Un journaliste de Forbes US a eu la chance de rencontrer Kevin Durant chez lui, à New York, dans son appartement longeant la High Line d’où le joueur peut admirer la skyline de la ville. Sur les étagères, les trophées se bousculent, avec notamment des titres de MVP et des récompenses All-Star. Ses bagues de champion NBA, remportées avec son équipe des Warriors de Golden State, sont religieusement conservées dans sa chambre.

Mais Kevin Durant n’est pas du genre à se reposer sur ses lauriers et se concentre sur l’avenir. En face de sa salle des trophées se situent des machines de sport qui lui permettent de faire du pilates, et de travailler sa force et son équilibre. Tout ceci dans le but de sauver sa carrière, interrompue lorsque le joueur s’est rompu le tendon d’Achille lors de la finale de NBA en juin dernier, devant 18 millions de téléspectateurs. Depuis, le champion n’a pas remis les pieds sur le parquet. Il explique : « Le plus important, c’est que je prenne soin de mon corps, afin de pouvoir retourner sur le terrain. Mieux on joue, plus notre business peut se développer ».


Le business de Kevin Durant commence par un contrat signé avec les Nets de Brooklyn l’été dernier pour un montant de 164 millions de dollars. Le joueur a également signé un partenariat de dix ans avec Nike, qui le fournit en chaussures contre une rémunération à hauteur de 275 millions de dollars. Rien qu’avec ça, Kevin Durant va empocher plus de 70 millions de dollars cette saison sans jouer un seul match, une somme que le joueur compte bien transformer en investissements fructueux, comme Michael Jordan ou LeBron James l’ont fait avant lui.

Brooklyn est la quatrième étape de la carrière de Kevin Durant. Drafté à ses débuts par les SuperSonics de Seattle en 2007, le joueur a ensuite suivi la franchise qui s’est délocalisée à Oklahoma City l’année suivante pour devenir le Thunder d’Oklahoma City. Sa carrière décolle, mais il prend la décision en 2016 de signer pour deux ans avec les Warriors de Golden State. Le club fait de lui un véritable champion, un paratonnerre aux côtés de Stephen Curry sur le terrain et un entrepreneur accompli.


En choisissant aujourd’hui de jouer avec les Nets de Brooklyn, le joueur cherche à redéfinir ces trois facettes de sa personnalité. Le champion peut-il aujourd’hui faire un grand retour après une blessure foudroyante ? Est-il capable de faire gagner le championnat à son équipe, qui compte énormément sur lui ? Enfin, est-il en mesure de tirer les leçons de son expérience dans la Silicon Valley pour les appliquer à New York ? Pas farouche, Kevin Durant déclare : « En me promenant dans New York, je vois beaucoup de grandeur, de dévouement et de détermination ».

L’activité d’investissement de Kevin Durant, c’est Thirty Five Ventures. Le joueur a cofondé la société avec son manager, Rich Kleiman, un ancien de l’industrie musicale qui avait participé à la création de la division sportive de l’agence de talents de Jay-Z, appelée Roc Nation. Thirty Five Ventures compte 15 employés à plein temps qui s’occupent des partenariats de Kevin Durant, mais aussi de la fondation et de l’expansion de son porte-feuille de start-ups. Ces dernières années, le joueur a investi plus de 15 millions de dollars dans plus de 40 start-ups. Près de 70 % d’entre elles ont vu leur valorisation augmenter, ce qui a permis à Kevin Durant de réaliser des gains de plus de 400 %. 

Thirty Five Ventures a également une branche de production, qui fait des documentaires sur le thème du basket, mais aussi des séries et des émissions scénarisées pour des plateformes comme Apple, YouTube et ESPN. Rich Kleiman explique : « LeBron James a été le premier à créer une véritable entreprise tout en jouant. Kevin Durant est en train de construire une entreprise authentique ».

Pour Kevin Durant, qui vient d’avoir 31 ans, l’objectif est d’être à la tête d’une fortune à dix chiffres. Lorsque sa carrière de joueur sera terminée, il aura gagné bien plus de 500 millions de dollars grâce à ses salaires et ses partenariats. Aujourd’hui, il déclare : « Je veux utiliser les chèques que je reçois pour créer une véritable richesse générationnelle ».

Kevin Durant a été élevé par sa mère dans un quartier difficile du comté du Prince George, dans l’État du Maryland. Au collège, il mesure déjà 1,80 m et à 17 ans, il est nommé MVP du McDonald’s High School All-American Game. À 18 ans, il est élu College Player of the Year à l’université du Texas, et à 19 ans, il est Rookie of the Year pour la NBA. Il finira par obtenir plusieurs fois le titre de MVP en NBA et gagnera de nombreuses récompenses avec les Thunder d’Oklahoma City. En 2016, lorsqu’il décide de rejoindre les Warriors de Golden State, l’équipe qu’il ne parvient pas à battre, en signant avec le club un contrat de 54 millions de dollars, Kevin Durant change le cours de sa vie et de son business.

Le joueur s’intéresse au poids de l’argent pour la première fois en 2014, lorsqu’il doit choisir entre les équipementiers Nike et Under Armour, qui lui font tous deux des offres alléchantes : « J’ai beaucoup appris sur le business grâce à cela ». À l’époque, Oklahoma City n’offrait pas de grandes opportunités d’investissement : « Il y a le pétrole et l’immobilier, mais c’est un club fermé et il est difficile d’y entrer ». Le joueur se lance alors avec son manager dans le monde de la technologie, et fait pression pour investir dans la start-up de livraison Postmates et la société de robo-advisors Acorns.

Une fois arrivé à San Francisco, avec l’équipe de Warriors de Golden State, Kevin Durant a alors accès aux start-ups les plus en vue du monde entier. Le joueur explique : « Tous les entrepreneurs et investisseurs viennent [aux matchs des Warriors], et vous pouvez interagir avec eux et les rencontrer. Ils ont l’air normaux à première vue, mais ils changent le monde très vite et ont énormément de pouvoir ». Il se lie d’amitié avec des personnalités, comme Laurene Powell Jobs, Marc Andreessen, Ben Horowitz, Brian Chesky et Joe Gebbia d’Airbnb, et des dirigeants Google et Apple. Son manager attire la presse et les clients, et bientôt la société des deux hommes investit dans Coinbase, Robinhood, Caffeine TV, Imperfect Food, et Lime Scooters, entre autres. Eddy Cue, chef de la division des logiciels et services internet d’Apple, raconte : « Kevin a appris ce qu’il fallait pour créer des entreprises et investir dans celles-ci. Il a eu l’intelligence de profiter pleinement de ses rencontres ». 

Mais Kevin Durant portera-t-il aussi bien la casquette d’investisseur à New York que dans la Silicon Valley ? En tout cas, il s’est adapté à l’esprit local et s’apprête à ouvrir dans le quartier de Chelsea les nouveaux bureaux de Thirty Five Ventures sur 4 500 m², où le joueur peut se rendre à pied depuis son loft. Rich Kleiman estime : « New York sera le point culminant des différentes communautés que Kevin a rencontrées, et cela fera passer notre société au niveau supérieur ».

Si à Los Angeles Kevin Durant cherchait à conclure des contrats, New York est pour lui l’occasion de posséder son propre média. Le joueur a en effet produit la série Swagger qui raconte ses débuts et qui est diffusée sur Apple TV+. Des séries et courts-métrages seront également diffusés sur la chaîne YouTube du champion, qui compte aujourd’hui près de 800 000 abonnés. Par ailleurs, la franchise The Boardroom couvre le secteur des sportifs d’élite avec un site web, une newsletter et une émission sur ESPN. 

Mais aujourd’hui, Kevin Durant a une autre obsession : retourner sur le terrain et reprendre les matchs à la saison prochaine. Aucun joueur de son niveau n’est jamais revenu d’une rupture du tendon d’Achille comme la sienne. Autre information cruciale : en près d’un demi-siècle, aucun joueur n’a permis à New York de remporter le titre de champion NBA, alors que la ville se passionne pour la basket.

Et aujourd’hui le joueur n’a plus aucune limite à son ambition : «  Je veux posséder et diriger une équipe de NBA, gérer les opérations quotidiennes du club et avoir un impact sur les jeunes joueurs de la ligue », dit-il, en rappelant le chemin emprunté par Michael Jordan pour devenir milliardaire.

« J’ai commencé tout en bas », raconte Kevin Durant tout en se penchant en avant pour toucher le sol de son appartement afin d’imager ses propos. « Je sais qu’il y aura des enfants dans ma famille, et je veux qu’ils commencent plus haut que moi. La seule façon d’y arriver, c’est de créer de l’argent, et je veux le faire d’une manière plus cool, pas seulement en étant gourmand et en accumulant tout ce que je peux ».

 

Article traduit de Forbes US – Auteur : Steven Bertoni

 

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