Les exosquelettes n’appartiennent plus au domaine de la science-fiction. Ils aiguisent l’appétit des grandes marques comme Hyundai et s’implantent dans le domaine médical comme dans l’industrie.

D’Aliens à Edge of Tomorrow, les exosquelettes font depuis longtemps fantasmer Hollywood. Mais la technologie a passé le cap de la réalité. En janvier, au Consumer Electronic Show (CES), le grand salon de l’innovation, Hyundai a fait sensation avec son prototype d’exosquelette destiné aux paraplégiques, le H-Mex. Le constructeur automobile planche également sur deux autres modèles : le HUMA et le H-Wex. Conçus pour seconder la musculature humaine, ils équiperont les travailleurs dans l’industrie ou l’armée. Honda et Toyota en développent également.

En septembre 2016, le cabinet de conseil Grand View Research estimait que le marché mondial des exosquelettes atteindrait 3,3 milliards de dollars en 2025. Ces structures mécaniques adaptées au corps humain sont conçues pour assister et interagir physiquement avec leur porteur. Elles ont différents usages : la rééducation et l’assistance à la marche pour les personnes handicapées, l’aide aux opérateurs dans l’industrie et une application militaire.

Rééduquer l’humain

Le handicap est le domaine d’application qui concentre le plus grand nombre d’acteurs comme la société israélienne ReWalk et l’américaine Ekso Bionics, cotée au Nasdaq. Des start-up s’engouffrent également dans la brèche. Japet a élaboré Atlas, un exosquelette pour soulager les patients atteints de lombalgie et les accompagner dans leur reprise d’activité.

Vendue à un prix maximal de 5000 euros, cette ceinture équipée de micromoteurs est d’abord destinée à équiper les cabinets de kinésithérapies et centres de rééducation français. « La commercialisation est prévue pour le début de l’année prochaine, indique Antoine Noël le co-fondateur de Japet. Nous travaillons à l’obtention d’un marquage CE qui nous permettra un accès rapide au marché international. La Suisse, l’Allemagne et l’Italie, notamment, répondent particulièrement bien à la rééducation robotique ». La start-up est actuellement en discussion avec l’armée américaine pour équiper ses vétérans.

Investir la logistique

Mais l’industrie est un débouché encore plus important. Selon le cabinet d’intelligence stratégique ABI Research, le marché potentiel des exosquelettes industriels dépassent actuellement les 2,6 millions d’unités. « L’idée n’est pas forcément de faire des surhommes mais de préserver la bonne condition physique des opérateurs, explique Nathanaël Jarassé chargé de recherche  en robotique au CNRS. Il existe encore des postes où les travailleurs humains utilisent énormément leur corps, ce qui provoque des troubles musculo–squelettiques».

La société RB3D a commencé à travailler en 2009 sur son exosquelette Hercule pour une application militaire. En 2017, les projets sont civils. RB3D teste depuis un an un modèle avec Colas pour l’étalage du bitume. «  Notre première pré-série sera livrée à Colas d’ici l’été, un exemplaire coûte en moyenne 25.000 euros, précise Olivier Baudet le directeur commercial de RB3D. Nous  préparons aussi deux autres prototypes pour le port de charges  simples et d’outils ». Des spécimens plus compacts pour s’adapter aux contraintes industrielles.

La marque a en ligne de mire la création d’exosquelettes complets pour investir le secteur de la logistique ou de la préparation de commandes. Certaines entreprises comme Exhauss ont déjà créé des modèles spécifiques destinés à ces métiers : « Picker est le premier modèle affecté à la logistique, annonce Pierre Davezac le fondateur d’Exhauss. Le secteur est très demandeur car il souffre d’un turn-over important. J’ai déjà 1000 sociétés sur liste d’attente». La société propose des exosquelettes mécaniques dédiés au haut du corps allant jusqu’à 7000 euros et équipe déjà DHL.  « Nos solutions intéressent de grands groupes mais aussi de plus petites structures  comme de sociétés de logisticiens de 400 personnes » souligne Pierre Dazevac.

La technologie passionne également la recherche : « Plusieurs laboratoires  travaillent sur les vêtements intelligents et la robotique souple, explique Nathanaël Jarassé. Les exosquelettes ne sont plus lourds et massifs mais ressemblent à une combinaison de plongée et fonctionnent avec des systèmes  gonflables ou à câbles. » Bien loin de l’armure d’Iron Man. 

Coralie Baumard