Ce mois-ci, Internet fête ses 30 ans. Michel Serre invoquait la révolution numérique comme la troisième révolution anthropologique de l’histoire de l’Homme, après le langage et l’écriture. Et si Gutenberg a révolutionné nos civilisations, le numérique révolutionnera l’humanité. Le premier enfant c’est Internet, le premier petit-enfant est l’IoT. S’en suivra la troisième génération en gestation, à savoir l’Intelligence artificielle qui attend le monde quantique avec impatience. De là naîtront les vrais robots, autonomes et malins qui feront la nouvelle humanité.

Mais arrêtons-nous à aujourd’hui, génération des IoT. Les IoT (pour the Internet of Things — l’internet des objets) sont perçus comme une intelligence embarquée dans un équipement, souvent mobile et donc très appréciable pour la valeur ajoutée qu’ils peuvent produire quand cette dernière n’est pas absurde. L’exemple le plus criant c’est l’IoT domestique comme les enceintes connectées, véritable piège à liberté, et à la valeur ajoutée douteuse sauf pour une personne à mobilité réduite par exemple. Cette enceinte connectée n’a pourtant jamais été imaginée pour fournir un service compensé en vue de réduire le handicap. Le cahier des charges portait un autre enjeu qui se résume à celui de la donnée. Le schéma d’innovation est simple : quel nouveau service apporter pour collecter encore plus de données personnelles !

La donnée : la clef de voûte des IOT

C’est en effet la donnée qui produit la valeur ajoutée de l’IoT pour l’opérateur et elle est particulièrement subtile, cette donnée. En premier lieu, elle contient un rapport de situation, c’est-à-dire qu’elle évoque le contexte et les événements qui se produisent dans et autour de l’IoT. Le cadre sonore, s’il y a des voix, la géolocalisation, la période de la journée, la nature des conversations quand elles sont audibles pour le système, etc. Ensuite, elle se consolide dans une base de données qui va corréler les événements automatiquement rapportés avec les activités engagées par l’utilisateur de l’IoT, l’usage qu’on en fait en somme. La corrélation de ces deux informations va permettre de produire une scène de vie dans laquelle on va intégrer des marqueurs qui classifieront l’usager selon une table de critère socio-ethnique. Par exemple, l’enceinte Google Home peut savoir si vous êtes un enfant ou un adulte. Une femme ou un homme, mais aussi votre orientation sexuelle, religieuse, vos opinions politiques, vos points de vue sur le monde et la société. Echo Dot d’Amazon sait ce que vous mangez, ce que vous buvez et ce que vous écoutez quand vous ne regardez pas la télévision. Et si vous n’avez pas acheté votre livre en espèce dans une librairie, elle sait aussi ce que vous lisez et si vous en avez terminé la lecture. Les opérateurs vous diront toujours qu’une enceinte connectée n’écoute qu’à partir du moment ou elle a été interpellée ! Plus c’est gros, plus ça passe ! Si la donnée sonore n’est pas traitée systématiquement, elle est toujours enregistrée.

L’enceinte Alexia le sait, car elle garde en mémoire cette histoire que nous alimentons chaque seconde de notre vie depuis chez vous avec l’enceinte, depuis l’extérieur avec votre montre connectée et si vous n’en avez pas, votre mobile fera l’affaire et racontera toute l’histoire à votre place. Car finalement le premier IoT du marché, c’est votre téléphone connecté.

Et quand les IoT à reconnaissance faciale seront répandus comme nos smartphones, en plus du son, Alexia aura aussi l’image ! On l’aura compris, l’assistant vocal est un IoT connecté particulièrement puissant et répandu à plus de 100 millions d’exemplaires à ce jour.

L’IOT : le précurseur de la Smart City

En revanche, cette invasion désormais inévitable sait apporter un service magistral pour les personnes déficientes visuelles ou physiques par exemple. En effet, grâce à l’apport des fournisseurs de services comme Oui.sncf, Decathlon, France Info et Marmiton pour ne citer qu’eux, il est désormais possible d’acquérir un service complet sans toucher un clavier. Vite dit, mais c’est une révolution, accessible pour quelques centaines d’euros pour les plus coûteuses d’entre elles, et gratuite à l’usage. Cet apport est l’illustration parfaite de la valeur ajoutée produite par un IoT puissant et pensé. Car il est bon de savoir que plus l’IoT à une faculté d’insertion dans la vie privée, plus il peut être performant et serviable. Que ce soit dans le domaine médical, l’hôtellerie, le transport ou même l’industrie, cet objet va commencer par tout changer quand il sera en interaction avec ses voisins et de façon autonome. Les efforts domotiques en sont les premiers fruits que nous pouvons exploiter. L’entreprise n’est pas en reste, et bientôt les services publics fourniront eux aussi des services dédiés par l’IoT au travers des services de la Smart City – la citée intelligente.

 

Restons méfiants tout de même et mesurés quant à l’usage qu’on peut en faire. L’excès n’est pas la solution, la réserve serait un gâchis. L’intelligence de ces outils ne doit pas occulter notre libre arbitre et ainsi remettre en cause notre modèle de pensée. Pour ce faire, il est important de prendre conscience de la pertinence de l’usage et de son impact sur l’environnement dans lequel il est exploité.  Un IOT en contact avec un jeune enfant ou un IOT dit « de santé » n’aura pas la même attention de votre part qu’un IOT dit « de tous les jours ». c’est bien là que le bât blesse.

L’IOT  et les données qui y sont contenues font aujourd’hui l’objet d’un véritable vide juridique ! Pas de réglementation européenne sur le sujet d’éventuels vices de conception ou défaut de construction. L’innovation à un prix, il est celui de la prise de marché dans un secteur qui offre d’ici 2022 un chiffre d’affaires estimé à 150 milliards de dollars.