À peine annoncé, le plan de relance économique du gouvernement fait l’objet de nombreux commentaires. Chacun jugeant de l’insuffisance ou non des mesures annoncées. Jean-Hervé Lorenzi, le président du Cercle des Économistes, lui, veut se donner le temps de la réflexion. Le plan de relance sera au cœur des débats des Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence, les 12 et 13 septembre, qui réuniront économistes, politiques et chefs d’entreprise.

 


En tant qu’économiste quel regard portez-vous sur le plan de relance de 100 milliards d’euros du Gouvernement ?

 

Jean-Hervé Lorenzi : Des plans de relance en France, il y en a eu pléthore. Chaque fois que notre économie a été soumise à un choc, nous ne nous sommes pas privés de vouloir relancer la machine avec plus ou moins de bonheur. Rappelons-nous, pour la période récente, de ceux de 1975, 1981 ou de 2008 sans oublier l’illustre prédécesseur en 1879 avec Charles de Freycinet.

Celui qui nous a été présenté jeudi est inédit en son genre par son ampleur car il répond à une situation que le monde n’a jamais connue d’arrêt de l’économie brutal sans origine ni financière ni de l’économie réelle.

Et puis surtout, la volonté sous-jacente des pouvoirs publics n’est pas que de redonner quelque vigueur à l’activité mais d’en profiter pour sortir notre économie du cercle vicieux dans lequel nous nous sommes mis depuis vingt ans et dont les résultats sont à la hauteur des erreurs politiques qui furent commises sur le travail, sur le fonctionnement des services publics, sur la dérive des comptes publics…

 

Ce plan est-il bien dimensionné pour répondre à l’urgence économique ?

Jean-Hervé Lorenzi : Ce plan est clairement un plan de relance qui fait la part belle à la stimulation de l’offre plus que de la demande. Mais il ne doit être non pas commenté ou critiqué en fonction d’une quelconque opinion politique mais évalué de manière non biaisée.

Est-il suffisant ? Est-il équilibré entre une politique de l’offre et de la demande ? Prend-il assez en compte les transformations technologiques dans les investissements prévus ? Est-il susceptible d’être mis efficacement en œuvre. Enfin sera-t-il porté par la majorité des acteurs économiques et sociaux au-delà des discours de circonstance des uns et des autres ?

À première vue, ce plan est évidemment suffisant, d’une ampleur inégalée. Mais il faudra l’accompagner d’une autre action forte. Les Français auront épargné 100 milliards d’euros pendant la crise sanitaire et s’ils ne se sentent pas en confiance, ils ne modifieront pas leur stratégie d’épargne de précaution. Il s’agit en fait du volet nécessaire de la demande car ne nous y trompons pas, le plan de relance proprement dit est fondamentalement tourné vers l’offre, à juste titre.

Tant que les Français n’auront pas confiance dans la reprise réelle de l’activité, tant qu’ils auront peur pour leur emploi, cette épargne servira de garantie pour le pouvoir d’achat qui pourrait être malmené.

Ce sujet sera au cœur des débats de vos prochaines rencontres d’Aix ?

Jean-Hervé Lorenzi : Bien sûr. C’est à ces questions que les chefs d’entreprise, économistes, intellectuels, étudiants et jeunes actifs présents aux Rencontres économiques d’Aix du 12 et 13 septembre vont tenter de répondre et la conclusion de ces journées de travail sera sûrement claire et précise dans son jugement. Elles nous permettront de présenter des propositions dès le 13 septembre.

Ce rendez-vous se tient dans le prolongement des Rencontres Économiques Aix-en-Seine qui avaient rassemblé en juillet plus de 300 personnalités et à l’issue desquelles le Cercle des économistes avait présenté une feuille de route de 15 propositions. Certaines d’entre elles avaient été retenues par les pouvoirs publics, d’autres ignorées.