Fort d’une levée de fonds de 150 millions d’euros, le patron du spécialiste des objets connectés à bas débit espère accroître largement son déploiement à l’international et couvrir, à terme, l’ensemble de la planète avec le réseau Sigfox.

Vous avez effectué la plus grosse levée de fonds de l’année 2016, et la deuxième de l’histoire de la French Tech. Pouvez-vous nous raconter les coulisses de ce tour de table record ?

Pour moi, le véritable enjeu de cette levée de fonds était de continuer à se rapprocher de l’objectif qui était celui de Sigfox dès le premier jour. A savoir : en faire l’un des leaders mondiaux de l’internet des objets (IoT). Au départ, il était compliqué d’intéresser les investisseurs, mais à force de travail et de preuves de la validité de notre proposition de valeur, nous sommes parvenus, petit à petit, à lever des sommes de plus en plus conséquentes, jusqu’à ces 150 millions. Ce n’est pas une fin en soi mais cela devrait néanmoins permettre à l’entreprise d’atteindre l’équilibre. Ce n’est pas tant les « records » que nous cherchons, mais davantage à imposer notre proposition de valeur unique, en l’occurrence un réseau mondial pour les objets connectés. Pour ce faire, nous avons évidemment besoin d’argent. Or, que vous leviez 3 ou 150 millions, le tour de table est un exercice résolument compliqué qui demande du temps et qui doit être mené en parallèle des préoccupations quotidiennes. Les équipes sont également soumises à rude épreuve durant ces périodes. Mais nous avons toujours gardé à l’esprit que, si le succès était au rendez-vous et ce fut le cas, nous n’aurions plus besoin d’aller chercher, par ce biais, de nouveaux financements.

Quel montant espériez-vous récolter avant d’entamer ce processus ?

Nous visions entre 100 et 300 millions d’euros au mois de janvier 2016. Nous avons donc réussi, en neuf mois, à lever 150 millions d’euros. Mais, pendant ce laps de temps, l’entreprise s’est bien développée dans la mesure où nous avons déployé notre réseau au cours de ces douze derniers mois, dans une quinzaine de pays (Sigfox est présent dans 27 pays aujourd’hui). Lorsqu’on s’installe dans un pays, on génère du revenu. Il n’y a pas d’investissements de notre part. Ainsi, lorsque Sigfox déploie une réseau dans tel ou tel territoire, le partenaire local nous verse une certaine somme d’argent pour devenir opérateur de Sigfox sur son territoire. Ensuite, celui-ci nous achète l’infrastructure à déployer et, par la suite, il nous reversera une partie de ses revenus. Tout cela pour dire que, compte tenu du bon développement de l’entreprise cette année, il ne nous paraissait pas nécessaire de lever 300 millions d’euros. D’après nos calculs, réussir à récolter 100 millions d’euros aurait été amplement suffisant. Mais pour disposer d’une certaine marge d’exécution, lever 150 millions d’euros – et donc bénéficier d’un « extra » de 50 millions- nous paraissait être le montant idoine pour mener à bien nos différents projets.

Parmi ceux qui « ont mis au pot », lors de ce tour de table, figurent Henri Seydoux, fondateur du fabricant de drones de loisir Parrot qui a investi ses deniers personnels. Qu’est-ce qui, selon vous, l’a séduit dans votre approche ?

Je l’avais rencontré, « de loin » comme on dit, il y a quelques années, avant de l’approcher directement, il y a 3 ans, pour lui demander s’il souhaitait rejoindre Sigfox, en tant que « Board Member ». Je trouvais cela résolument intéressant d’avoir un entrepreneur de cette envergure au sein de notre conseil d’administration. Lors de notre levée de fonds de 100 millions d’euros en 2015, il a suivi tout le processus avec attention mais sans faire montre d’euphorie, à juste titre, arguant qu’il y avait encore de nombreux challenges à relever. Concernant notre dernier tour de table, il a pu constater que la progression de Sigfox, pour la suivre au quotidien, était manifeste et a donc décidé d’investir à titre personnel. Pour lui, cela résonnait comme une évidence : Sigfox allait devenir un acteur majeur de l’IoT, notamment au regard de nos perspectives gigantesques et il voulait prendre une part plus active à cette aventure. Je ne sais pas encore à combien, à terme, sera valorisé notre entreprise mais ce qui est sûr c’est qu’Henri Seydoux croit en notre potentiel, d’où cette implication personnelle de sa part.

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