OPINION// Le 8 février 2021, 120 start-ups françaises ont été sélectionnées afin d’intégrer le prestigieux programme de la French Tech 120. En 2020, ce dispositif a été à l’origine de la création d’environ 10 000 emplois en France. Cet écosystème réunit à la fois des start-ups, des investisseurs, des décideurs et des community builders. Pour la deuxième année consécutive, Keranova a le plaisir d’y prendre part.


Par Virginie Gallego-Roquelaure, professeur des Universités, iaelyon school of management, Centre de recherche Magellan, Université Lyon 3 et Ludivine Adla, maître de conférences HDR, Grenoble IAE, Laboratoire CERAG, Grenoble INP-UGA


Créée en 2016, cette start-up compte désormais 35 salariés. Evoluant dans le domaine des technologies médicales innovantes « deep tech », son cœur d’activité est la conception et le développement d’équipements chirurgicaux de blocs opératoires destinés à différentes indications ophtalmologiques. C’est la découverte scientifique de deux Professeurs d’ophtalmologie de renommée mondiale, les Professeurs Gain et Thuret, qui donne naissance à Keranova. Bénéficiant d’une avancée technologique majeure, cette start-up détient un portefeuille de 13 brevets. Les recherches menées s’inscrivent dans un objectif de santé publique puisqu’elles visent à révolutionner la chirurgie de la cataracte. Son innovation repose sur la création d’un robot chirurgical qui utilise le laser mis au point par le Professeur Mourou, prix Nobel de physique. A sa tête, Fabrice Romano, de formation vétérinaire spécialisé en ophtalmologie, est un entrepreneur visionnaire. Il a réussi un tour de force en levant près de 30 millions d’euros.

Dans une optique de croissance, cet entrepreneur s’est appuyé sur les membres de son réseau avec lesquels il a échangé des dons et des contre-dons (Mauss, 1925). Cette théorie permet de mieux comprendre le mode de fonctionnement des échanges (Caillé et Grésy, 2014). A partir de nos recherches en sciences de gestion et du management menées sur la théorie du don/contre-don (Adla et Gallego-Roquelaure, 2019), nous mettons en lumière trois principaux leviers de croissance.

1er levier : Puiser dans son stock de dons

Fabrice prend le risque d’abandonner sa carrière de vétérinaire pour intégrer une entreprise du secteur de la santé. Ce tournant l’amène progressivement à occuper des fonctions managériales, le conduisant à échanger et à partager de nombreuses informations. Fort de plusieurs expériences, son stock de dons accumulés l’incite à prendre son envol en créant une première « pépite de la chirurgie de l’œil » en 2008 : Eye Tech Care. C’est en capitalisant sur son parcours que Fabrice a l’intuition de créer Keranova.

Sa personnalité, ses connaissances et son côté « explorateur » le poussent à rechercher en permanence de la nouveauté et à entreprendre. Souvent à contre-courant, il n’hésite pourtant pas à se fier à son intuition pour révolutionner le secteur de la santé.

 

2ème levier : S’appuyer sur des relations inattendues

Ce serial entrepreneur choisit d’alterner entre entrepreneuriat et salariat, ce qui lui a notamment permis de donner de son temps au sein d’un incubateur lyonnais. Il accompagne de jeunes entrepreneurs en partageant son expérience, tout en échangeant régulièrement avec des entrepreneurs chevronnés de l’écosystème. Le caractère inconditionnel des dons réalisés montre la volonté de l’entrepreneur de tisser des relations avec les membres de son réseau sans pour autant attendre une contrepartie. Toutefois, le hasard des rencontres lui a permis de bénéficier de contre-dons inespérés. En effet, deux années plus tard, il est sollicité par deux Professeurs d’ophtalmologie, dont il avait fait la connaissance auparavant. Ces chercheurs stéphanois pensent avoir fait une découverte scientifique majeure. Prenant appui sur son expérience, Fabrice propose de la détourner afin de l’utiliser pour soigner la cataracte. Il conçoit alors une machine robotisée qu’il appellera FemtoMatrix. La dynamique de don/contre-don cultivée entre les Professeurs et l’entrepreneur occupe une place de choix dans cette success story.

 

3ème levier : Faire le pari de la coopération

S’inscrivant dans une logique de croissance, Fabrice s’appuie sur son réseau pour développer de nouvelles coopérations. Il s’entoure ainsi de personnes de confiance avec lesquelles il a déjà travaillé. Le recrutement est l’une des clefs de la croissance de Keranova : Fabrice Romano ne recrute pas des salariés pour travailler dans une entreprise, mais pour s’engager sur un projet. Au vu de ses ambitions pour sa start-up, il va même jusqu’à s’associer avec son ancienne banquière : il lui propose alors de rejoindre l’entreprise en tant que Directrice Générale. Denise Hoblingre va ainsi contribuer à propulser la start-up grâce à son talent !

La coopération est aussi fondée sur des partenaires externes : 8 chirurgiens de renommée internationale et des investisseurs qui participent au développement de l’innovation. Ces échanges réguliers font évoluer l’entreprise : elle se transforme en fonction des partenaires et des remises en question permanentes. Ces collaborations ont permis de déployer une innovation unique au monde qui a été saluée par de nombreuses récompenses telles que le prix Medtech des Trophées des start-ups.

La croissance de Keranova repose aussi sur la French Tech 120, compte tenu de la diversité des dons (connaissances, soutien, conseils…) que ce réseau renferme. Et c’est dans ce contexte, que la visite du Secrétaire d’Etat chargé du numérique, Cédric O, a mis sous le feu des projecteurs cette start-up en pleine croissance !


Tribune par Virginie Gallego-Roquelaure, professeur des Universités, iaelyon school of management, Centre de recherche Magellan, Université Lyon 3 et Ludivine Adla, maître de conférences HDR, Grenoble IAE, Laboratoire CERAG, Grenoble INP-UGA