Facebook est en train de tester une fonctionnalité de type “application de rencontre” dans certains pays. Facebook Dating devrait être disponible en France en 2020. Analyse de ce pari avec Jérémie Mani, CEO de netino.fr, cabinet spécialiste de la modération des contenus sur les forums et réseaux sociaux.

Forbes France : Facebook va lancer son application de rencontre : pourquoi se lancer sur ce marché pour la firme de Mark Zuckerberg ? 

Jérémie Mani : Pour l’anecdote, commençons par signaler que le Dating est un retour aux sources pour Facebook ! En effet, à l’origine « The Facebook était un annuaire à destination des étudiants « garçons » d’Harvard qui recensait les photos des étudiantes… Il y a comme une idée fixe chez Mark Zuckerberg… Plus sérieusement, ce dernier a justifié cette orientation stratégique en disant que beaucoup de gens se sont mariés après s’être rencontrés sur Facebook. Avant d’ajouter qu’un mariage sur trois avait commencé en ligne, aux États-Unis. On peut comprendre la tentation de Facebook à entrer sur ce marché florissant.


Ce marché ne parait il pas trop encombré pour Facebook ? N’arrive t il pas trop tard sur le champs de bataille ? 

Il y a en effet pléthore d’acteurs, comme Tinder ou le groupe Match (Match.com, OKCupid, …) et d’ailleurs beaucoup de sites ne s’adressant qu’à une frange de la population, selon la couleur de peau, la religion, l’orientation sexuelle etc. Mais Facebook dispose de 2 milliards de membres dont une grande majorité d’actifs. C’est colossal ! Et même si on estime que « seulement » 200 millions ont déclaré être célibataires, c’est beaucoup plus que Tinder par exemple, qui annonce un peu moins de 5 millions de membres payants. Il suffit de n’en convertir que quelques pour-cents pour devenir d’emblée un des leaders du marché.

Comment Facebook se positionne et se différencie des autres acteurs du marché avec cette nouvelle fonctionnalité de rencontre ? 

Il y a un positionnement « prix » d’une part. Ce service est annoncé comme étant gratuit. C’est une des différences avec la plupart des acteurs du marché et montre que le business modèle restera basé sur la publicité, comme le reste de Facebook. Du coup attention, il faut s’attendre à la monétisation des données que vous laisserez en tant que membre. Or sur les sites de rencontres, on parle de données assez sensibles : morphologie, religion, orientation sexuelle, centre d’intérêt … Vous êtes incités à donner le maximum d’information pour que l’algorithme puisse vous trouver l’âme sœur.

Il y a également un positionnement « marketing ». Mark Zuckerberg a émis le souhait que ce service soit destiné aux rencontres sérieuses, par opposition aux rencontres éphémères. Donc plus en concurrence avec Meetic par exemple, qu’avec Tinder.

 Quels sont ces principaux atouts selon vous ? 

Contrairement aux autres sites de rencontres, Facebook saura qui sont vos amis et les amis de vos amis. En théorie, cela peut fortement aider un algorithme à trouver le « perfect match ». Surtout, cela leur permet de lancer une fonctionnalité a priori exclusive qu’ils nomment « secret crush ». Elle permettra à quelqu’un ayant un faible pour un ou une de ses proches de vérifier discrètement si la réciproque est vraie. Mais il est trop tôt pour dire si cette fonctionnalité fera une grande différence.

A l’inverse qu’est ce qu’il semble faire défaut à cette fonctionnalité ?

Dans la version actuelle de Facebook Dating, il n’est possible que d’échanger des messages écrits. A la différence d’autres sites de rencontres qui offrent à leurs membres des espaces pour exposer des photos, soit publiques, soit visibles uniquement des membres avec qui un échange est en cours. On peut comprendre que cette limitation réduira le travail de modération et les risques d’exposition à des photos non désirées (porno, par exemple). Mais cet échange de photos est, pour des raisons évidentes, une fonctionnalité de base de tous les services de Dating. La bataille est donc loin d’être gagnée pour Facebook Dating.