Les pays européens se sont engagés dans un combat financier dont le gagnant obtiendra la place de leader européen de l’intelligence artificielle. En effet, certaines nations ont alloué des budgets de centaines de millions d’euros à ce secteur au cours de ces dernières semaines. Elles tentent de rivaliser comme le font la Chine et les États-Unis, qui sont actuellement les leaders mondiaux de ce domaine.

Jeudi, la Grande Bretagne a annoncé un accord de plus d’un milliard de livres (1,14 milliard d’euros) pour « faire de la Grande Bretagne le chef de file de l’intelligence artificielle dans le monde ». Cependant, seulement 300 millions de livres (343 millions d’euros) de cette somme proviennent de fonds publics. Le reste émane de plus de cinquante entreprises ou organisations privées.

« La Grande Bretagne doit être à la pointe des technologies émergentes, repousser leurs limites et maîtriser l’innovation afin d’améliorer la vie des gens », a déclaré Matt Hancock, secrétaire d’État pour le digital, la culture, les médias et le sport, dans un communiqué. « L’intelligence artificielle se situe au cœur de nos projets qui nous permettront de faire du Royaume-Uni, le meilleur endroit au monde pour implanter et développer une entreprise numérique. Nous avons une grande histoire dans ce secteur et nous comptons parmi ses plus grands noms : DeepMind, Swiftkey et Babylon, mais nous pouvons faire tellement plus. En donnant un coup de pouce aux technologies de données et aux compétences de l’IA, nous aurons l’assurance de développer un pays déterminant pour l’avenir ».

Cette nouvelle a été accueillie à bras ouverts par le PDG et cofondateur de DeepMind, Demis Hassabis, sur Twitter : « C’est une bonne chose de voir le gouvernement et le secteur s’associer pour consolider la position du pays parmi les porte-drapeaux de l’IA éthique, et aux anges que cet investissement aide à encourager la prochaine génération de chercheurs du secteur ».

Il y a maintenant deux semaines, la France a promis de dépenser 1,5 milliards d’euros pour le développement de l’intelligence artificielle, alors que la chancelière allemande, Angela Merkel, présentait son projet de stratégie nationale pour l’IA, dimanche dernier. La somme d’argent que l’Allemagne souhaite investir n’est pas encore tout à fait déterminée.

Lors de l’annonce de l’investissement français, Emmanuel Macron a déclaré dans son discours : « [l’intelligence artificielle] est à la fois une révolution technologique mais aussi économique, sociale et bien évidemment éthique et donc une révolution politique au sens premier plus plein du terme si j’ose dire. Cette révolution ne se produira pas dans 50 ou 60 ans, elle est en train de se produire, des nouvelles opportunités nous sont offertes, des choix sont déjà devant nous de poursuivre ou non certains chemins d’innovation ».

Alors que dimanche soir, lors de l’ouverture du Hannover Messe, Angela Merkel déclarait : « Nous voulons également participer et être au premier rang ».

Le développeur de logiciels d’intelligence artificielle, Samim Winiger, explique : « L’Allemagne, c’est l’électron libre de l’histoire de l’intelligence artificielle européenne. Par exemple, elle dispose d’une grande quantité de politiques industrielles inhérentes aux voitures autonomes et à la robotique industrielle. Sa prochaine étape vers la big tech sera étroitement liée à sa décision de s’orienter davantage vers la Chine ».

Un peu plus tôt cette semaine, un groupe d’experts en intelligence artificielle a proposé à L’UE de joindre leurs forces pour créer un institut de l’intelligence artificielle européen. Dans une lettre ouverte, les scientifiques écrivaient que « l’Europe n’arrive pas à suivre » l’Amérique du Nord et la Chine, en appelant à créer le nouvel European lab for Learning & intelligent systems, l’Ellis.