Créée en 2017, la jeune pousse française OVRSEA est un commissionnaire de transport nouvelle génération qui s’appuie sur le numérique pour offrir un service sur-mesure aux entreprises. Cet acteur est un observateur privilégié de l’état du commerce international, que nous avons décrypté avec Arthur Barillas CEO de OVRSEA.

Forbes France : Pouvez vous éclairer les lecteurs sur votre mission et vos activités ?


Arthur Barillas : OVRSEA a pour mission de simplifier le transport international de marchandises. Force est de constater qu’encore bien peu d’importateurs ou d’exportateurs maîtrisent tous les éléments de performance et de coûts du transport international de marchandises. Notre activité est donc d’organiser leurs importations ou leurs exportations en leur proposant, grâce à la technologie, une visibilité en temps réel et des optimisation de coûts et de temps de transit. Nous accompagnons à l’heure actuelle plus de 400 clients situés dans 38 pays différents sur leurs transports de marchandises. Nous avons par exemple la confiance d’entreprises comme Nuxe, Vinci, Devialet ou de grands industriels de secteurs très divers (aéronautique, telco, chimie, ingénierie électrique, industrie pharmaceutique…).

A l’heure d’une contraction de l’économie mondiale, avez vous une significative diminution des volumes d’échanges que vous traitez ? 

Oui et non : nous constatons une contraction globale de la demande de transport international. Si l’import-Asie a été le plus touché au début de la crise sanitaire, il reprend depuis déjà plusieurs semaines. L’export a au contraire tenu lors des premiers mois et nous commençons à constater une baisse. Ceci étant dit, il faut distinguer les industries en pleine croissance des secteurs paralysés : toute l’industrie des équipements de protection individuelle (EPI) connaît une croissance exceptionnelle. La demande pour certains produits pharmaceutique ou parapharmaceutique croît également beaucoup. Enfin, certaines catégories de e-commerce connaissent également une forte croissance de leurs flux (high-tech, équipement de piscine/jardin, home fitness…)

Enfin, OVRSEA connaît une croissance très forte (entre 5 et 10% par semaine) depuis le début du confinement car la situation actuelle catalyse le passage à des usages digitaux sur notre métier et beaucoup d’importateurs et exportateurs sont à la recherche de solutions agiles offrant visibilité et contrôle pour fair face aux défis actuels.

Quels secteurs sont les plus touchés par la crise ? Au contraire, quels sont ceux qui ont connu un rebond ?

Parmi les secteurs que nous adressons, nous voyons des pics de croissances sur les EPI, le matériel médical, et certains produits de pharma ou parapharmacie. Certains catégories de e-commerce comme décrites plus hauts performent aussi très bien. Étonnamment certains segments premium du luxe ou de la cosmétiques continuent de très bien marcher, principalement sous l’effet de leurs ventes e-commerce. 

Vous travaillez dans 30 pays : voyez-vous une typologie des pays en fonction de leur réaction/impact de la crise sur leurs économies ? 

Il faut d’abord préciser que le principal facteur de différentiation de l’impact de la pandémie entre les pays aujourd’hui est le temps. Nombre de pays subissent les mêmes effets avec décalage ou avance selon les zones.  Pour autant, nous opérons dans plus de 60 pays et voyons effectivement des situations différentes tant sur le plan économique que politique. Il y a tout d’abord les régimes de confinement très sévères : je pense à l’Inde et à l’Afrique du Sud qui ont mis en place des mesures extrêmes qui ont eu pour conséquence de paralyser tout une partie de l’activité liée au transport international de marchandises. 

Il y a ensuite les politiques volontaristes de certains Etats comme la Chine pour accélérer la reprise économique. Nous constatons des taux de reprises élevés (70%) auprès de nos partenaires ou fournisseurs de nos clients. Pourtant, une baisse globale de la demande à l’import de Chine conduit les compagnies maritimes à diminuer les rotations de navire et laissent peut-être plutôt présager une “reprise en U” qu’en “V”.

Enfin, certains pays semblent avoir été plutôt préservés et possèdent des volumes de production élevés. C’est par exemple le cas du Vietnam sur lequel nous constatons un fort dynamisme des échanges, notamment lié à la production de masques, et une situation plus proche de la normale.

Vous dîtes que dans la répartition des biens échangés, 20% des volumes sont des composants, contre 80% de produits finis destinés à la vente immédiate : est ce une répartition commune des produits commercialisés ? si non, comment l’expliquer selon vous ? 

Nous constatons effectivement un 80/20 sur les volumes d’import de produits finis vs composants en Chine. C’est une des conséquences des précédentes mondialisations qui ont localisé les productions dans des pays où les coûts/disponibilité du travail étaient moins élevés. Pour autant, sur les industries à forte valeur ajoutée, les flux composants peuvent représenter une part majoritaire des flux import vs produits finis.

Comment vous êtes vous adaptés à cette situation ? le télétravail généralisé est il handicapant pour votre activité ? 

Toute nos équipes sont en télétravail depuis l’annonce du confinement et continueront à l’être tant que cela sera nécessaire et recommandé par le gouvernement. Cela ne change que très peu nos méthodes de travail et avons toujours eu cette culture.

En effet, nous avons développé depuis bientôt trois ans notre système d’exploitation interne du transport appelé Atlas. Atlas est une plateforme collaborative à destination de nos équipes qui permet à chaque collaborateur d’avoir accès à toutes les informations disponible en temps réel sur un dossier de transport et de pouvoir échanger en instantanée avec les différentes parties prenantes internes et externes. A l’inverse des outils vieillissants des acteurs traditionnels (feuilles Excel, …), Atlas permet donc d’avoir une distribution parfaite de l’information alors même que nos équipes sont disséminées dans plus de 15 départements en France. Cette plateforme agit comme une tour de contrôle pour nos équipes sur tous les transports que nous gérons pour nos clients avec une vue en temps réel des capacités de transport des différents acteurs, des taux de marchandises du moment et des problématiques opérationnelles propres à chaque dossier. Cela permet donc à l’intégralité de nos équipes de délivrer un service aussi réactif et d’une aussi grande qualité que si nous étions dans le même bureau.

Par ailleurs, notre plateforme à destination des clients est accessible depuis le cloud depuis n’importe quel ordinateur, portable ou navigateur. Cela permet à nos clients d’avoir un accès instantanées à des informations vérifiées sur tous leurs transport. Un client à l’activité particulièrement importante ces derniers temps, les gels hydroalcooliques Merci Handy, peut par exemple suivre ses chaînes d’approvisionnement ou de livraison en situation de travail dégradée, à distance, depuis sa cuisine ou son canapé et ce où qu’il soit confiné. Cela a évidemment beaucoup de valeur en ce moment où les clients cherchent à augmenter la visibilité sur leurs flux actuels, la faisabilité des flux à venir et pouvoir communiquer auprès de leurs clients les principales contraintes opérationnelles.

En plus de cela, nous avons créé deux cellules dédiées en interne : une cellule capacité et une cellule COVID-19. La première va valider avec chacun de nos partenaires de transport la capacité et les contraintes actuelles (date de validité, capacité à charger etc… ) et immédiatement l’intégrer sur Atlas afin que tous nos collaborateurs puissent connaître l’état de l’offre en temps réel. Cela est particulièrement utile dans le transport aérien où la capacité a été fortement diminuée suite aux annulations massives de vols passagers et la demande se reporte maintenant sur les vols cargo. La deuxième cellule va synthétiser toutes les informations opérationnelles et commerciales importantes afin d’envoyer tous les jours à 13h un update précis à nos clients sur l’impact du COVID-19 pour les importateurs et exportateurs français.

Et avec vos clients, qu’est ce qui a changé ? 

Le nombre et la vitesse d’interactions : la situation change très vite chez nos clients et l’on sent un besoin particulièrement fort de visibilité et de réactivité en cette période. On note aussi la volonté d’être accompagné sur des solutions alternatives comme le transport ferroviaire depuis la Chine ou d’autres solutions en transport aérien pour trouver des solutions aux contraintes actuelles des chaines d’approvisionnement.

Comment envisagez vous la fin du confinement ? 

Pour notre secteur, le confinement aura été un catalyseur d’adoption du digital. Nous pensons qu’avec les demandes de réactivité, d’agilité et de visibilité croissantes des clients, cette tendance se renforcera encore sur 2020. Pour l’économie, j’espère de tout cœur une reprise forte de la demande nationale et internationale pour permettre aux entreprises d’amorcer une retour vers la profitabilité et la fin d’une période d’incertitude qui peut conduire à la faillite des pans de notre économie. Pour nos sociétés, j’espère que le temps du confinement aura été un temps de réflexion sur nos modes de vie et de consommation et crédibilisera des scénarios économiques adaptés aux enjeux colossaux du réchauffement climatique.

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