En avant-première, Forbes France révèle que CEWE, leader européen de l’impression photo numérique, va faire l’acquisition du spécialiste de l’impression d’art mural allemand WhiteWall. 

Pour demeurer au premier plan du dense marché de l’impression numérique photo, CEWE ne lésine pas sur les moyens. Après avoir mis la main sur Cheerz l’année dernière, la firme allemande a acquis sa compatriote WhiteWall, acteur majeur de l’impression murale. 

CEWE (653 millions d’euros de CA en 2018) reprendra probablement WhiteWall (27 millions de CA en 2018) à un prix d’achat fixé à partir de la valeur de l’entreprise au 1er juin 2019, soit 30 millions d’euros. Ce prix a été déterminé sur la base d’un rapport financier intermédiaire, dont la publication est prévue fin mai 2019. La transaction correspond à environ 0,9 fois le chiffre d’affaires réalisé en 2018 par la partie de l’entreprise concernée par l’opération d’acquisition. Pour l’exercice en cours, le management de CEWE prévoit un impact négatif d’environ un million d’euros à la suite de cette opération (incluant le prix d’achat et les coûts de transaction). Un effet positif et durable est toutefois attendu sur la valeur globale de l’entreprise. L’opération doit être soumise à l’approbation des autorités de la concurrence concernées. 

L’acquisition de WhiteWall par CEWE a pour vocation de produire un effet positif durable sur la valeur globale de l’entreprise et d’un renforcement de son positionnement sur le marché. Laurence Courtinat-Vernon, directrice de CEWE France, a répondu en exclusivité aux questions de Forbes France. 

Pourquoi avoir mis la main sur WhiteWall ?

Laurence Courtinat-Vernon : Il faut savoir qu’il a toujours été dans notre stratégie d’acquérir de nouveaux acteurs. Notre groupe, créé en 1961, s’est toujours développé soit par croissance organique, soit par le rachat d’autres entités. Cela nous permet de rester en veille sur les différentes innovations, et de compléter notre portefeuille de produits. Cette acquisition de WhiteWall s’inscrit dans cette stratégie. 

Ce qui nous a attiré  en particulier chez WhiteWall, c’est l’attachement et le grand soin apporté par leurs collaborateurs sur leur manque. WhiteWall a en outre une image de marque premium, très bien identifiée : c’est pour nous un indicateur du fait que l’on est sur un business pérenne. 

En termes d’offre, nous avions déjà un produit d’impression murale. Mais pas du niveau de WhiteWall, qui est plus destiné aux photographes professionnels ou aux amateurs éclairés. Notre cible est d’ordinaire plus grand public. 

D’un point de vue géographique aussi, WhiteWall présente l’avantage d’être très présent au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, soit des zones où CEWE a moins pignon sur rue. 

A quel besoin répondait l’acquisition de Cheerz l’année dernière ? 

Historiquement, CEWE a toujours dû et su s’adapter aux grands enjeux qui ont bouleversé le marché et la pratique de la photo. La première révolution a eu lieu à la fin des années 80, lors du passage de l’analogique au numérique, qui a permis de démocratiser la photographie. La seconde révolution a été celé du digital : nous sommes passés en quarante ans d’une  boite industrielle à une entreprise aussi orientée Tech. 

Cheerz intervient dans le cadre d’une troisième révolution : celle du mobile. Aujourd’hui, de plus en plus de gens prennent des photos sur leur smartphone, mais également l’utilise directement pour faire de l’impression numérique. Beaucoup d’acteurs orientés mobile sont nés ces dernières années. Beaucoup ont disparu. Cheerz a tenu. Chez eux aussi, nous avons été séduits par le soin apporté à la marque, à son positionnement, à son image. 

Les utilisateurs de Cheerz ne sont également pas les mêmes que CEWE…

En effet. Avec Cheerz, nous élargissions notre portefeuille de clients au millenials en particulier, et aux gens qui prennent énormément de photos avec leur smartphone. Cheerz présentait en outre un avantage stratégique en matière géographique : le site est très présent en France et en Europe du Sud, là où CEWE a moins de notoriété qu’en Allemagne par exemple. 

Avec l’avènement du numérique et des réseaux sociaux, du partage permanent et des flux d’information, quelle place reste-t-il à l’imprimions photo ? 

Cette place est très importante. Il faut noter que le nombre de prises a explosé avec l’avènement des smartphones, et le mot est faible. Alors, oui, il y a tout un tas de photos pense-bête, avec des mots de passe, des listes de course, des adresses… mais il y a aussi de véritables moments de vie. 

Ce que nous affirmons chez CEWE, c’est que la photo n’existe que lorsqu’elle est concrète, tangible, imprimée. C’est là qu’elle prend sa consistance, qu’elle est à même de provoquer la décharge émotionnelle propre à un cliché rattaché à un moment de notre vie. Sur les réseaux sociaux, finalement, les photos apparaissent et disparaissent aussitôt. Imprimer, c’est redonner du sens et de la consistance à la photo.