Donald Trump a annoncé la semaine dernière, à tort, qu’un traitement du Covid-19 à la chloroquine avait été approuvé par la Food and Drug Administration (FDA) grâce à un processus accéléré. Il a ajouté : « Ce qui est bien, c’est qu’il est sur le marché depuis longtemps, donc nous savons que même si les choses ne se passent pas comme prévu, cela ne tuera personne ». Il avait tort.

En Arizona, dans la nuit de lundi à mardi, un homme est décédé et son épouse est dans un état critique après avoir ingéré du phosphate de chloroquine dans l’espoir d’éviter une contamination par le Covid-19. Mais au lieu d’utiliser du phosphate de chloroquine sous forme de médicament, le couple a avalé un produit chimique utilisé pour traiter les poissons, qui contenait de la chloroquine. 

La femme a déclaré à NBC News : « Nous avions peur de tomber malade ». Les époux, âgés de 61 et 68 ans, étaient en bonne santé et ne souffraient d’aucune maladie sous-jacente, mais ils craignaient d’attraper le virus. En écoutant Donald Trump vanter les mérites de la chloroquine, l’Américaine a reconnu le nom du produit, car elle l’avait déjà utilisé pour traiter ses carpes koïs.

Chacun a ainsi mélangé 1 cuillère à café de phosphate de chloroquine dans du soda. Après 20 minutes, la femme a commencé à vomir et son époux a eu du mal à respirer. Elle a donc appelé les secours et le couple a été admis dans un hôpital de l’Arizona.

Le couple n’est pas le premier à s’empoisonner après avoir entendu les déclarations de Donald Trump. Un jour seulement après la conférence de presse tenue par le président, le Nigeria a reporté de multiples cas de personnes empoisonnées après avoir tenté de se soigner et ayant fait une overdose de chloroquine. 

Juste après l’annonce de Donald Trump, le commissaire de la FDA, le Dr Stephen Hahn, a souligné : « Nous avons peut-être le bon médicament, mais il se peut qu’il ne soit pas encore sous la bonne forme galénique, et il pourrait faire plus de mal que de bien ». Mais cet avertissement a été éclipsé par la fake news du président.

Lorsque Vaughn Hillyard, journaliste pour NBC News, a demandé à l’Américaine le message qu’elle voulait faire passer aux gens, elle a répondu : « Mon Dieu, ne prenez rien [aucune substance]. Ne croyez rien de ce que le président ou son équipe disent, ils ne savent pas de quoi ils parlent. Appelez votre médecin. C’est un chagrin d’amour dont je ne me remettrai jamais ».

Il est vrai que des essais cliniques ont commencé pour étudier l’efficacité contre le Covid-19 de la chloroquine, l’un des plus anciens médicaments antipaludéens au monde, et de l’hydroxychloroquine, un dérivé moins toxique de la chloroquine qui traite notamment le lupus et la polyarthrite rhumatoïde. Mais sans preuves solides de l’innocuité d’un traitement, la FDA ne peut ni l’approuver, ni accélérer le processus. À ce jour, l’administration américaine n’a approuvé aucun de ces deux traitements.

Les médecins souhaitent aujourd’hui rester prudents quant à l’efficacité de l’hydroxychloroquine, car les données manquent et sont basées uniquement sur une étude in vitro et un essai clinique mené en France par le Pr Didier Raoult, directeur de l’Institut Méditerranée Infection à Marseille. 

Mais aucun de ces deux médicaments n’est inoffensif. Les effets secondaires de la chloroquine peuvent inclure des problèmes de vision, et l’hydroxychloroquine, commercialisée sous le nom de Plaquenil, comporte un risque d’arythmie fatale (un trouble qui se produit lorsque le rythme cardiaque devient si irrégulier que le patient fait un arrêt cardiaque). De nombreux médecins et pharmaciens ont utilisé Twitter pour avertir le grand public des effets secondaires potentiellement dangereux de ces traitements, en particulier s’ils sont associés à l’azithromycine, une combinaison qui peut, dans de rares cas, entraîner la mort. 

Les déclarations inexactes de Donald Trump font donc à ce jour plus de mal que l’automédication. Par ailleurs, de nombreux patients atteints de lupus et de polyarthrite rhumatoïde ne parviennent plus à se procurer de Plaquenil et lancent un cri d’alerte aux laboratoires afin qu’ils réapprovisionnent les rayons des pharmacies. Sanofi a répondu, assurant que les stocks arriveraient dans les prochains jours, et se dit même prêt à livrer des millions de doses, pour traiter jusqu’à 300 000 patients atteints du Covid-19.

 

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