Au début des années 50, le transistor ouvre la voie à la plupart des innovations numériques que nous connaissons aujourd’hui. En mai 1960, la première démonstration d’un laser inaugure l’ère de la photonique, un domaine où l’Europe brille et pourrait affirmer une domination industrielle mondiale.

Une ville dont les habitants seraient des électrons. Une partie de la population vit dehors et génère de l’énergie en se déplaçant d’un endroit à l’autre. L’autre partie reste cantonnée dans des tours, produisant des flashes lumineux à chaque mouvement entre deux étages.

Au sortir de la seconde guerre mondiale, une « vallée des microondes » se développe autour de l’Université Stanford pour perfectionner les tubes électroniques qui servent aux radars militaires. Le transistor tout juste inventé va bientôt les supplanter. Sur ce territoire, que l’on renomme alors Silicon Valley, les innovations s’enchaînent : circuits intégrés, microprocesseurs, ordinateurs personnels, internet. Les GAFAM et toute l’industrie micro-électronique trouvent ainsi leur filiation dans une technologie qui exploite le mouvement incessant de ces électrons qui oscillent librement dans des matériaux conducteurs.

La photonique est la science qui s’intéresse à l’autre population, celle des paquets de lumière émis par les électrons confinés. Ces photons présentent beaucoup d’avantages pour les applications industrielles : ils peuvent se propager dans le vide sans déperdition de chaleur, à une vitesse indépassable et dans des gammes énergétiques plus élevées allant de l’infrarouge à l’ultraviolet. Depuis les années 60 ont été mis au point des dispositifs ingénieux qui permettent d’émettre, de guider, de manipuler et bien sûr de détecter ces rayonnements (lasers, LED ou fibres optiques).

Au-delà de la disponibilité de ces technologies, si nous entrons dans l’âge de la photonique c’est également en raison d’une triple poussée sociétale. La mobilité intelligente tout d’abord. Nous attendons des objets que nous embarquons sur nous (téléphones ou wearables) ou dans lesquels nous embarquons (véhicules) qu’ils soient chaque jour plus autonomes, et pour cela ils doivent observer leur environnement. Un smartphone haut de gamme actuel héberge une dizaine de sources et capteurs de lumière. Votre voiture disposera bientôt de phares adaptatifs constitués de milliers de LED, de dizaines de caméras à l’intérieur comme à l’extérieur, et bien sûr d’un LiDAR pour l’assistance à la conduite, déversant des torrents d’images dans le cloud où elles serviront à entraîner des intelligences artificielles. Vient ensuite l’exigence croissante de sécurité et d’authentification. Détecter l’adultération d’un produit, la présence d’allergènes ou l’usurpation d’une identité s’appuiera de plus en plus sur des systèmes d’illumination et d’analyse des signatures optiques. C’est enfin l’impact environnemental qui offrira un avantage décisif à la photonique, qu’il s’agisse de produire de l’énergie à partir de la lumière solaire ou d’en économiser en se substituant aux interconnexions électriques, plus lentes et dissipatrices de chaleur.

Pour un certain nombre d’applications liées au calcul et aux communications, la photonique s’inscrira dans une relation croissante de partenariat avec l’électronique. Pour de nombreuses autres elle sera sans rivale, qu’il s’agisse aujourd’hui de façonner la matière grâce aux lasers ou demain de corriger les défauts du génome en le bombardant de lumière.

Depuis 20 ans, l’Europe fait jeu égal avec les Américains au décompte des Nobel ou des brevets liés à la lumière. Notre tissu de formations supérieures, d’associations professionnelles ou de PME formidablement innovantes constitue le socle d’ingrédients indispensable au développement de la filière. Reste à assurer un flux suffisant de financement public et privé pour nourrir l’écosystème et faire croître ce nouveau segment de souveraineté technologique.

Si la Silicon Valley et une poignée de pays asiatiques règnent pratiquement sans partage sur l’espace public d’Electropolis, l’Europe a désormais l’opportunité de planter son drapeau au sommet des tours lumineuses de la ville.

 

Tribune rédigée par Philippe Perez, responsable de l’influence et du marketing au sein de Jolt Capital

 

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