à peine une dizaine. Avec un catalogue très orienté business et développement personnel, l’objectif affiché de Koober est d’offrir les connaissances présentes “dans les meilleurs livres” afin de permettre à tout un chacun – et notamment ceux qui ne lisent pas – “d’atteindre ses objectifs de vie”. On a rencontré son CEO, Alexandre Bruneau, pour y voir plus clair dans le rapport qu’entretient la start-up avec les bouquins. 

Koober en chiffres : 

  • Un catalogue de plus de 1500 livres
  • 15 collaborateurs 
  • Un réseau de 30 rédacteurs 
  • 30 000 abonnés et 500 000 utilisateurs freemium
  • 30 nouveaux résumés par mois en français, et 15 en anglais.

Forbes France : Comment mettez-vous au point vos résumés de livres, que vous appelez “Koobs” ?

Alexandre Bruneau : On a une vraie approche scientifique concernant la création de nos contenus. Ce qu’on essaie de faire, c’est de créer un contenu qui est facile à retenir et qui est facile à mettre en oeuvre dans sa vie de tous les jours. 

Pour cela, nous sommes montés en compétence en matière de neurosciences, des techniques d’apprentissage du cerveau pour comprendre comment le cerveau fonctionne et comment on fait pour retenir des idées. C’est la base de notre démarche : on veut qu’un koob marque l’esprit, qu’il ait un maximum d’impact dans la vie des gens

Alexandre Bruneau, CEO de Koober | Crédits : DR

Sur quels ressorts vous appuyez-vous pour rédiger vos résumés ? 

Par exemple, on sait qu’on retient plus facilement quelque chose quand il est associé à une émotion. De la théorie “froide” ça ne suffit pas. Ce qu’il faut c’est ajouter du story telling, avec des dialogues, de l’histoire. Quand vous prenez des contenus audio par exemple, avec nos concurrents que sont les livres audio ou certains podcasts, leur problème c’est que ce sont des contenus qui ont été pensés pour être lus. On met un acteur devant un micro et on l’enregistre. Nous, on va ajouter de la musique des bruitages. On passe par une étape de scénarisation du résumé pour le rendre plus impactant. Car quand on écoute du contenu, on a tendance à faire plusieurs choses en même temps, et du coup à passer à côté de certaines choses et à se perdre. 

Quel est l’objectif de Koober ? 

L’objectif de Koober est de permettre aux gens d’atteindre leurs objectifs de vie grâce aux idées qui sont dans les meilleures sources de contenu et on en fait des Koobs. Nous on veut vraiment avoir le plus d’impact dans la vie des gens. Les livres que nousnporposons ne sont que des ouvrages de non-fiction.

Par qui sont rédigés vos contenus ?

Nous avons un réseau d’une trentaine de free-lances qui travaillent pour nous. Ils doivent réunir trois qualités : être de bonnes plumes, avoir un bon esprit de synthèse et une expertise dans un domaine. On a tout un maillage d’experts dont certains sont rédacteurs professionnels, d’autres sont des professeurs d’économie, d’autres sont des journalistes spécialisés, d’autres des puéricultrices qui interviennent sur des thématiques qui touchent à la parentalité ou aux enfants. Ce sont tous des gens qui ont un métier par ailleurs, et qui ont une expertise parce qu’ils font ce métier. 

Combien de temps sont nécessaires pour produire un Koob ? Comment sont rémunérés vos auteurs ?

Entre le moment où on décide de le produire et le moment où il est publié sur Koober, il se passe entre deux et trois semaines. Nos free-lances sont payés en droits d’auteurs, selon le nombre de lectures de leur Koob, rapportées au nombre total de lectures sur le site, avec une avance sur droits d’auteur.

“Sur Koober on ne devient pas un expert, on enclenche un processus d’apprentissage, et s’ils veulent devenir experts, on encourage les gens à acheter les livres pour aller plus loin.” – Alexandre Bruneau, CEO de Koober

Dans votre story-telling, vous racontez que Koober est né de la rencontre entre vous qui lisait beaucoup et enchaînait les fiches de lecture pour ses amis, et de votre collaborateur, Alexandre Mulliez, qui achetait plein de livres sans avoir le temps de les lire…

Tous les deux, on se rendait bien compte que les livres ça peut changer la vie de quelqu’un. En outre, aujourd’hui, tout le monde consomme beaucoup de contenus mais ce n’est pas souvent du contenu de qualité. De plus, on n’a plus le temps de lire des livres. Ce qu’on on veut, c’est redonner le gout des livres au plus grand nombre, leur donner envie d’en acheter et d’accéder aux idées qu’il y a dedans. En 20 minutes on ne résume que 5% du livre. 

Et vous avez des stats sur la part de personnes qui achètent un livre après en avoir lu un koob ? 

Plus de 20% de nos utilisateurs cliquent sur notre bouton “acheter un livre” après avoir lu un koob. Nous, ce qu’on espère, c’est leur redonner gout à la lecture. Derrière le koob, on redirige toujours l’utilisateur vers un site marchand pour qu’ils se procurent l’ouvrage original.

Vous avez changé votre discours par rapport à vos débuts : vous donniez presque l’impression que le koob avait le potentiel pour remplacer le livre dont il est tiré, et là maintenant vous dites vouloir redonner le goût de la lecture…

Oui tout à fait. Au début on a peut-être été maladroit dans nos discours, on n’avait pas vraiment bien compris la place que pourrait prendre Koober dans l’écosystème de l’édition, et là on est en train de trouver notre place, on a compris qu’on allait dynamiser ce secteur.

Ce que vous avez compris aussi c’est que dire qu’un résumé de 5 minutes ça captait l’essence d’un livre, c’était abusif, non ? 

Oui en effet, et de toutes façons on ne le pense pas. C’est très simple : s’il n’y a plus de livre, il n’y a plus Koober de toute façon. Donc on a tout intérêt à ce qu’il y ait un maximum de livres qui se vendent. Et aujourd’hui notre produit est fait pour inciter les gens à acheter les livres, à y approfondir ce qu’ils ont appris dans le koob. Et on ne peut remplacer un livre par son résumé qui fait 20 minutes. Justement, on s’adresse à tous ces gens qui ne lisent plus de livres. 

Mais justement, le problème auquel il ne faudrait pas s’attaquer, n’est-ce pas celui selon lequel les gens n’ont plus le temps de lire des livres ? Notamment votre cible. Vous êtes un peu le symptôme d’une époque qui ne prend plus le temps de rien ? 

Alors oui et non. Aujourd’hui, qu’est-ce qu’on fait ? On passe notre temps à consommer du contenu, on regarde des vidéos sur Youtube, on passe du temps sur les réseaux sociaux, on écoute des podcasts, et on passe notre temps à ne plus lire de livres. Nous, on s’adresse à cette branche de la population qui n’achète plus de livres, ce qui n’est pas un problème en soi, sauf pour les éditeurs de livres. Le problème qu’on a quand on regarde des vidéos, c’est cette petite frustration de ne pas en savoir plus. Parce que quand je consomme du contenu de non-fiction, c’est soit pour avoir de l’inspiration, soit pour développer une compétence, ou quelque chose que je peux utiliser dans ma vie de tous les jours.. Ce n’est pas comme du roman. Le roman c’est du pur divertissement, ce que je veux c’est passer du bon temps.

C’est un peu réducteur de dire ça. Il y a des romans qui sont des véritables guides dans une vie, sans les éléments de langage de l’entrepreneur…

Effectivement, il y a des romans qui changent une vie, mais la raison pour laquelle on le lit n’est pas la même que pour un livre d’économie par exemple. Quand je lis un roman, ce n’est pour apprendre à mieux manager mes équipes, à faire du marketing digital ou à mieux manger ou à mieux dormir.

Votre application à un côté “Freeletics” (application de crossfit, ndlr) du savoir, avec ses parcours qui permettent de développer des compétences spécifiques…

Notre constat, c’est qu’on a tous des grands objectifs dans la vie, et on cherche du contenu pour les atteindre. et nous on a identifié plusieurs de ces potentiels objectifs, Aujourd’hui, parmi les vidéos les plus vues et les podcasts les plus écoutés, ce sont des non-fictions et des contenus sur le développement personnel. Mais ces contenus seuls sont source de frustration. Car l’apprentissage est un processus, ce n’est pas seulement avoir des informations. Ensuite, il y a un processus d’acquisition, où je vais avoir notamment mémoriser les choses, et derrière il y’a la mise en oeuvre de ces idées. Nous, notre contenu est optimisé pour être facilement mémorisé et être facile à mettre en oeuvre, et on a en effet des fonctionnalités comme les parcours, qui traitent de problématiques spécifiques : carrière, productivité, entrepreneuriat, séduction, santé, bien-être, créativité etc…

Par exemple, si je veux arrêter de manger du sucre, je dois lire un certain nombre de Koobs, répondre à des questionnaires pour valider le parcours et vérifier qu’on a bien mémorisé ce qu’on a lu. 

Vous comptez sortir de la visée très individualiste de votre catalogue ? 

Oui alors effectivement… Nos utilisateurs utilisent Koober pour régler leurs problèmes du quotidien mais aussi pour faire avancer leurs idées. Nous ne proposons pas que des ouvrages de compétence, nous avons aussi de nombreux livres inspirationnels quand même. Nous allons même commencer à faire de la philosophie aussi.

En vous attaquant justement à de la philosophie, vous n’avez pas peur de rester sur des choses très superficielles avec vos résumés ? 

Une chose est importante, sur Koober on n’apprend pas à être un expert, on apprend à mettre le pied à l’étrier, à commencer un sujet. Nos koobs d’ouvrages philosophiques ne vont pas s’adresser à un prof de philosophie qui n’a pas aucun intérêt à venir sur Koober. Mais on veut parler aux gens qui débutent. Il y a un bassin de débutants bien plus important qu’un bassin de sachants, d’experts. Sur Koober on ne devient pas un expert, on enclenche un processus d’apprentissage, et s’ils veulent devenir experts, on encourage les gens à acheter les livres pour aller plus loin. 

Vous parliez de faire profiter les maisons d’édition de votre outil : mais de fait les résumés que vous proposez sont souvent ceux de livres qui sont déjà des best-sellers…

Alors, notre catalogue présente beaucoup de best-sellers, mais on a aussi mis “du fond de catalogue”. Mais à partir du moment où on comprend que Koober ne vient pas cannibaliser les ventes de livres, de toute façon on a tout intérêt à proposer des best-sellers. On va ainsi permettre aux maisons d’édition de toucher une audience qui de ne va pas acheter les best-sellers ; parce que dans tous les cas ils n’achètent pas de livre. Encore une fois, nos utilisateurs ne considèrent pas du tout Koober comme une alternative à l’achat de livres, pas du tout.

Vous continuez à lire beaucoup, vous ? 

Oui bien sûr. Je lis au quotidien et heureusement ! Je n’ai pas remplacé mes livres par des koobs, mais je découvre aussi de nouveaux livres grâce à Koober, que j’achète ensuite. L’application me permet de balayer un nombre énorme de livres et de savoir exactement ce qui me correspond. 

Quels sont les derniers livres que vous avez lu ? 

Il y a par exemple, Competing against luck de Clayton Christensen un professeur de Harvard qui parle dans ce livre de la théorie des “jobs to be done” qui vient remplacer celles des personas dans le marketing. L’idée est qu’au lieu d’aller chercher des profils types d’utilisateurs d’après des caractéristiques socio-démographiques, on va aller chercher la raison profonde pour laquelle les utilisateurs ont choisi “d’embaucher” telle ou telle application, c’est pour ça qu’on parle de “jobs”. En l’occurrence, la raison pour laquelle des gens ont choisi d’embaucher Koober, c’est pour atteindre leurs objectifs : devenir indépendant financièrement, apprendre à éduquer leurs enfants, devenir plus productifs, booster leur carrière…

Et en roman vous avez lu quoi récemment ?

Transcendance de Marc Dugain, et je suis en train de lire aussi en même temps le dernier Joel Dicker. Je lis un peu de tout. Je lis aussi de la littérature classique mais ce n’est pas ma priorité. Après je ne lis pas énormément. Je pense que je lis trois livres par mois. Enfin c’est au-dessus de la moyenne. Et je lis sans technique de lecture rapide, j’aime bien revenir en arrière. Je ne lis pas très rapidement. Mais je ne dors pas beaucoup, c’est pour ça que j’arrive à lire autant.

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