Nikola Motor, l’entreprise originaire de Phoenix qui aspire à révolutionner les transports routiers avec des semi-remorques électriques futuristes fonctionnant à l’hydrogène, annonce avoir créé un nouveau type de batterie renfermant une densité d’énergie deux fois supérieure à celles aujourd’hui sur le marché.

Le prototype pèse seulement 40 % du poids des batteries lithium-ion actuelles utilisées notamment dans les voitures Tesla et coûte deux fois moins cher. Mais Nikola Motor n’a pas fourni de détails supplémentaires pour l’instant, et les démonstrations publiques n’auront pas lieu avant une dizaine de mois.


Les blocs de batterie fonctionnent avec de nouvelles piles et n’utilisent pas de nickel, de cobalt ou d’autres métaux que l’on retrouve généralement dans les piles Tesla. Ils pourraient augmenter l’autonomie des voitures électriques actuelles de 480 km par charge à 965 km, avec « peu ou pas d’augmentation du poids et de la taille des batteries », selon les dires de Nikola Motor. L’entreprise a soumis ses piles à des tests intensifs et affirme que les charger et les épuiser « plus de 2 000 fois a montré des performances acceptables en fin de vie ».

En d’autres termes, cela revient à conduire un véhicule pendant plusieurs centaines de milliers de kilomètres, affirme Trevor Milton, fondateur et PDG de Nikola Motor. Ce dernier ne recule devant rien pour définir le potentiel des nouvelles piles : « Il s’agit de la plus grande avancée jamais constatée dans le monde de la batterie », a-t-il affirmé à Forbes.

Pour le moment, il refuse de donner des détails sur le fonctionnement des piles et sur l’identité des chercheurs universitaires qui ont travaillé sur le projet avec Nikola Motor. Le PDG se contente de dire : « C’est la première batterie autonome d’automobile à électrodes au monde. Nous sommes passés à un tout autre type de produit chimique, avec un composant au lithium. C’est difficile d’expliquer ce dont il s’agit sans révéler notre recette secrète ».

Trevor Milton explique qu’en évitant d’utiliser des métaux qui ajoutent du coût et du poids aux batteries lithium-ion, Nikola Motor peut proposer des piles à un prix deux fois plus faible par kilowattheure. La réduction de l’extraction du cobalt et du nickel permet également d’améliorer l’impact environnemental global de la pile. Si l’entreprise parvient à produire une telle batterie, elle changerait la donne pour les voitures et les camions électriques. Mais le PDG sait bien qu’il doit encore prouver que la batterie fonctionne aussi bien qu’il l’a annoncé et qu’elle peut être produite en série.

Depuis la fin des années 1990, les constructeurs automobiles sont à la recherche d’une technologie de batterie viable, qui pourrait offrir une autonomie et des performances équivalentes à celles de l’essence, tout en restant abordable. Après de nombreuses promesses non tenues, les ingénieurs et les cadres supérieurs de l’industrie automobile sont devenus sceptiques face au sujet, et certains se plaignent même des « maudits menteurs et fournisseurs de batteries ». Mais Trevor Milton ne se laisse pas abattre par le scepticisme ambiant et assure que Nikola Motor va commencer à autoriser l’évaluation de sa technologie par d’autres entreprises, qu’il a cependant refusé de nommer.

Des démonstrations publiques de batteries fonctionnant avec les nouvelles piles Nikola Motor auront lieu au sommet technologique Nikola World à Phoenix, fin 2020. Le PDG de l’entreprise indique que celle-ci est en négociation avec « plusieurs constructeurs automobiles » au sujet des piles et qu’elle est susceptible d’en choisir un comme partenaire principal. Dès lors, la production de batteries utilisant cette technologie pourrait commencer dès 2021.

Nikola Motor a levé environ 500 millions de dollars pour produire ses camions à pile à hydrogène, lui permettant d’être évaluée à 3 milliards de dollars. La société va devoir lever des fonds encore plus importants pour mettre au point son propre réseau de centrales à hydrogène afin d’alimenter ces batteries.

Chaque camion à pile à combustible utilise également un bloc de batteries permettant de compléter le groupe propulseur à hydrogène, de sorte que toute amélioration de la batterie augmenterait l’autonomie ou réduirait les coûts de production. Et bien que l’entreprise considère toujours l’hydrogène comme sa meilleure option pour les semi-remorques, elle prévoit également de proposer des variantes à batterie seule pour ses trois options de cabines de camion, qui bénéficieraient de batteries plus puissantes et moins chères.

Aujourd’hui, Tesla possède les systèmes de batteries les plus efficaces de l’industrie automobile, à la fois en termes de portée et de performance. Pourtant, le coût élevé des groupes propulseurs de l’entreprise d’Elon Musk explique aussi les prix si élevés de ses modèles, incapables de s’aligner sur les prix du marché, à l’instar de la Honda Civic ou de la Toyota Prius, qui se situent dans la fourchette de prix moyenne à basse, soit moins de 20 000 $. 

En effet, les batteries ajoutent environ 10 000 $ au prix d’une voiture électrique par rapport à une voiture à essence, selon le rapport « Insights Into Future Mobility », publié ce mardi par le MIT. On peut y lire : « Bien que le coût des batteries ait considérablement baissé, les prévisions concernant les baisses de prix futures doivent être prises avec des pincettes, car elles ne tiennent souvent pas compte du coût des matières premières utilisées dans la fabrication des batteries ». Les chercheurs du MIT estiment que le prix des blocs de batterie lithium-ion ne tombera pas à 50 % de leur coût actuel avant 2030.

Mais comment Nikola Motor a-t-il donc pu trouver une toute nouvelle approche à la fabrication des batteries pour véhicule électrique, devançant Tesla et toute l’industrie automobile ? Trevor Milton explique : « Ils ne cherchaient pas au bon endroit, ils essayaient d’améliorer le fonctionnement de ce qui existait déjà. Nous avons adopté une approche complètement différente, qui permet d’éliminer tous ces métaux ».