Société Civile, Parlementaires, Entrepreneurs…Les Réseaux Macron à L’Abordage
Journaliste / Chef de rubrique Politique-Economie-Finances

L'ancien ministre de l'Economie espère entraîner, dans son sillage, ses troupes vers la victoire. | © Getty Images

L’ancien ministre de l’Economie, qui sera ce samedi après-midi au Parc des Expositions de la Porte de Versailles pour son premier grand meeting de campagne, peaufine, parfois à l’excès, sa stratégie et compte sur moult talents pour lui ouvrir la voie vers l’Elysée. 

Rien ne sert de courir, il faut partir à point. Ce célèbre adage de Jean de la Fontaine n’a jamais été autant d’actualité que lorsqu’il s’agit d’évoquer Emmanuel Macron et son mouvement, le bien nommé « En Marche! ». Depuis le mois d’avril 2016, l’ancien ministre structure, charpente, construit, brique par brique, son organisation, tremplin vers son destin élyséen. Revendiquant à ce jour plus de 120 000 adhérents, la « start-up » Macron, après des débuts balbutiants inhérents à toute nouvelle structure arrivant sur le marché de l’offre politique, a su s’imposer dans le paysage, au point de doubler le Parti socialiste dans certaines régions même si l’adhésion est gratuite et se fait en un clic.

Toutefois, si la « jeune pousse » a su trouver son «business-model », ayant levé jusqu’à présent plus de 3 millions d’euros, elle demeure encore loin des 9 millions nécessaires, selon Emmanuel Macron, pour véritablement mener campagne. Pour rappel, cette somme correspond, peu ou prou, à celle dépensée en 2012 par la candidate du Front national, Marine Le Pen, et celui du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon. Mais les principaux soutiens de l’ancien ministre ont bon espoir de parvenir à leur objectif. « Nous sommes jeunes, mais nous avons une croissance rapide », abonde Richard Ferrand, député du Finistère et fraîchement nommé secrétaire général du mouvement.

Une « jeunesse » qui a été la première à croire qu’Emmanuel Macron pouvait incarner une véritable alternative. Ainsi, Sacha Houlié, Jean Gaborit, Florian Humez, Pierre Person et quelques autres ont, dès le mois de juin 2015, pris fait et cause pour celui qui n’est encore qu’un turbulent ministre ferraillant à l’Assemblée nationale pour imposer son projet de loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques, dite « loi Macron ». Cette dernière sera finalement adoptée aux forceps, via le célèbre article 49.3 de la Constitution. Mais les jeunes hommes vont de leur propre chef créer un site internet pour défendre la loi Macron qu’ils jugent salvatrice pour l’économie française. Une « initiative » qui leur vaudra convocation à Bercy, dans le bureau du ministre. « Nous n’avions demandé aucune autorisation au préalable pour notre site mais il ne s’agissait finalement pas d’une convocation pour se faire taper sur les doigts » sourit aujourd’hui Pierre Person.

Macron, candidat des « Millennials »

Au contraire, Emmanuel Macron salue la démarche et la prise de risques à une époque où sa popularité n’était pas au pinacle, comme aujourd’hui. « Ce n’est pas quelqu’un de paternaliste », poursuit Pierre Person. Convaincus par les idées progressistes de Macron, les quatre garçons s’enhardissent et lancent le collectif les « Jeunes avec Macron » (JAM) en début d’année 2016. Revendiquant aujourd’hui plus de 8 000 adhérents, dont un tiers d’étudiants, l’organisation de jeunesse dénote dans son fonctionnement dans la mesure où elle cultive une certaine indépendance vis-à-vis d’En Marche!, quand le Mouvement des jeunes socialistes (MJS) ou encore Les Jeunes Républicains sont inféodés à leur « maison-mère » respectivement, le PS et Les Républicains. « Nous sommes complémentaires mais nous disposons de notre propre agenda », reconnaît Pierre Person, « même si des synergies existent ». Ainsi, Sacha Houlié, l’un des quatre cofondateurs des JAM, a récemment été nommé délégué d’En Marche!

MONTPELLIER, FRANCE - OCTOBER 18:Former French Economy Minister Emmanuel Macron during a meeting with his political movement, 'En Marche' (On the Move) on October 18, 2016 in Montpellier, France. (Photo by Patrick Aventurier/Getty Images)

« Notre structure est militante et entrepreneuriale » se plait à répéter Pierre Person. Parmi les prochaines initiatives du collectif, le lancement d’un site de fact-checking baptisé « Vision Macron », compilant les déclarations et interventions dans les médias de l’ancien locataire de Bercy depuis plus de deux ans. « Pour montrer la constance de l’engagement d’Emmanuel Macron », plaide le jeune homme.

La stratégie « bottom-up »

Un engagement façonné loin des partis politiques traditionnels pour celui qui a brièvement adhéré au Parti socialiste, il y a une dizaine d’années, mais qui n’a jamais, depuis, renouvelé sa cotisation rue de Solférino. Peu rompu, de facto, aux joutes d’appareils, l’ancien banquier d’affaires a fait le choix de la stratégie du « bottom-up » pour articuler et mettre sur orbite son mouvement. Cette dernière reposant donc sur le principe du « collectif » chacun apportant sa pierre à l’édifice, littéralement du bas vers le haut.

Fort de ce principe, Emmanuel Macron a posé les jalons de sa « Grande marche » où 4 000 volontaires ont sillonné les routes de France, pendant deux mois, armés de leur smartphone pour faire remonter les préoccupations des Français et établir un diagnostic sur la situation du pays. Une campagne de porte-à-porte, en somme qui avait suscité les moqueries de Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du Parti socialiste, qualifiant le procédé de « vachement moderne ».

« Qu’est ce qui ne va pas en France ? »

Mais Emmanuel Macron n’en a cure. Il a continué de tracer son chemin et confié les clés de sa « Grande Marche » à la start-up « Liegey-Muller-Pons », fondée en 2013. Spécialisée en stratégie électorale – et numéro 1 du secteur en Europe -, elle s’est occupée de la « formation » des troupes de l’ancien ministre de l’Economie. Une démarche novatrice qui a séduit Emmanuel Macron. « Notre ambition est de transformer radicalement la façon dont on élabore des campagnes électorales en utilisant de la data, des nouvelles technologies et de l’humain via le porte-à-porte », abonde Guillaume Liegey, l’un des trois cofondateurs de la start-up. Et de poursuivre. « Nos clients, dont Emmanuel Macron, peuvent bénéficier de notre expertise via une application qui leur permet de savoir exactement dans quelle rue aller, à quelle porte frapper ou encore organiser des réunions d’appartements ». Une manne de renseignements forts utiles pour qui veut « prendre le pouls » du pays.

Dès lors, l’expertise de la start-up pourrait-elle être encore bénéfique à Emmanuel Macron dans le cadre de sa future campagne pour l’Elysée ? « Notre contrat prenait fin au lendemain de la Grande Marche (fin septembre) » souligne Guillaume Liegey. Et depuis ? « Nous n’avons aucune nouvelle à ce stade » conclut le cofondateur. Mais nul doute que l’ancien ministre de l’Economie, fidèle à son sacro-saint principe d’avancer « pas à pas », a dû particulièrement apprécier le travail réalisé par le trio… en 2012. En effet, alors dans le staff de François Hollande, leur campagne de porte-à-porte « au scalpel » aurait permis, selon leurs dires, au candidat socialiste d’engranger près de 300 000 voix, soit l’équivalent de 0,6 points, sur l’ensemble des deux tours.

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