Une semaine après son échouage en travers du canal de Suez, le porte-conteneurs Ever Given a été, non sans mal, remis à flot. Une catastrophe rarissime qui aura bloqué l’un des axes maritimes les plus stratégiques, immobilisant 10% du commerce mondial. Si le canal égyptien est désormais débloqué, les conséquences vont bien au-delà du seul secteur du transport.

Immense bateau de 400 mètres de long capable de porter 24 000 conteneurs, l’Ever Given de la société Evergreen n’est pourtant pas infaillible. Si les entreprises prônent l’utilisation de ces géants des mers pour réduire leurs coûts de transport, la présente situation symbolise la défaillance du système, les bateaux étant trop gros pour passer sans difficulté les routes maritimes.

De lourdes pertes pour le commerce mondial

Le 4 mars, l’Ever Given levait l’ancre à Ningbo, dans l’est de la Chine, en direction de Rotterdam, aux Pays-Bas. Transportant toutes sortes de produits, allant du textile aux composants informatiques, le navire se prend dans une tempête de sable dans la nuit du 23 au 24 mars et perd le contrôle, s’échouant en travers du Canal de Suez. Sur cette route qui constitue un véritable trait d’union entre l’Europe et l’Asie, ce sont 50 navires et 10 milliards de dollars de marchandises qui transitent tous les jours. Avec l’enlisement du navire, 400 navires sont restés immobilisés de chaque côté du canal égyptien, retardant significativement les importations mondiales. En 2020, 75% des conteneurs transportés provenaient de Chine, illustrant la grande dépendance de l’Europe envers la puissance asiatique. Les conséquences de cette perturbation pourraient également être considérables pour l’Égypte, les recettes engrangées par le canal de Suez représentant la deuxième source de richesse du pays avec 5,5 milliards de dollars par an.

Des animaux vivants impliquées

Si le 29 mars, le porte-conteneurs est bien reparti pour son périple, il faudra plusieurs jours pour que le trafic reprenne son rythme de croisière, et selon l’assureur Allianz, chaque jour d’immobilisation coûte entre 6 et 10 milliards de dollars au commerce mondial. À chaque heure de blocage, c’est 400 millions de dollars qui s’envolent, notamment à cause de l’immobilisation des autres bateaux tout au long du canal, qui renforce encore la tension pour certains approvisionnements en Europe. Des composants électroniques, des conteneurs déjà en quantité insuffisante à cause de la crise sanitaire, des éléments constitutifs du vaccin demandés par les laboratoires européens, certains retards de livraison pourraient avoir de lourdes conséquences. La catastrophe maritime implique également des animaux vivants. L’ONG Animals International a tiré la sonnette d’alarme il y a quelques jours quant au sort des 130 000 moutons transportés à bord de bateaux coincés dans le Canal de Suez. Onze cargos provenant de Roumanie, d’Espagne et d’Amérique du Sud seraient concernés. Si l’Agence nationale sanitaire vétérinaire (ANSVA) affirme que les bêtes seront “débarquées dans d’autres ports” si nécessaire, cette situation relance le débat sur le transport d’animaux vivants.

De nouvelles ouvertures ?

Cet incident met en évidence la fragilité de nos voies d’approvisionnement, la nécessité de s’orienter vers une mondialisation plus raisonnable et l’envisagement d’autres moyens de transport. Il existe deux possibilités ferrées pour remplacer une partie du transport maritime. La première serait un voyage de 11 000 kilomètres depuis la Chine jusqu’à l’Atlantique. Un voyage d’à peine 15 jours, contre 60 en bateau, mais dont la capacité serait 1 000 à 2 000 fois moindre à un porte-conteneurs. Une autre alternative serait de mélanger voie maritime et ferroviaire en empruntant une ligne grande vitesse entre Ain Sokhna au sud du canal et El Alamein loin à l’ouest en bord de Méditerranée. Des possibilités pour les transporteurs mais qui resteront moins efficaces pour le commerce mondial qui se verra ralenti. Si les adeptes d’une mondialisation raisonnable voient le positif dans la tragédie de l’Ever Given, c’est aussi le cas pour d’autres. Presque une aubaine pour les autorités russes qui voit le blocage de l’étroit passage égyptien comme une publicité pour le passage arctique au Nord de la Russie qui, avec le réchauffement climatique, est de plus en plus libéré des glaces. Le blocage du Canal de Suez. Un développement de cette route maritime est ainsi à prévoir, selon le diplomate russe Nikolaï Korchounov.

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