En rachetant le joaillier Tiffany, Bernard Arnault fait plus pour la France, son rayonnement et sa puissance, que beaucoup de politiques et diplomates. Dans un pays en mal d’optimisme, doué pour l’auto flagellation, peut être pourrions-nous, pour une fois, sabrer le champagne, tant que faire du Moët & Chandon ! 

Pour ceux qui ont déjà eu le privilège de se rendre en Chine, et notamment dans ses deux villes iconiques que sont Pékin et Shanghai, il leur aura fallu à peine quelques heures pour prendre la pleine mesure de ce que la presse occidentale assène depuis plusieurs années, à savoir l’ascension irrépressible de l’économie chinoise. 


Inutile en effet de lire les innombrables rapports. Un simple coup d’œil sur l’interminable Bund de Shanghai et ses magnifiques tours illuminées à grand frais, ou encore, l’utilisation au bénéfice d’un transport domestique d’un TGV ultra moderne abrité dans des gares tout aussi flamboyantes, suffit pour donner le vertige au visiteur. 

De Shanghai à New York, le Président Trump a donc raison de s’inquiéter de cette hégémonie économique galopante.

Un pays avoisinant 1,4 milliard d’habitants ; un peuple docile, discipliné, nationaliste, travailleur, cherchant à réhabiliter la splendeur passée de sa civilisation, peu avide d’exigences démocratiques mais aspirant à l’amélioration de ses conditions de vie quotidiennes avec un accès à la société de consommation, a su ainsi rattraper en moins de 20 ans la puissance économique occidentale, notamment américaine.

Il n’est pour autant pas certain que l’Occident, et notamment la vieille Europe, n’ait pas quelques arguments puissants à faire valoir. L’acquisition, pour un montant de 16,2 milliards de dollars, de Tiffany, “une icône de l’Amérique qui devient un peu française” selon les propres mots de Bernard Arnault, semble tomber à point nommé pour nous le rappeler. De façon évidente, cet achat signe la plus grosse acquisition dans l’histoire du luxe et confère au groupe français une assise mondiale incontestable dans le secteur de la joaillerie, notamment de luxe.

L’excellence appelant l’excellence, on ne peut donc que saluer ce coup de maitre. Les marchés en ont immédiatement pris la mesure, l’action LVMH marquant ainsi un plus haut historique en culminant à 408 euros au lendemain de l’annonce de la finalisation des négociations.

De manière macro-économique, l’achat de Tiffany illustre le déplacement du centre de gravité de la puissance économique européenne, et notamment française, et par ricochet politique, de l’industrie vers le luxe. Celui-ci est ainsi devenu un atout économique de premier ordre pour notre pays, permettant de célébrer le savoir-faire à la française dans le monde, et notamment auprès d’une Chine immensément nombreuse, avide de produits de luxe statutaires. 

En effet, la part de marché des consommateurs chinois dans le secteur du luxe ne cesse de croître, et ce, de façon exponentielle. Selon une étude du cabinet McKinsey & Company, la Chine représentait 32% des consommateurs du marché global du luxe en 2016. Plus significatif encore, la même étude prévoit que d’ici 2025, cette part de marché passera à 44% de la consommation mondiale dans le secteur du luxe (McKinsey & Company, Chinese luxury consumers: The 1 million renminbi opportunity, May 2017).

Le luxe et la culture, signalons au passage l’inauguration exceptionnelle du Centre Pompidou Shanghai il y a juste quelques semaines, constituent aujourd’hui le fer de lance de notre politique économique et la manifestation la plus éclatante d’un soft power à la française. 

A cet égard, Bernard Arnault fait plus pour la France, son rayonnement et sa puissance, que beaucoup de politiques et diplomates. Dans un pays en mal d’optimisme, doué pour l’auto flagellation, peut être pourrions-nous, pour une fois, sabrer le champagne, tant que faire du Moët & Chandon ! 

Et espérer que Monsieur Arnault fasse des émules.