OPINION | Rythme cardiaque, niveau d’anxiété ou d’activité physique sont à une simple portée de poignée. Docteur et diagnostic sont à un clic. Passeport vaccinal et informations de santé sont à un scan de QRcode. Grâce au numérique et aux nouvelles technologies, notre rapport à la santé a drastiquement évolué.

 

Les géants de la tech en bonne voie

Après avoir imposé les standards de nos vies numériques, les GAFA ont investi massivement le secteur de la santé. Ce n’est pas une surprise si on écoute la maxime, qui rappelle le paradigme de cette nouvelle économie : “il n’y a plus de marché, seulement des clients”. Et ce n’est d’ailleurs pas la réglementation, barrière forte à l’entrée de ce secteur, qui arrêtera ces géants et nouvelles licornes qui en adoptent les codes.

Si nous pouvons réserver simplement un hôtel, un taxi ou commander un livre, l’expérience du parcours de soin est, elle, encore aujourd’hui si pénible que les GAFA ont un boulevard devant eux. Un boulevard à condition d’anticiper les régulations et de regagner la confiance des utilisateurs dans l’usage, la sécurisation de leurs données et la transparence de leurs algorithmes. Et nous y sommes déjà entrés dans ce boulevard. Google, avec le rachat de 57 startups dans le secteur de la santé, s’arme avec des appareils connectés par exemple. La nouvelle version de la montre connectée d’Apple permet de mesurer le taux d’oxygène dans le sang, faire des électrocardiogrammes ou encore de suivre le rythme du sommeil. Quant à l’entreprise de Redmond, Microsoft, elle s’est offerte Nuance pour la bagatelle de quelques 19,7 milliards de dollars pour progresser dans l’expérience de téléconsultation grâce à l’intelligence artificielle. 

Demain à notre chevet

Dans un futur proche, il est assez facile d’imaginer que nous pourrons nous faire soigner dans un environnement physique créé par Amazon, où l’expérience sera tout aussi fluide que sa marketplace de produits de consommation. L’entreprise pourra même grâce à ses infrastructures cloud, tester grandeur nature ses prochains produits et services de santé. Facebook aura poussé la logique de téléconsultation à son paroxysme, pour interagir et se faire suivre par son médecin traitant dans des metaverses. Les patients et professionnels de santé seront équipés des technologies connectées de Google pour les accompagner et les assister au quotidien.

Devant cette fiction très réaliste, voulons-nous vraiment laisser ce boulevard aux modèles proposés par ces géants et leur laisser entièrement la main sur notre parcours de santé ?   Aujourd’hui encore, des points de friction majeurs demeurent dans nos parcours et dans le quotidien des médecins. 80% d’entre eux en France déclarent que leur profession affecte sérieusement la qualité de leur vie selon la Haute Autorité de Santé. Tous les futurs sont encore possibles, aux acteurs “traditionnels” tels que les laboratoires pharmaceutiques et les sociétés savantes de prendre part à ce futur. Un indice montre déjà la direction : la santé est le secteur le plus investi par les VCs en Europe (13.7 milliards de dollars en 2019) dans des startups sur l’ensemble de la chaîne de valeur (recherche, industrie, distribution, observance, aide à la décision de traitement).

Innover vite

Dans cette transformation de la santé, ce sont de nouvelles perspectives qui s’offrent à nous. Les professionnels de santé auront davantage de temps auprès de leurs patients grâce à une facilitation de leurs tâches administratives et répétitives. Nos capacités de prévention seront poussées plus loin grâce aux appareils connectés de nos quotidiens. Le suivi de patients bénéficiera de solutions médicales et technologiques de plus en plus poussées et dont la data sera interopérable entre les acteurs du parcours de soin afin de proposer une expérience complète, transparente et sans friction. C’est peut-être enfin l’ensemble du modèle de valeur qui évoluera, avec des traitements et des solutions dont le prix dépendra désormais de l’efficacité et non plus simplement du volume comme l’expérimentent déjà certains grands hôpitaux aux Etats-Unis comme l’Intermountain Medical Group.

Si les laboratoires, entreprises pharmaceutiques, hôpitaux, ou autres acteurs “traditionnels” commencent à en réaliser les enjeux, il faut maintenant réussir à passer à l’étape suivante : innover mieux que les GAFA. Innover non plus pour les médecins et les patients mais bien avec eux. Innover pour mettre la confiance, la simplicité et la fluidité au cœur du parcours de soin. En somme, innover pour améliorer la qualité de vie de tous.


Par Pierre Boullier, directeur de projets innovants, Fabernovel

Pierre Boullier dirige l’expertise santé de Fabernovel. Il accompagne grands groupes et laboratoires pharmaceutiques dans la conception et le déploiement de programmes de transformation organisationnelle ainsi que le développement de dispositifs d’innovation et de medical devices.