Si la donnée a déjà fait son apparition dans les campagnes présidentielles américaines, celle-ci commence tout juste à arriver en France ; pour déterminer les zones de votes stratégiques et concentrer le phoning et le tractage ou encore faire intervenir le citoyen directement pour signaler un problème public. Désormais, la donnée apparaît comme une nouvelle arme dans la course aux voix des citoyens pour les politiques… Retour sur les différents enjeux politiques de la donnée.

 


Quand des entreprises s’emparent de ce nouveau marché…

Et si le secret de la dernière élection avait en fait été l’utilisation de la donnée ? Durant la campagne d’Emmanuel Macron, l’entreprise LMP, qui vient de lever 4 millions d’euros, s’est chargée de déterminer les bureaux votes stratégiques pour optimiser la conversion de votes. À l’instar de LMP, Hatis est pionnier dans l’importation des méthodes américaines de campagne électorale. L’approche utilisée est dite d’A/B Testing. Il s’agit de tester des positions politiques à des sous-groupes représentatifs de la population globale pour définir le message le plus efficace. À titre d’exemple, Hatis a développé un outil de porte-à-porte, Knockin, pour la campagne de la primaire de la droite dont l’objet était de permettre aux militants sélectionnés d’accéder directement sur leur smartphone à une liste de personnes à rencontrer en porte-à-porte.

Les militants pouvaient aussi directement consulter des sujets précis à aborder avec les personnes rencontrées et faire retour au parti. « Chaque semaine étaient transmis des objectifs chiffrés aux militants, issus des études françaises sur l’efficacité du porte-à-porte et du phoning, pour atteindre dans les bureaux de vote sélectionnés des objectifs de conversion de vote précis » révèle Paul Hatte, le fondateur de Hatis qui vient tout juste d’être nommé à la tête de la recherche et de l’innovation du groupe immobilier Arcange. Mais ce ciblage numérique des électeurs ne risque-t-il pas de porter préjudice au processus démocratique ? A la suite de la sortie de l’application, la CNIL a en effet décidé de publier de nouvelles recommandations concernant les campagnes électorales et d’assurer que les outils satisfaisaient bien les exigences de la loi Informatique et Libertés.

 

 

Utiliser les données pour manipuler les circoncrpitions !

Mais l’enjeu est en fait beaucoup plus large. En effet, dans le cadre de la reforme constitutionnelle souhaitée par le Président de la République, le nombre de députés doit être diminué. Les circonscriptions vont donc être modifiées. Or des outils pour optimiser le découpage des circonscritipions pourraient être utilisés. Un danger qui existe en fait déjà depuis longtemps: le Gerrymandering. Michael Miguères, spécialiste donnée associé chez IDS Partners : « La stratégie consiste à découper les districts électoraux de manière à regrouper le nombre de votes des opposants à l’intérieur d’un nombre limité de districts où le parti au pouvoir va nécessairement perdre ». L’origine du nom vient d’un gouverneur américain ayant recoupé sa circonscription sous la forme d’une salamandre comme le montre l’image ci après.

 

 

 

Mais d’où provient alors cette donnée ?

Deux méthodes de recherche de données coexistent. Une dite en milieu ouvert avec comme sources comme l’open data, l’INSEE ou encore le site data.gouv.fr. L’autre en milieu fermé qui consiste à travailler avec les données des acteurs concernés en les achetant. A partir de ces deux sources de données, on peut réaliser de nombreusess cartes des résultats électoraux afin d’orienter les candidats dans le cadre de futures élections. Mathilde Aubinaud, experte en communication politque y voit une stratégie claire « il s’agit en fait de déterminer les bureaux de vote et les quartiers stratégiques pour y accentuer les efforts de campagne – phoning, portes à portes, tractages. » Des réflexions très pertinentes que l’on peut retrouver dans l’ouvrage de référence « Le mirage numérique : Pour une politique du Big Data » d’Evgeny Morozov. L’auteur américain y exprime un certain scepticisme à l’encontre des technologies numériques issues de la Silicon Valley. Ces inventions pourraient en fait tout autant servir à la stabilité des régimes autoritaire et totalitaire ainsi qu’à la surveillance de masse. Mais de nouveaux projets permettent de brosser un tableau un peu moins noir de l’utilisation de la donnée.

 

 

L’approche géographique de la donnée : une avancée cruciale pour les candidats, mais aussi pour les collectivités

Heureusement, l’utilisation n’est pas seulement politique, mais peut aussi intéresser les collectivités pour tester l’efficacité d’une politique publique. Une fois élus, la donnée va devenir pour les décideurs publics une aide à la mise en valeur de leurs décisions. On peut par exemple citer le logiciel Carata de l’entreprise Hatis, qui permet aux collectivités d’envoyer des lettres postales ciblées suite à des décisions de politiques publiques les concernant. Un dos d’âne installé ? Les habitants sur zone sont informés. Une crèche restaurée ? Les parents concernés sont prévenus par lettre. L’intérêt est aussi financier : les collectivités réduisent ainsi leurs dépensent en évitant d’envoyer des lettres à des habitants non concernés, et l’information est transmise plus efficacement. Autrement dit, la donnée devient un outil d’optimisation de transmission de l’information tout en réduisant son coût.

 

La donnée pour enfin reconnecter le citoyen et son représentant

 

 

Synthèse entre la démocratie directe et la démocratie représentative, la démocratie dite liquide, aussi appelée démocratie délégative, est une forme de gouvernement démocratique où le pouvoir de vote est confié à un délégué plutôt qu’à un représentant. Autrement dit, la participation directe des individus est rendue possible. Dans ce nouveau système, la donnée permet aussi de monter des projets plus atypiques à l’instar de l’outil SignalerUnRat.Paris. « Avec SignalerUnRat.paris, on utilise des méthodes très modernes de crowdsourcing appliquées auprès à la politique. : la donnée récoltée remonte directement aux élus et permet d’améliorer l’efficacité des services publics en réhabilitant la démocratie », note le maire du 17e arrondissement Geoffroy Boulard. D’autres projets, avec plusieurs mairies, sont en cours concernant le signalement de tags ou encore de nids de poule. La donnée, en particulier crowdsourcée, est donc aussi au service de la décision publique elle-même.

La donnée permet en définitive de reconnecter le citoyen avec le Politique tout en tirant parfois à son insu de nombreuses informations… De quoi questionner l’idée de Progrès, comme le faisait déjà Rousseau dans

 

L’Émile ou de l’Éducation :

“Il n’y a point de vrai progrès de raison dans l’espèce humaine, parce que tout ce qu’on gagne d’un côté, on le perd de l’autre…”