Alors que les manifestations se multiplient aux États-Unis et en Europe depuis la mort de George Floyd, les géants de la tech se sont associés à d’autres entreprises pour diffuser des messages de soutien au mouvement Black Lives Matter. Mais parmi elles, peu ont eu le courage d’interpeller directement le président Trump ou son gouvernement en public.

Ces derniers jours, le vent semble avoir tourné, car Twitter et Snapchat ont pris des mesures sans précédent pour vérifier la véracité des propos partagés par Donald Trump sur leurs plateformes. À ce sujet, la société de partage de contenu Box et son PDG Aaron Levie font office d’exemple, puisque ce dernier a publiquement ciblé le président des États-Unis dimanche dernier.

Aaron Levie a tweeté à ses 2,4 millions de followers : « Notre président n’est pas capable d’aider cette nation à guérir ou à se tracer un chemin vers l’avenir. Il a passé des années à alimenter les tensions qui ont contribué à amplifier la douleur d’aujourd’hui. La situation nécessite une solution à tous les niveaux ».

Si Donald Trump n’a pas encore réagi aux nouvelles mesures prises mercredi par Snapchat (bien que son campaign manager les ait condamnées), le message du PDG de Box a laissé les internautes mitigés. Certains ont approuvé sa prise de parole, tandis que d’autres ont critiqué ses propos, les qualifiant de « contre-productifs ». Un investisseur de la société a par ailleurs tweeté : « Votre message était bon sans avoir à mentionner notre président. Que vous soyez d’accord ou non, laissez vos opinions politiques en-dehors de l’entreprise ».

Ces désaccords illustrent bien la fine ligne sur laquelle doivent évoluer les PDG d’entreprises de la tech, qui doivent peser le pour et le contre d’une intervention dans le discours politique. S’ils donnent leur avis, ils risquent de contrarier certains de leurs employés, clients et actionnaires. Mais s’ils ne disent rien, ils pourraient décevoir ceux qui attendent de leurs leaders qu’ils communiquent clairement leurs valeurs. Aaron Levie a déclaré à Forbes : « C’est un sujet qui met mal à l’aise beaucoup de gens. Mais je ne pense pas que l’on puisse séparer la frustration et la colère que ressentent les gens ».

Il affirme que son tweet était une réaction à la sensation de pure « frustration de ne pas avoir de leader » qui prenne des mesures pour endiguer les discriminations raciales. Le PDG explique avoir reçu des courriels d’employés, dont certains sont des immigrants, qui disent se sentir protégés par ses propos à l’attention du président. Quant aux actionnaires, Aaron Levie estime que sa prise de position devrait renforcer la confiance en son entreprise. Selon lui : « La meilleure façon d’être performant pour les actionnaires est de construire une organisation qui comprenne ses propres principes ».

Evan Spiegel, le PDG de Snapchat, pourrait être le prochain président d’une société privée de la tech à subir les conséquences d’une intervention publique (bien qu’indirecte) à l’encontre de Donald Trump. Après avoir appelé à la création d’une commission des réparations le week-end dernier, il a par la suite pris la décision de cesser de promouvoir le compte du président des États-Unis sur son réseau social. Un porte-parole de Snapchat a déclaré dans un communiqué : « Nous n’amplifierons pas les voix de ceux qui incitent à la violence et à l’injustice raciale en leur faisant de la publicité gratuite ».

Facebook et Twitter ont aussi du prendre une décision concernant Donald Trump. Sur Twitter, un onglet sous chacune des publications du président invite les internautes à fact-checker ses propos. À l’annonce de cette nouvelle fonctionnalité, le gouvernement a fait part de sa colère et a menacé directement de faire fermer le réseau social. Sur Facebook, Mark Zuckerberg a quant à lui décidé de laisser intacts les propos du président, ce qui a poussé ses employés à organiser une grève virtuelle, forçant le PDG à intervenir pour s’expliquer.

En revanche, pour les entreprises de la tech privées, comme les start-ups, il est plus facile de partager son avis. Oren Frank, PDG de la société de thérapie en ligne Talkspace, a déclaré lundi que sa société mettait fin à un accord prévu avec Facebook à cause de la décision de Mark Zuckerberg de ne pas censurer le président. Il a annoncé sur Twitter que sa start-up ne soutiendrait pas une plateforme qui « incite à la violence, au racisme et au mensonge ». 

Il est à noter que la plupart des entreprises publiques de la tech ne sont pas dans le collimateur du président au même titre que Twitter ou Facebook, des plateformes qu’il utilise quotidiennement. Dans d’autres entreprises moins visibles, certains dirigeants se demandent si cela relève de leur responsabilité de faire des commentaires sur le président. Todd McKinnon, PDG de a société Okta, spécialisée dans le cloud-computing et valorisée à 24 milliards de dollars, explique : « Il s’agit de trouver un équilibre entre vos opinions personnelles et ce que vous devez faire pour être le plus efficace possible dans votre travail ».

Todd McKinnon a annoncé cette semaine qu’il s’engageait à verser une somme équivalente aux dons des employés à des groupes tels que l’American Civil Liberties Union et la NAACP. Il encourage par ailleurs ses followers à aller voter lors des prochaines élections présidentielles. Mais le PDG ne s’est pas contenté de demander un changement de politique, puisqu’il affirme : « Il y a un conflit entre dire ce que l’on pense personnellement, mais aussi veiller à ne pas aller trop loin et à ne pas dire des choses qui pourraient vous nuire ou offenser vos employés, vos actionnaires, vos clients ».

Mais une telle prudence peut aller à l’encontre de ce qui est souvent à l’origine du succès d’une entreprise de la tech, à savoir la franchise de ses dirigeants. C’est en tout cas ce qu’estime Kevin Spain, associé chez Emergence Capital Partners, qui a déjà investi dans Box. Pour sa part, il encourage Aaron Levie à participer au débat politique : « Les entrepreneurs et les PDG doivent avoir une voix extrêmement importante ».

Et si Aaron Levie a reçu quelques critiques pour avoir tweeté son opinion sur le président, celles-ci ont été largement éclipsées par les nombreux messages de soutien. Malgré tout, le PDG de Box refuse de faire un choix entre la posture de Twitter et celle de Facebook, même s’il concède :  « J’ai été impressionné par la position de principe adoptée par Twitter ».

 

Article traduit de Forbes US – Auteur : David Jeans

 

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