Svenia Busson est la co-fondatrice d’EdTech Tours et la fondatrice de LearnSpace. Elle est signataire du manifeste Edtech France, et a contribué à ses débuts. Ce secteur recouvre l’ensemble des organisations dotées d’un savoir-faire technologique innovant dédié à la connaissance, à son apprentissage, et à sa transmission.

Il y a 10 jours environ à l’occasion d’Educatec, vous annonciez le lancement d’EdTechFrance, qui rassemble tous les acteurs de l’EdTech en France. Quelle est votre ambition avec cette association ?

Avec Edtech France (EF) nous voulons non seulement représenter la filière Edtech française mais également la fédérer. EF c’est l’initiative d’entrepreneurs français de la Edtech qui sont prêts à tout mettre en oeuvre pour que la France devienne une véritable Edtech Nation, en montrant ce qui marche, et en se déplaçant dans toute la France à la rencontre des acteurs de l’éducation et la formation.

Concrètement, EdTech France s’est fixée 4 missions :

  • inventer les outils et services qui partout en France font avancer l’éducation et la formation vers l’excellence à laquelle chacun aspire
  • fédérer partout en France les acteurs de l’éducation et de la formation qui contribuent à l’évolution des pratiques grâce aux technologies.
  • démontrer partout en France la remarquable contribution du numérique au service de l’éducation et de la formation.
  • diffuser le savoir-faire de la EdTech française sur la scène internationale.

EdTech France aujourd’hui représente déjà 176 entreprise innovantes, ce qui atteste d’un vrai engouement pour notre démarche et d’un engagement de tous les acteurs pour aller plus loin.

Tous les voyants semblent être au vert en France pour les acteurs EdTech : un fort volontarisme politique (du moins dans le discours), un nouveau fond d’investissement (Educapital)… tous les ingrédients sont-ils réunis pour permettre aux entreprises Françaises d’avoir un impact ?

Tout à fait ! Il ne manque plus que l’ouverture du marché scolaire qui encore assez fermé ou, du moins, difficilement pénétrable. À part quelques startups comme Lelivrescolaire (manuels scolaires papiers & numériques) et  Beneylu par exemple. (Environnement Numérique de Travail pour les écoles primaires) il y a peu de jeunes pousses qui arrivent à pénétrer le marché du scolaire. Nos champions (les startups que vous citez) se trouvent tous dans le corporate learning ou lifelong learning. C’est dommage que ce soit encore si difficile (cycles long de decision et d’achat) de pénétrer les marchés du scolaire et sup ! Mais ça bouge, il y a une prise de conscience à tous les niveaux et je suis optimiste…

Oui, les profs participent aussi à ce mouvement j’ai l’impression, je pense à jenseigne.fr qui leur permet d’échanger des cours. L’innovation peut venir d’eux.

Absolument. Les profs sont et doivent être au coeur de l’innovation. C’est pour cette raison que les initiatives oeuvrant pour leur formation sont si importantes, voir notamment Eduvoices et Synlab.

Les startups françaises qui marchent trouvent-elles dans les fonds d’investissement un écho particulier ?

Oui. Aujourd’hui nous avons deux fonds d’investissements Edtech basés à Paris (EduCapital et BrightEye Ventures). Il ne manque plus qu’un accélérateur pour accélérer et accompagner la croissance des jeunes pousses, ce qui sera le cas avec LearnSpace.

Quels sont les travers à éviter pour les jeunes startups de l’EdTech ?

Difficile à dire ! Tout dépend du secteur dans lequel on opère et à qui on vend…

Je dirais qu’il faut considérer un business modèle qui puisse assurer sa pérennité dès le début de son aventure entrepreneuriale. ça ne sera pas facile, quelques pivots seront peut-être nécessaires mais il faudra que cette question soit au coeur de l’activité dès le début. C’est un point particulièrement délicat car dans la Edtech les prescripteurs (acheteurs) ne sont pas les utilisateurs finaux. Il faut donc plaire au deux !

La question du business model peut paraître évidente mais elle ne l’est pas toujours. Certaines startups, devenues aujourd’hui les géants de la Edtech (ClassDojo, Brainly, Kahoot !) sont financées par millions de dollars par des VCs mais ne font pas d’argent. C’est le modèle de twitter qui ne peut arriver qu’aux US où la bulle startup est si grosse que personne ne s’effraie de voir de telles capitalisations sans qu’il y ait de résultats économique derrière.

Vous faites avec les EdTech Tours un important travail de veille. L’Europe a toujours été à la pointe lorsqu’il s’agissait d’inventer de nouvelles pédagogies. Aujourd’hui elle est toujours aussi pionnière, mais semble moins agile et rapide que les Etats-Unis sur l’EdTech. Comment peut-elle tirer sa carte du jeu ?

L’Europe a une carte à jouer dans le monde des Edtech et c’est bien celle de la pédagogie comme vous le dites très justement. Nous pouvons vraiment créer un contrepoids entre les US et la Chine qui pour l’instant sont assez hégémoniques (90% des investissements Edtech se font entre ces deux pays).

On peut créer de belles entreprises avec cette conscience pédagogique qui nous est chère et exporter notre savoir faire qui est par ailleurs reconnu partout (surtout celui des pays nordiques).

En quelques mots, quel est le projet qui vous a le plus surpris et séduit lors de votre tour ?

Au primaire, j’aime beaucoup Mightifier une App finlandaise qui apprend aux enfants ce qu’est l’empathie et la bienveillance en les encourageant à donner du feed-back positif à leurs camarades de classe.

Dans le secondaire, j’ai été impressionnée du lycée Orestad à Copenhagen, sur lequel je suis revenue en détail. Pour ce qui est du supérieur, j’adore WAP, we are peers, une méthodologie made in France pour apprendre entre pairs couplée d’une app qui permet d’organiser des sessions peer learning dans sa communauté

Pour en savoir plus sur l’écosystème de l’EdTech en France, retrouver toutes les startups sur l’Observatoire EdTech.