Brexit : Un Fruit Empoisonné Pour Le Front National ?
Marine Le Pen, leader du Front National, tient un meeting à Paris, Mai 2014 | Crédit Photo : liewig christian Corbis / Getty Images

Partisan d’une sortie de la France de l’Union européenne, le parti dirigé par Marine Le Pen espère profiter de la dynamique du Brexit. Mais la situation politique et économique du Royaume-Uni fragilise sa stratégie.

Le plan était presque parfait. Comme l’espérait le Front national, les Britanniques ont voté le 23 juin à 52% en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Mais les choses ne se sont pas déroulées comme Marine Le Pen et ses proches s’y attendaient. Cinq jours après le scrutin, le Royaume-Uni est confronté à l’une des pires crises de son histoire.

Le Brexit a provoqué une série de déflagrations économiques et politiques depuis vendredi. Les Français en sont les témoins. Ils pourraient se détourner du FN qui a fait du scrutin sur l’appartenance de la France à l’Union européenne une question fondamentale.

Le FN s’est félicité très tôt des résultats du scrutin Outre-manche, en soulignant le caractère historique du vote britannique. A peine les résultats connus, les dirigeants de la première formation politique française au Parlement européen (19 députés), ont demandé l’organisation d’un scrutin similaire en France, un « Frexit », pour quitter l’Union européenne et abandonner l’euro.


Le parti nationaliste s’est fait en revanche plus discret sur les conséquences du vote britannique, occultant ses conséquences économiques et les possibles répercussions qu’un tel scrutin aurait en France.

Depuis vendredi, les bourses européennes ont chuté de plus de 10%, et la Livre sterling est revenue à un plus bas historique de 35 ans. Plusieurs organismes internationaux ont confirmé le ralentissement de l’économie britannique, en dessous des 1,5% en 2016, contre plus de 2% il y a encore quelques semaines.

Pour couronner le tout, l’agence de notation Standard and Poor’s a dégradé de deux crans lundi la note de la dette du Royaume-Uni de “AAA” à “AA”, prenant acte du Brexit. « Le Royaume-Uni va connaître des mois compliqués, avec l’incertitude sur l’avenir de ses relations avec l’Union européenne et les conséquences économiques du Brexit », souligne un analyste chez Nataxis.

L’impact pour le Royaume-Uni est également important dans l’emploi et pourrait réfréner les envies d’indépendance des Français. La délocalisation d’activités financières et industrielles vers le Vieux continent devrait s’effectuer rapidement, notamment au profit de Paris et Francfort.

Les entreprises installées à Londres ou dans les villes du Royaume-Uni vont également chercher à éviter le rétablissement des frontières et contourner la suppression des aides directes de l’UE.

Les responsables du FN ont pointé du doigt une volonté des pays de l’UE de sanctionner le Royaume-Uni. « Je crois qu’il y a une forme de stratégie du chaos de la part d’un certain nombre de gouvernements, notamment français, qui tentent de faire en sorte que ça se passe le plus mal possible, pour éviter une forme de conséquences en cascades, d’autres référendums au sein de l’UE », a affirmé mardi la député FN du Vaucluse Marion Maréchal-Le Pen sur France 3.

Politiquement, le FN doit aussi composer avec l’effondrement politique des leaders du Brexit. Incapables d’offrir un plan B après le Brexit, les dirigeants conservateur et nationaliste Boris Johnson et Nigel Farage, sont confrontés à des contestations grandissantes dans leur propre camp, fracturé autour de la question de la suite à donner au scrutin.

Au parti frontiste, les divergences existent aussi entre les partisans d’une indépendance totale et les autres, plus prudents et défenseurs d’une renégociation des délégations de compétences. 

Alors que l’on pouvait s’attendre à ce que le FN récolte les fruits du Brexit, la sortie du Royaume-Uni de l’UE pose une série de nouvelles questions sur l’avenir et la stratégie du parti de Marine Le Pen. Une chose est sûre : le référendum britannique est un fruit empoisonné.