Le Lab Pareto est une association qui a pour vocation de rapprocher les acheteurs des grands groupes privés et publics des PME françaises pour créer des emplois. Au cours de cette année un peu spéciale et rude pour les entreprises est née l’idée du Challenge Pareto. Explications avec Clémentine Parâtre, présidente du Lab Pareto.

 

Qu’est-ce que le Challenge Pareto ?

Pendant ce premier confinement, au moment où la chaîne d’approvisionnement des grands groupes souffrait, nous avons souhaité mettre sur la table la question des relocalisations. Souvenons-nous, on parlait alors du Monde d’après. Les groupes affirmaient alors leur souhait de relocaliser tout ou partie de leur production. Au Lab Pareto, nous nous sommes saisis de cette question sous l’angle qui est le nôtre, à savoir comme des entrepreneurs. Nous sommes partis d’un double constat, d’un double problème. D’un côté, de grands donneurs d’ordres rencontrent des problèmes d’approvisionnement. De l’autre, des PME se trouvent fragilisées sur le territoire français. Pourquoi ne pas rapprocher les grands donneurs d’ordres et les PME ? Penser la relocalisation, c’est résoudre en même temps ces deux problématiques bien distinctes et très actuelles. Plus de 5000 PME volontaires sont à la disposition des grands groupes pour travailler à la rentabilité des lignes de produits pour que ces grands groupes trouvent en France ce qu’ils n’y trouvaient pas. Le Lab Pareto cherche à initier des partenariats concrets. Les PME sont réactives, agiles, innovantes ; les grands groupes en revanche bénéficient de la puissance financière, mais peinent à se mettre en mouvement rapidement. Et pourtant, grands groupes et PME sont complémentaires. En développant des synergies, elles peuvent remédier à leurs handicaps respectifs.

 

Quelles difficultés rencontrez-vous aujourd’hui ?

Nous constatons malheureusement que dans les réactions des grands groupes face à cette crise, il y a eu beaucoup d’effet d’annonce et une grande frilosité. Les grands groupes ne souhaitent s’engager qu’après avoir longtemps réfléchi, mûri leur décision, modélisé, planifié… Les PME sont quant à elle dans une démarche plus effectuale : elles s’engagent, testent, apprennent, rectifient le tir, etc. Bref, les PME avancent en marchant, en s’adaptant aux contextes. C’est un vrai choc des cultures. Les grands groupes montrent beaucoup d’exigences en amont, alors qu’elles devraient davantage faire confiance et traiter les problèmes au moment où ils apparaissent. Du coup, peu de grands groupes se lancent. Il faut faire preuve de beaucoup de pédagogie pour connecter ces deux mondes.

 

Quelles sont les raisons d’espérer ?

Les grands groupes ont des problèmes de sourcing et il est indéniable que notre réseau de plus de 5000 PME, responsables socialement et environnementalement, les intéresse fortement. Nous multiplions les rencontres avec les politiques qui sont sensibles au combat que nous portons. Les événements récents nous confortent dans l’idée que nous assistons à un changement de paradigme : les entreprises de proximité ont montré qu’elles étaient essentielles dans la création de richesses, de liens sociaux, d’emplois sur les territoires. C’est cet écosystème qu’il s’agit de rendre plus robuste. L’État par exemple achète trop souvent à l’étranger, puis vient soutenir les PME en fragilité avec des aides. Quelle est la pertinence de cette logique ? La meilleure façon d’aider les PME, de les renforcer, c’est de générer du business en les connectant aux grands groupes et à la commande publique. Cette méthode est plus vertueuse et pérenne que celle qui se contente de perfuser les PME d’aides publiques diverses. Sur ce point, l’État providence doit se transformer en État facilitateur.

 

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