Les jeux d’argent ont toujours eu la cote au sein de la population hexagonale. Joueurs habitués comme joueurs ponctuels trouvent leur bonheur en rêvant, l’espace de quelques secondes, à leur vie en cas de Jackpot

Depuis 2010, cette distraction est devenue virtuelle grâce à la libéralisation du marché des jeux d’argent en ligne. L’époque du jeu de grattage acheté chez son buraliste est révolue. Le plaisir du clic a remplacé le plaisir de gratter et de cocher. Je suis moi-même un joueur occasionnel (paris sportifs principalement) et je souhaitais faire le bilan de cet éco-système 2.0 qui prend possession de nos écrans.


Un « loisir » ancré dans l’ADN des Français

À titre de comparaison, le chiffre d’affaires de l’industrie du jeu en France était de 16,7 milliards en 1995 (à titre indicatif : 98 millions d’euros en 1960). 20 ans plus tard, la mécanique s’est emballée puisque le chiffre d’affaires est de près de 45 milliards d’euros (document officiel de l’Observatoire des Jeux)!

Sur les 20 dernières années, alors que la FDJ a su tenir le cap en conservant 30% du chiffre d’affaires total, le PMU a connu quelques atermoiements puisque son pouvoir de captation est passé de 32% (plus que la FDJ en 1995) à 18,2% (en 2015). 

Sur la même période, les casinos ont aussi perdu un peu de terrain en passant de 38 à 33%. Ces évolutions sont notamment liées à l’arrivée des jeux d’argent en ligne qui ont su capter 13% en 2010 puis 18% en 2015. Toutefois, le taux de rentabilité le plus important va dans la poche des opérateurs de paris hippiques (34% contre 3% pour la FDJ et 18% pour les casinos / situation similaire depuis 2011).

Concernant les Français, ils misent 2 000 euros en moyenne par an (source INSEE) sachant que leurs gains sont de 1 600 euros. Ce loisir coûte donc 400 euros en moyenne par an à chaque adepte du « grattage/cochage ». J’ai également découvert que plus de la moitié des Français jouait au moins de façon occasionnelle (entre 5 et 20 fois par an), et, que les mises ont augmenté de 76% entre l’an 2000 et aujourd’hui (0,8% du budget annuel du foyer)! Pour compléter le tableau, sachez que les Corses, les Guadeloupéens, les Réunionnais et les Nordistes sont les plus joueurs.

Il ne s’agit plus d’un engouement, mais bien d’une course vers une vie meilleure….Selon différents sociologues, les jeux d’argent sont de réelles alternatives à un quotidien souvent morose…à noter que cette dynamique profite à l’État qui encaisse 11% des mises!

Libéralisation des jeux d’argent en ligne : De la poule aux oeufs d’or à une réadaptation vitale

Jusqu’en 2010, seuls la FDJ, le PMU et les casinos régnaient en maîtres. Depuis la libéralisation de ce marché juteux, et même si les acteurs historiques ont su garder une tête d’avance (plan de digitalisation à la FDJ, adaptation numérique du PMU), de nouveaux acteurs 2.0 ont déboulé. Cela est notamment le cas sur certains segments particulièrement dynamiques comme les paris sportifs, et dans une moindre mesure, le poker en ligne.

Après l’arrivée de (trop) nombreux opérateurs pour un marché aussi « neuf », un véritable phénomène de concentration a eu lieu au sein des 2 segments cités plus haut. Rien qu’en matière de poker en ligne, le nombre d’opérateurs est passé de 25 à 10, soit presque le même nombre de protagonistes que sur les 2 autres segments (10 pour les paris sportifs en ligne et 8 pour les paris hippiques en ligne).

Cela étant, les « espérances de gains » des opérateurs ont rapidement été revues à la baisse, et ce, dès 2012. En effet, entre un PBJ (Produit Brut des Jeux) trop maigre et des restrictions très franco-françaises (il faut ultra-protéger les joueurs qui sont incapables de se responsabiliser aux yeux des autorités…), la dynamique a connu des trous d’air (2015 : -14% de mises annuelles en Cash Game, véritable poumon du poker en ligne). Cela est notamment le cas concernant le poker en ligne et les paris hippiques (désaffection générationnelle, mais chiffre d’affaires global stable). 

Les solutions ont tardé à venir (2016 : nouvelles variantes de jeux pour le poker en ligne dont le Omaha 4 Hugh-Low et jeux plus « sexy » pour les paris hippiques) et les exercices 2013, 2014 et 2015 ont eu un goût de bad beat…Au final, les opérateurs de jeux d’argent en ligne ont perdu 5 millions d’euros en 2015.

Paris sportifs en ligne : Les grands gagnants

Au-delà des résultats plutôt négatifs d’un marché qui se cherche encore, le segment des paris sportifs en ligne connaît une croissance olympique. Dans ce cadre, j’inscris sur le fait qu’il n’y a pas autant de hasard que lors d’un tirage du Loto ou lors d’une main au poker (bien que le poker puisse être considéré comme un sport cérébral, mais c’est un autre débat).

Ici, les joueurs peuvent compter sur des mines d’informations et sur des actualités toujours très riches (comme pour les paris hippiques d’ailleurs). Les statistiques ne manquent pas et l’affect a un poids plus important dans chaque mise que pour n’importe quel autre type de pari.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes concernant les 2 grands événements sportifs de cette année :

  • Jeux Olympiques de Rio : près de 34 millions d’euros de mises, soit 77% de plus que lors des JO de Londres en 2012 (PBJ +109%)
  • EURO 2016 de football : 141 millions d’euros de mises contre 109 millions d’euros lors de la Coupe du Monde 2014 au Brésil alors qu’il y a 13 matchs de moins (et 29 000 nouveaux comptes de joueurs). Rien que la finale entre  la France et le Portugal a engendré près de 30 millions d’euros de mises.

Jeux d’argent en ligne : Vers quel futur? Quid du micro-gaming?

Grâce aux nouvelles variantes citées plus haut et à l’actualité sportive très riche, l’enthousiasme devrait reprendre sur un marché qui a su “être forcé à mûrir”. 

Au-delà des chiffres, il faut prendre en compte les mutations technologiques. En effet, les joueurs sont mobiles et n’ont plus besoin d’être assis devant leur ordinateur pour jouer une main ou miser sur leur club favori. 

À titre comparatif, il faut noter qu’en 2011, 12% des connexions provenaient d’un support mobile alors qu’il s’agit désormais de plus de 53% (Source ARJEL). Les opérateurs disposent de la créativité nécessaire pour donner envie de jouer n’importe où et n’importe camp (mais les autorités veillent – La France propose la législation la plus rigide en la matière).

Dans tous les cas, le micro-gaming (réaliser des mises d’un faible montant sur une application mobile) a de beaux jours devant lui puisque la FDJ a notamment investi en numérisant son offre. Je souligne qu’un nouveau record de gain a été battu en matière de micro-gaming puisqu’un joueur australien a remporté 8 millions d’euros à un jeu de casino en ligne (interdit en France jusque-là) en allant au travail…

À moyen terme, la réalité augmentée (Effet PokemonGo) devrait aussi jouer un rôle-clé concernant l’offre proposée…