Depuis son apparition, il y a quelques décennies, la conception lumière connaît une évolution de ses dimensions. Alors que l’éclairage est passé d’une approche techniciste à une vision plus large qui couvre l’ensemble des champs de la fabrique de la cité, la lumière devient une composante indispensable de l’aménagement sur le plan social, culturel, économique, esthétique, politique, touristique, environnemental et technologique.

La raréfaction des ressources exacerbée par les changements climatiques, ainsi que la digitalisation progressive des services accélèrent l’apparition de modes de vie en adéquation avec des espaces urbains en métamorphose continue. Les systèmes urbains jouent un rôle crucial dans les transitions actuelles. C’est pourquoi, le réseau d’éclairage public a beaucoup à apporter dans le développement des villes. Il permet d’assurer un maillage de l’ensemble des territoires, et peut être source d’innovation urbaine. Les potentialités de la lumière à changer l’espace urbain offrent, à bien des égards, de nouvelles perspectives d’évolution des pratiques urbaines. Autrefois, l’éclairage était focalisé sur le tout automobile, mais à présent, la priorité est donnée peu à peu au confort piéton.

Également, l’éclairage public est un volet essentiel dans la fabrication des Smart Cities. Ainsi, les lampadaires communicants sont générateurs de multiples services et favorisent l’adaptation aux nouveaux usages qui émergent de plus en plus. Il est possible désormais de superviser en temps réel le fonctionnement des infrastructures communicantes, de télé-gérer les parcs d’éclairage en détectant les anomalies ou en baissant l’intensité d’éclairement via des capteurs de luminosité en fonction des passages et des situations à l’aide d’une commande décentralisée et de contrôler continuellement les consommations énergétiques tout en mettant l’accent sur les sources renouvelables. Cette intégration des services se concrétise par le déploiement des caméras de vidéosurveillance, l’équipement en capteurs de pollution de l’air ou de bruit et l’installation des bornes wifi ou des panneaux publicitaires dynamiques.

L’éclairage public permet ainsi d’adosser une diversité de systèmes urbains intelligents, y compris en matière de mobilité durable, par la fixation des bornes de recharge de véhicules électriques dans les candélabres. Ces expérimentations pourraient avoir lieu dans les écoquartiers développant le concept des SmartGrids, lieux propices à l’innovation urbaine et écologique. Il est approprié d’indiquer que les certifications environnementales internationales contribuent aussi à exceller dans la création urbaine et la standardisation des solutions d’éclairage plus respectueuses de l’environnement.

Ces nouvelles dispositions d’optimisation amènent davantage de flexibilité et de réactivité, de manière à renforcer la résilience urbaine. Dans la continuité de ce renforcement capacitaire, il convient de se diriger vers un pilotage performantiel de l’éclairage urbain à travers la généralisation de solutions ergonomiques et esthétiques, mais aussi compétitives et frugales. Ces choix sont justifiés par un seul but : l’intérêt général.

Pour développer ces nouveaux modes conceptuels et atteindre de bonnes performances techniques, une voie intéressante serait de réformer les outils de financement en promouvant intensément les
partenariats Public-Privé, de sorte que les ressources se diversifient et facilitent le lancement de chantiers majeurs tout en réduisant les dépenses et en maintenant la continuité du service public. Il est à noter aussi que le succès de certaines opérations à l’échelle internationale peut participer au changement de culture des acteurs opérant dans la chose publique.

L’un des facteurs de succès d’une stratégie d’éclairage est d’intégrer le processus d’évaluation des politiques publiques. Cette évaluation pourrait également intervenir en amont des projets, sous forme de test grandeur nature sur des artères à titre expérimental par exemple. Aussi, il est fondamental d’investir dans la recherche appliquée pour développer plus fortement de nouveaux outils de participation citoyenne pour l’inclure aux processus d’évaluation et bénéficier des remontées de terrains ainsi que du ressenti des urbains. Il faudrait également évaluer l’application de la technologie, et ce notamment à travers la collecte et le partage des données. Et sans oublier le traitement nécessaire de ces informations touchant la gestion urbaine, par des méthodes d’intelligence artificielle, pour effectuer à terme des choix appropriés en la matière.

La conception lumière englobe la prise en considération des spécificités de chaque continent, chaque pays, chaque territoire car les besoins et les degrés d’avancées ne sont pas tout à fait les mêmes ainsi que les terrains d’actions et les procédés d’interventions des parties prenantes. Dans cette perspective, de compréhension de l’éclairage à l’heure actuelle, il est important de définir ce qu’est l’urbanisme lumière, une nouvelle discipline qui rend compte de la diversité des enjeux urbains contemporains.

L’URBANISME LUMIÈRE : UN NOUVEL OUTIL DE PLANIFICATION DE L’ÉCLAIRAGE

Les villes sont de véritables terrains d’ingéniosité et d’inventivité urbaine. La valorisation par la lumière des différentes composantes urbaines est inhérente à la conception urbanistique contemporaine. Cette pensée globale est caractérisée par de nouvelles méthodes de production des espaces urbains. La transition d’un modèle d’éclairage traditionnel vers d’autres manières de faire la lumière est au cœur des changements présents et futurs.

La ville, comme lieu provocateur d’expériences humaines diverses, par la multiplication des interactions qu’elle concentre, doit s’adapter à ses occupants et à l’évolution des usages. C’est dans cette logique d’évolution des façons de faire la ville que l’urbanisme lumière apporte des instruments renouvelés dans l’aménagement global. Il s’agit d’un domaine relevant de nombreuses disciplines liées à l’urbain (Urbanisme, Design, Paysage, Ingénierie territoriale, Architecture) qui vise à planifier et anticiper les transformations liées à la lumière urbaine à différentes échelles (globale, locale, ville, quartier, rue). En effet, il est question d’un mode de planification puissant qui redéfinit structurellement l’image de marque d’un territoire et promeut des configurations revisitées des espaces. Cette nouvelle forme de planification propose, par ailleurs, des dispositions pour mettre en œuvre l’urbanisme transitoire et éphémère.

D’une certaine manière, l’urbanisme lumière invite à découvrir la ville sous différents angles et points de vue, il intègre les perceptions multiples autant des acteurs que des maîtres d’usage. La prise en compte des perceptions sensorielles et sensibles des populations citadines sert à mieux comprendre le vécu et l’expérience des populations. Cette alliance urbanisme et lumière permet de créer des ambiances lumineuses réfléchies en cohérence avec les sensibilités et les besoins des villes. C’est un levier de développement qui participe qualitativement au remodelage des centralités urbaines et des axes majeurs comme les monuments historiques, les bâtiments municipaux, les infrastructures marquantes et les ponts.

La réflexion autour de l’urbanisme lumière devrait conduire les responsables locaux à porter une ambition de renouvellement profond des stratégies d’éclairage et inciter à un questionnement des politiques traditionnelles d’éclairage public pour offrir aux citadins de meilleures conditions de vie urbaine. L’objectif est de mieux rendre compte des différents enjeux urbains, de valoriser entre autres l’histoire et l’identité mais aussi de renforcer l’attractivité économique et touristique des villes.

Par ailleurs, le mariage Urbanisme et Lumière structure le design biophilique des villes, un facteur de bien vivre pour les maîtres d’usages. La conception lumière, faisant partie du design urbain, vise à améliorer la qualité urbaine et les ambiances nocturnes. En jouant sur la diversification des sources d’éclairage, le Design des milieux de vie serait mieux adapté à des critères qualitatifs afin d’offrir des cadres de vie plaisants et accessibles. De plus l’éclairage est un levier pour magnifier le design des villes et mettre en valeur leurs atouts remarquables. En outre, la cohérence de la conception lumière et le travail fin des acteurs permettent l’amélioration du confort visuel et le déploiement d’un éclairage prenant en considération l’impact de la lumière sur la santé.

De plus, l’urbanisme lumière se caractérise par une lecture transdisciplinaire qui répond à une diversité d’usages et de fonctions, qui comprend une variété de professionnels liés à la planification et à la gestion des villes. Ce modèle dépasse l’aspect purement fonctionnel-sécuritaire et permet de rendre compte de la diversité des dimensions liées à la fabrique urbaine : économique, sociale, culturelle, historique, sanitaire, environnementale et technologique.

Pour prendre en compte ces nouveaux processus de l’urbanisme organisationnel, l’urbaniste voit son rôle s’étendre à plusieurs niveaux et son champ d’interventions évoluer considérablement. En effet, l’urbaniste, acteur clé de la ville est le garant de la qualité et de l’efficacité urbaine. Il est le metteur en scène et l’animateur, qui met en avant le besoin de développer une lumière sociale et inclusive pour davantage de convivialité dans les villes. Ce travail nécessite une étroite collaboration avec les concepteurs lumière et les designers pour obtenir des résultats satisfaisants en parfaite harmonie avec les attentes des pratiquants de la ville. Autrement dit, l’urbaniste a besoin, à titre d’exemple, d’outils d’appui à la planification urbaine pour mieux comprendre la vie nocturne et ses effets. Ces démarches de progrès renforcées par l’avancée permanente de la technicité, des équipements et matériaux, ouvrent de nouveaux horizons aux villes souhaitant s’outiller en moyens d’éclairage à la hauteur des aspirations de ses populations. Dans ce cadre, le Cabinet Aurasitus opérant dans une nouvelle génération de projets urbains pluridimensionnels en corrélation avec les Smart Cities et la performance environnementale, coopère avec des concepteurs lumière de classe mondiale, pour proposer aux institutions publiques ainsi qu’aux opérateurs privés, qu’ils soient acteurs de l’immobilier ou exploitants d’infrastructures routières, des solutions de conception et de mise en œuvre de stratégies lumière accompagnant les mutations territoriales.

De nouvelles méthodes de conception des espaces par la lumière s’imposent aujourd’hui. Originellement issue des arts de la scène, la conception lumière a développé de véritables outils urbanistiques pour répondre aux enjeux et préoccupations liés au développement des villes à l’heure actuelle. Les interventions se traduisent par la mise en place d’expériences urbaines, de parcours ou de mise en scène.

Il est donc particulièrement pertinent d’élaborer un plan lumière par zone (à l’échelle de rues, de places ou de quartiers) et de définir des programmations d’illuminations évolutives, dans l’espace et dans le temps, afin d’adapter la luminosité aux besoins des maîtres d’usages et aux typologies des édifices publics ou de grandes places structurantes. Généralement, les interventions sont souvent orientées vers les quartiers historiques et centriques, il est donc important d’étendre les interventions aux quartiers moins centriques ou les banlieues, en prenant aussi en compte leurs besoins spécifiques et leurs singularités. Au fond, il serait judicieux d’éclairer la vie des habitants eux-mêmes en privilégiant des méthodes ouvertes et décentralisées.

Concernant l’aspect environnemental, il ne suffit plus d’éclairer simplement, mais d’éclairer juste par un ciblage et un usage raisonné des technologies. Par rapport à la finition architecturale, la miniaturisation par exemple est un outil qui permet de mieux intégrer et cibler l’éclairage. Il est aussi recommandé d’accorder une grande place à la maintenance et l’entretien tout en intégrant les conditions météorologiques ainsi que les types de revêtements, qui impactent la réverbération de la lumière.

La lumière urbaine planifiée a vocation à enrichir les ambiances lumineuses des espaces existants. Elle permet de répondre à la création d’espaces multifonctionnels. Aussi, la diversité des applications et des usages de la lumière entraîne une certaine complexité dans la mise en place de projets d’éclairage.
En participant à répondre à la diversité des besoins, notamment dans le cadre de projets visant à encourager la mixité des espaces, la lumière urbaine peut jouer un rôle dans l’harmonisation des fonctions et des usages.

Les acteurs de la conception lumière sont représentés essentiellement par les Urbanistes, les Concepteurs lumière, les Éclairagistes et Artisans, les Politiques, les Services techniques des collectivités territoriales, les Sociétés d’économies mixtes, l’Etat, les associations, la Société Civile et les industriels. Quant aux outils de planification, ils se multiplient et prennent forme. A l’heure actuelle, les documents et stratégies de planification varient en fonction des pays. En général, le Schéma Directeur d’Aménagement Lumière (SDAL) reste l’outil phare. Il existe aussi le plan lumière, le Schéma de cohérence territoriale, le plan local d’urbanisme et les plans d’aménagement globaux. Il est nécessaire d’intégrer l’aménagement lumière aux documents de planification car il s‘agit d’une question transversale et non indépendante des autres problématiques urbaines, comme la sécurité, l’énergie et la pollution.

Pour ancrer la conception lumière dans les politiques locales, il est crucial d’adopter une démarche éducative pour sensibiliser les donneurs d’ordres et toute la chaîne de valeur.
L’évolution de la méthode d’éclairer l’espace offre l’occasion d’intégrer les nouveaux défis urbains.
La montée en puissance des villes intelligentes prépare le terrain à ces nouvelles manières de faire au profit des populations directement impactées, grâce à des critères d’évaluation urbaine adaptés aux contextes locaux et des outils techniques très avancés.
L’alliance Urbanisme et Lumière offre de nouvelles applications possibles pour maximiser l’utilité et les fonctionnalités de la lumière urbaine. Enfin, la transition en cours de l’éclairage public vers la lumière urbaine, implique de revoir les modèles économiques ainsi que les multiples facteurs de la conception urbaine dans toute sa complexité et sa diversité, pour construire des espaces intelligents, durables, respectueux de l’environnement et parfaitement insérés aux paysages urbains.