A 31 ans, Chloé Cohen est la fondatrice du podcast français sur la mode responsable et engagée “Nouveau Modèle”. Depuis 2018, elle s’engage pour faire bouger les lignes de l’industrie du prêt à porter en donnant la parole à des femmes qui tentent de changer l’industrie textile à travers des initiatives positives. Aujourd’hui, elle a pris sa plume à deux mains pour interpeller le Président de la République dans le but d’obtenir des financements pour les marques aux démarches remarquables pour l’environnement.

Journaliste de formation, Chloé a vécu aux États-Unis pendant 3 ans entre 2016 et 2019. Elle a parcouru le pays pour réaliser de nombreux reportages pour la presse écrite et la radio. Elle a notamment  enquêté sur l’extrême-droite américaine.


Mais le véritable choc, pour elle, a été de plonger au cœur de la société de consommation américaine, la pollution, les sacs plastiques, le chauffage allumé à fond et les fenêtres ouvertes en plein hiver, les gros 4×4 en ville… Ainsi que la montée en popularité d’un président sexiste, climato-sceptique.

Elle décide alors de créer “Nouveau Modèle, un podcast qui ne donne la parole qu’aux femmes, un choix complètement assumé que Chloé fait après avoir constaté que la grande majorité des personnes à prendre la parole sur le sujet sont des hommes alors que les premières victimes de l’industrie textile sont souvent les femmes et les jeunes filles, exploitées pour fabriquer nos vêtements.

Avoir connaissance des problèmes, c’est important, mettre en avant celles qui ont décidé de s’engager, c’est encore mieux. Le but de ce podcast n’est pas de parler de pratiques parfaites, de marques irréprochables, qui n’existent pas, mais de montrer qu’il est possible de faire mieux.

Parallèlement pour connaître les marques exemplaires, elle a lancé l’opération #UneModeMeilleure en partenariat avec Purpose Climate Lab pour encourager les gens à mettre en lumière leurs marques éthiques préférées sur les réseaux sociaux. De cette mobilisation générale a émergé une liste des marques européennes engagées pour la planète.

Mais maintenant, elle veut aller plus loin. A travers sa lettre ouverte, que Forbes publie en exclusivité, Chloé demande au Président de la République de défendre, lors du prochain Conseil Européen qui se déroulera les 10 & 11 décembre 2020, la mise en place de financements européens pour soutenir les entreprises éthiques qui tentent de mettre fin à l’énorme gaspillage de l’industrie textile en adoptant une production circulaire et transparente, réduisant leur production, et innovent pour préserver le vivant et l’environnement. Elle met également en lumière les marques dont la France peut être fière.

Parmi les principaux soutiens de cette initiative on retrouve une quarantaine des créateurs français et engagés tels que Chrysoline de Gastines, co-créatrice de Balzac Paris, Charlotte Dereux, fondatrice de PATiNE, Aurélie Jansem, co-fondatrice Rive Droite Paris ou encore Marie Courroy, fondatrice de Modetrotter.

 

La lettre ouverte est également en ligne sur le site change.org pour que chacun puisse y apporter sa signature.

Objet : Pour #UneModeMeilleure, soutenons financièrement les marques de mode responsables françaises

 

Monsieur le Président de la République,

 

Je suis inquiète pour mon avenir et pour celui des générations futures. Les pandémies vont se multiplier. Les catastrophes climatiques aussi. Cette réalité sera la nôtre dans quelques années si nous ne changeons pas radicalement nos manières de consommer et de produire.

J’aimerais attirer votre attention sur une industrie en particulier, qui émet environ 1,2 milliards de tonnes de gaz à effet de serre chaque année, soit davantage que le transport maritime et aérien international. Il s’agit de l’industrie textile.

Le textile est le 3ème secteur consommateur d’eau dans le monde et 4% de l’eau potable disponible est utilisée pour produire nos vêtements. Pour fabriquer un t-shirt en coton, il faut l’équivalent de 70 douches. 70 douches !

Ça, c’est la triste réalité de l’industrie textile. Sans oublier la question sociale, au coeur des polémiques les plus récentes. Quand le Rana Plaza s’est effondré le 24 avril 2013 dans la banlieue de Dacca, au Bangladesh, tuant plus de 1200 personnes et blessant plus d’un millier d’ouvrier·ère·s, l’opinion publique s’est révoltée. Nous avons toutes et tous appelé les marques à plus de transparence et à cesser l’exploitation de millions de personnes.

Mais les changements ne vont pas assez vite. Des incendies se déclenchent encore aujourd’hui dans des ateliers de confection. Des milliers de travailleur·se·s du textile ont souffert, dans l’impunité la plus totale, des annulations de commandes de vêtements, parfois déjà confectionnés, lors de la pandémie. Ces femmes (en grande majorité) et ces hommes ont perdu leur emploi, se retrouvant ainsi sans protection sociale. Elles et ils risquent leur santé, voire leur vie, pour fabriquer nos vêtements. Quant aux salaires, s’ils ont augmenté, ils sont encore loin du seuil vital. L’ONG Fair Wear Foundation, qui a décomposé le coût d’un t-shirt fabriqué au

Bangladesh estime que 0,6% du coût global du vêtement revient à la main d’oeuvre. Sans parler des entreprises, qui encore aujourd’hui, participent – via leurs sous-traitants chinois – à l’exploitation des Ouïghour·e·s, cette minorité turcophone et musulmane persécutée par Pékin.

J’ai dépeint ici un tableau très sombre, indispensable pour prendre conscience des enjeux qui nous attendent. Pourtant je reste optimiste . Car la mode se remet en question, et ce depuis déjà quelques années. Personne ne peut ignorer l’urgence climatique dans laquelle nous vivons. Et l’urgence sociale qui sévit à chaque crise, qu’elle soit sanitaire ou économique. Nous, citoyennes et citoyens, avons pris conscience de la nécessité de changer nos façons de consommer et de produire. Et ces mots résonnent avec encore plus de puissance, d’urgence et de sens aujourd’hui.

Une autre mode est en train d’émerger, en France, pour répondre aux défis de demain . À Paris, les initiatives se multiplient pour faire de la ville française la capitale de la mode responsable d’ici à 2024. Une mode plus lente, à l’opposé du rythme frénétique dicté par la mode jetable, s’impose peu à peu. Ce(tte) mo(n)de là est en construction en France, alors prenons position pour ce futur, ici et maintenant !

Monsieur le Président de la République, si ces marques se battent quotidiennement pour sauver notre mo(n)de, nous devons les aider et les encourager. Surtout en cette période de crise, qui les fragilise.

C’est pourquoi nous vous demandons d’investir et de militer pour un financement français – via votre plan de relance – et européen, afin de soutenir ces entreprises de mode durables. Il y a tant de marques dont la France peut être fière. Sur les réseaux sociaux, nous avons rassemblé les plus belles histoires d’entreprises françaises qui se mobilisent pour #UneModeMeilleure .

Lors de votre prochaine rencontre avec vos homologues du Conseil européen, les 10 et 11 décembre 2020, nous comptons sur vous pour soutenir ces entreprises et défendre des financements européens, indispensables en cette période. Car l’Union Européenne et la France doivent aider et financer les entrepreneur·e·s indépendant·e·s qui se battent pour sauver notre futur, et pour qui l’éthique n’est pas une option mais une obligation. Ces entrepreneur·e·s engagé·e·s tentent de mettre fin à l’énorme gaspillage qui gangrène l’industrie textile, adoptent une production circulaire, font preuve de transparence, améliorent leur traçabilité, réduisent leur production, innovent, inventent des nouvelles matières, des nouvelles façons de fabriquer, à la demande, pour préserver le vivant et l’environnement.

Monsieur le Président de la République, vous avez le pouvoir de soutenir ces entreprises engagées et innovantes, qui se battent pour changer la mode et sauver notre planète. Et votre prise de position pourrait avoir un impact considérable. La France montrerait ainsi la voie et encouragerait nos voisins européens à agir à leur tour. Alors, nous comptons sur vous !

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre respectueuse considération,

Des citoyennes et citoyens engagé·e·s

 

 

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