Le gouverneur d’Arizona, Doug Ducey, qui avait accueilli à bras ouverts la flotte de voitures autonomes Uber fin 2016, a suspendu les tests de la marque sur voie publique pour une durée indéterminée. Cette décision fait suite à un accident mortel survenu la semaine dernière à Tempe, une ville de la banlieue de Phoenix, la capitale de l’État américain.

Le 26 mars, dans une lettre destinée au PDG d’Uber, Dara Khosrowshahi, Doug Ducey expliquait avoir demandé au Département des transports de « suspendre l’autorisation pour Uber de tester et faire fonctionner ses véhicules autonomes sur les routes publiques d’Arizona ». En plus de sa flotte de plus de 150 SUV Volvo XC90 jusqu’à maintenant en phase d’essai à Phoenix, Uber exploite également des semi-remorques autonomes dans tout l’État. L’interdiction s’appliquerait donc aux deux types de véhicules. Cette nouvelle a été diffusée par The Arizona Republic.

Dimanche 18 mars, vers 22 heures, Elaine Herzberg, 49 ans, a été renversée et tuée par un véhicule autonome Uber alors qu’elle traversait l’avenue North Mill de Tempe, à côté de son vélo. Selon une vidéo rendue publique par la police de la ville, le véhicule ne semble pas avoir détecté la présence de la piétonne dans la pénombre. Le conducteur présent dans le véhicule en cas d’urgence n’a vu la femme que seulement quelques secondes avant de la renverser et n’a donc pas eu le temps de l’éviter.

« Grâce aux véhicules autonomes, l’Arizona souhaite améliorer la sécurité publique, et je souhaite que la sécurité soit également la priorité des entreprises testant ce genre de véhicules sur les routes de l’État », expliquait Doug Ducey dans sa lettre. « L’accident survenu le 18 mars est une preuve irréfutable que ces véhicules ne sont pas à la hauteur de nos attentes. »

Des enquêteurs fédéraux du National transportation safety board et de la National highway traffic safety administration examinent l’accident depuis la semaine dernière. Ses causes sont inconnues pour le moment et on ne sait pas encore quand les résultats seront communiqués.

La semaine dernière, avant même l’annonce de Doug Ducey, Uber a stoppé les tests de véhicules autonomes en Arizona, tout comme à Pittsburgh, San Francisco et Toronto. L’entreprise a également annoncé avoir stoppé les essais de semi-remorques.

« Nous avons proactivement suspendu les opérations de conduite autonome dans toutes les villes immédiatement après l’accident », déclarait Uber dans un communiqué lundi dernier. « Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour aider les enquêteurs, et nous sommes ouverts au dialogue avec le gouverneur ».

Cet accident met à mal les ambitions d’Uber de rattraper les maîtres en matière de conduite autonome, tels qu’Alphabet ou Waymo, ce dernier étant en train de mettre en place un service de transport autonome dans la région de Phoenix. Le 24 mars, le PDG de Waymo, John Krafcik, a déclaré à Forbes, puis à un public de centaines de concessionnaires à Las Vegas, que ses véhicules auraient détecté la présence d’Elaine Herzberg et auraient pu l’éviter.

« Nous sommes sûrs que nos voitures auraient pu gérer cette situation, dit-il. Et nous le savons pour différentes raisons. Nous avons appris à notre système comment réagir dans de telles situations ».

De la même manière, Amon Shashua, le PDG de MobilEye, filiale d’Intel, expliquait dans une publication pourquoi ses véhicules auraient détecté la piétonne et évité la collision.

Le véhicule utilisé par Uber était couvert de capteurs, y compris de lidars et de radars, pouvant détecter des piétons ou des objets, que ce soit en plein jour ou dans l’obscurité. Même s’il s’agit d’un défaut de fonctionnement du lidar, cet appareil qui émet des rayons lasers afin de modéliser une image 3D à 360° de l’environnement du véhicule, le radar aurait au moins dû détecter le vélo en métal qu’Elaine Herzberg poussait lorsqu’elle traversait la route.

Un rapport du New York Times, citant un document interne d’Uber et des discussions avec des personnes connaissant son programme de développement, explique que les voitures autonomes d’Uber ne répondaient pas à toutes les attentes en matière de conduite autonome. En effet, toujours selon ce rapport, elles ne remplissaient pas entièrement toutes les tâches basiques de conduite sur route de ce genre de véhicule, déjà bien avant l’accident de Tempe.

« Les voitures avaient du mal à circuler dans des zones de travaux et à côté de grands véhicules, comme des semi-remorques. Les conducteurs présents dans ces véhicules devaient donc intervenir plus souvent qu’avec les véhicules autonomes des marques concurrentes », expliquait le New York Times. Malgré les problèmes rencontrés, Uber avait tout de même accéléré ses tests sur routes dans le but d’impressionner ses concurrents.