Votre enfant devra travailler un jour, il est donc utile de rappeler qu’hier les salariés bénéficiaient tous d’une prime d’obsolescence (ancienneté). Moins rémunérés en début de carrière, ils voyaient leurs salaires et avantages augmenter au fil du temps même si leurs performances s’avéraient passables. Mais, ça, c’était hier. Aujourd’hui, grâce ou à cause de l’Intelligence Artificielle et des « talents analytics », un outil de mesure de la productivité des salariés,  tout cela a fondamentalement changé.

 

Darwinisme dans les entreprises.

Si on s’intéresse aux secteurs des nouvelles technologies et de la finance, on note qu’il y règne désormais une certaine forme de darwinisme. En fait, une sélection des plus forts. Tous doivent en permanence tenter de survivre dans des « business unit » où la compétition est excessivement violente. Une compétition comme dans le secteur de la création de jeux vidéo qui peut nécessiter jusqu’à 100 heures de travail par semaine. Cela afin d’avoir quelques chances de conserver son emploi, sinon c’est « game over »

Dans notre « start-up nation », où on vénère les premiers de cordée, des hommes et des femmes qui réussissent parce qu’ils ont des talents, à quoi faut-il préparer nos enfants ?

 

Le talent est-il inné ou peut-on l’acquérir ?

Il est évident que l’effort et la motivation sont des qualités indispensables pour réussir. Mais cela ne suffit pas, il faut aussi un petit « je ne sais quoi » pour se distinguer du groupe. Et il n’y a pas d’unité de mesure pour apprécier la qualité de ce « je ne sais quoi ». Il est en fait un cocktail de créativité,  d’originalité, et de capacités singulières. Cocktail plus facile à acquérir et à maîtriser si on est issu d’un milieu équilibré ne rencontrant pas de difficultés particulières. Sans vouloir entrer dans le débat inné/acquis, à savoir sommes-nous façonnés par nos gènes ou par notre environnement, il faut admettre que dans quasiment tous les caractères,  l’environnement et les gènes jouent, mais c’est toujours le travail intense, routinier et répétitif qui fait la différence.

 

Une société de plus en plus fondée sur le mérite

La société d’aujourd’hui est de plus en plus fondée sur le mérite. Mérite qui dépend de la créativité et de l’originalité, mais surtout de la singularité. Cela nous amène à nous poser la question suivante : est-ce que tous ont la chance de développer les potentiels (innés) dont ils sont porteurs ? Le talent qui est toujours lié aux interactions entre l’inné et les acquis, dont l’éducation et l’environnement géographique et familial, pourra-t-il se développer dans un milieu social défavorisé ? La réponse est oui, mais toujours sous la dépendance d’un travail intense, routinier et répétitif.  

 

Quelles sont les aptitudes à promouvoir chez nos enfants ?

Tout d’abord une forte tolérance à l’injustice. Comme le disait Paul Claudel, « il n’y a de société vivante que celle qui est animée par l’inégalité et l’injustice ». En effet, toute notre vie on est confronté à des injustices. Ensuite l’indispensable confiance en soi, la passion d’apprendre, la motivation et bien sûr la tolérance à l’effort.

Il n faut pas se leurrer, dans un pays comme la France, qui a un peu oublié la valeur travail (35 h & RTT), pour réussir, quel que soit le domaine d’activité, technique, financier, sportif ou artistique, une pratique intensive et répétitive est indispensable pour améliorer les performances. Ces entraînements permettent, en combinant le psychologique et le physiologique, d’apprendre à gérer les efforts soutenus indispensables à la réussite.

N’oubliez jamais que tous ceux qui réussissent ont été besogneux dans leurs apprentissages. Cela dès le plus jeune âge.

 

Guerre des talents.

Il y a quelques années, on pouvait devenir un sportif de niveau mondial, en commençant son apprentissage et ses entraînements à 12/13 ans. Aujourd’hui c’est dès l’âge de 5/6 ans que tout démarre, ensuite il est trop tard.

Il en est de même pour la plupart des activités, l’individu de par son lieu de naissance et son milieu familial est très souvent assigné à une position arbitraire dès sa naissance. La seule manière de le libérer de ce carcan, est de le coacher comme un sportif dès son plus jeune âge. Si vous souhaitez qu’il devienne « premier de cordée » et s’il ne bénéficie pas de privilèges héréditaires, l’apprentissage dès le plus jeune âge est la seule clef du succès.

 

Conclusion

Bien sûr, le talent est aussi un mythe utilisé pour maquiller les inégalités. Un privilégié sans talent mais bien né réussira malgré tout, car il y aura toujours quelqu’un, une relation,  pour lui trouver des qualités.  En réalité, seul un travail intensif depuis le plus jeune âge rééquilibre l’égalité des chances, et ce petit « je ne sais quoi » qu’on pourrait aussi appeler « chance », fera la différence. Nous savons tous qu’on ne part pas à la chasse au trésor sans avoir fait auparavant un travail répétitif et considérable, et réussir est une chasse au trésor. Ou réussir sa vie, c’est aussi gagner un concours de circonstances.