Valls / Macron : Qui Pour Porter L’Etendard de L’Entreprise ?
Journaliste / Chef de rubrique Politique-Economie-Finances

Manuel Valls et Emmanuel Macron vont pouvoir livrer bataille "à découvert" pour la conquête de l'Elysée | © Getty Images

Le « futur-ex » Premier ministre, qui a levé le voile, ce lundi soir, sur ses intentions de briguer l’Elysée après la défection de François Hollande, et celui qui fut son turbulent ministre de l’Economie vont (enfin) pouvoir ferrailler frontalement. Parmi les deux aspirants aux plus hautes fonctions, lequel tient le discours le plus séduisant à l’égard des dirigeants d’entreprises ?

« My government is pro-business ».  Quelques mois après son intronisation à Matignon, Manuel Valls multipliait les déclarations d’intention (et d’amour) à l’endroit des entrepreneurs de tout bord. Cette saillie, en date du mois d’octobre 2014, devant un parterre de dirigeants de la City à Londres, avait pu désarçonner de la part d’un dirigeant classé à gauche de l’échiquier politique. Mais l’ancien maire d’Evry s’est justement battu contre cette étiquette et avait, quelques mois plus tôt, en août de la même année, eu l’occasion de « ciseler » son plaidoyer à l’occasion de l’université d’été du Medef.

« Il est d’usage d’opposer la gauche et le monde de l’entreprise, mais notre pays a besoin de sortir des postures, des jeux de rôles auxquels nous sommes habitués. Et de poursuivre « Tout cela nous a fait perdre trop de temps. Notre pays crève de ces postures. Cessons d’opposer Etat et entreprise, chef d’entreprises et salariés, organisations patronales et syndicats ». Avant de lancer, empreint de solennité, sous un tonnerre d’applaudissements d’un public certes acquis à sa cause. « J’aime l’entreprise ».

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Macron par K.O

Suffisant pour susciter, du moins aux yeux de l’opinion, la place tant convoitée de « candidat des entrepreneurs » ? Selon une étude Ifop pour France Digitale en date du 9 novembre (donc avant la déclaration de candidature du Premier ministre) et intitulée « l’entrepreneur est-il le nouveau politique ? », le nom de Manuel Valls est prononcé, en premier, par 17% des sondés, comme étant le plus proche des grandes entreprises. Un score qui baisse singulièrement, à 9%, quand il s’agit d’évoquer la proximité du maire d’Evry avec les TPE-PME et les start-ups.

A l’inverse, Emmanuel Macron remporte haut la main le match avec son « ennemi intime » et futur challenger à la présidentielle puisque le patronyme de l’ancien ministre de l’Economie est spontanément prononcé par 44% des personnes interrogées qui le jugent proche des grandes entreprises et 36% d’entre eux, le perçoivent tout aussi proche des TPE-PME. Enfin, le score d’Emmanuel Macron culmine à 47% quand il s’agit d’évoquer la relation « privilégiée », aux yeux des Français, du fondateur d’En Marche! avec les start-ups.

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« Un excellent interlocuteur avec une véritable capacité d’action »

Principale enseignement de cette étude : Emmanuel Macron remporte l’ensemble des suffrages quelle que soit la taille d’entreprise considérée. Seul Arnaud Montebourg, chantre du « Made in France », fait jeu égal avec l’ancien conseiller de François Hollande sur le segment des TPE / PME. Est-ce eu égard à son passé de ministre de l’Economie qu’Emmanuel Macron frise le plébiscite ? « Avec Nathalie Kosciusko-Morizet, c’est sans conteste celui qui comprend le mieux le monde de l’entreprise. Il a été, tout d’abord à l’Elysée puis à Bercy, un excellent interlocuteur avec un certain franc-parler mais également avec une véritable capacité d’action », évoquait, dans nos colonnes, Olivier Mathiot président de France Digitale.

Toujours est-il que le néo-candidat à la magistrature suprême va devoir cravacher ferme pour rattraper son retard sur son ancien ministre. Les déclarations d’amour ne suffiront pas, les dirigeants d’entreprises ayant été visiblement échaudés par celles qui n’ont pas été suivies d’effets. S’il est encore trop tôt pour comparer les deux programmes économiques des prétendants à l’Elysée, nul doute que ceux-ci seront particulièrement scrutés par les décideurs. Manuel Valls parviendra-t-il à refaire son retard ou Emmanuel Macron creusera-t-il l’écart ? La bataille pour porter « l’étendard » des entrepreneurs est lancée.

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