Les investisseurs de Tesla semblent ne se soucier ni des pertes que l’entreprise peut essuyer sur le court terme ni des financements de la part des actionnaires, car de toute évidence ils pensent que la Tesla Model 3, “d’un coût abordable”, mènera tout droit au succès.

Les objectifs de développement du constructeur automobile ne semblent pas raisonnables aux yeux de certains analystes, bien que chacun prédise un éventuel succès de la marque. Cependant, Morgan Stanley (la banque américaine) s’attend à ce que Tesla fasse un partenariat avec une autre entreprise afin d’aider son financement sur le long terme.


Tesla continue d’enregistrer des pertes, et la situation ne va pas en s’arrangeant, malgré une action dont le cours ne fait que s’envoler. Pendant le premier trimestre, la perte nette de l’entreprise s’est accrue de 17% par rapport à la même période en 2016, lorsque les ventes avaient doublé en s’élevant à 2,7 milliards de dollars ; cette fois, l’entreprise accuse une perte nette de 330 millions de dollars. Le financement des actionnaires s’est élevé à un peu plus de 1 milliard de dollars au mois de mars, afin de soutenir le développement de la Tesla Model 3. Il est hautement improbable que cela soit le dernier appel au secours lancé par l’entreprise à ces derniers.

L’attention porte maintenant sur le lancement de la Tesla Model 3, la Tesla “abordable”, et sur les niveaux de développement qu’elle peut atteindre. Le montant de ce modèle tournera sûrement autour de 35 000 dollars, mais on ferait mieux de s’attendre à une somme proche de 45 000 dollars.

Morgan Stanley estime que seulement 2 000 voitures Tesla Model 3 seront développées cette année, et 90 000 l’année prochaine, c’est-à-dire moitié moins que les objectifs fixés il y a trois mois. L’analyste Adam Jonas, de la banque Morgan Stanley, a publié un rapport dans lequel il a rétrogradé l’action Tesla en la faisant passer de “sur-pondérée” à “sous-pondérée”. Il a aussi maintenu son prix envisagé pour l’action en bourse de l’entreprise à 305 dollars. Le coût de l’action a fait un bond en passant de 180 dollars en décembre dernier à environ 318 dollars mardi.

Tesla a annoncé que le développement de sa Tesla Model 3 atteindrait un chiffre annuel d’un peu plus de 500 000 voitures, courant 2018. Le constructeur a également fait savoir que la production globale – comprenant les Model S, Model X et Model 3 – serait aussi de 500 000 en 2018, avec un objectif de 1 million d’ici 2020. Cet objectif prend en compte l’arrivée du Model Y, un SUV compact, fin 2019 ou en 2020.
Selon Morgan Stanley, cela n’est même pas envisageable pour l’entreprise ; elle estime que Tesla ne parviendra pas au nombre de 500 000 Model 3 produites avant 2024.

La banque d’investissement Evercore ISI est un peu plus optimiste que Morgan Stanley, prévoyant la vente de 280 000 Model 3 en 2018 et concédant à Tesla le chiffre annuel de 500 000 pour la fin 2019.
Les plans de Tesla sont néanmoins très ambitieux.

“Pour replacer la croissance de Tesla dans son contexte, nous notons qu’il a fallu à Porsche 10 ans, et quatre gammes de produits pour passer d’à peu près 35 000 unités à 100 000 unités. Tesla est sur le point de connaître une croissance similaire en seulement 3 ans,” explique l’analyste Evercore ISI George Galliers.

Adam Jonas, chez Morgan Stanley, s’attend lui à l’émergence d’une concurrence exceptionnelle, qui va venir menacer la stabilité des marchés du transport et de la mobilité de Tesla, concurrence qui, selon lui, ne proviendra peut-être pas des constructeurs automobiles traditionnels.

“De nombreux éléments nous ont suggéré la préparation soutenue d’un assaut du marché de la mobilité partagée, autonome et électrique par des grosses entreprises du secteur de la technologie,” exprime Jonas. Il fait référence aux plans de Alphabet’s Waymo, la filiale Google (dédiée à la voiture autonome) et d’Apple concernant le transport autonome.

“Nous sommes intrigués par le nombre d’investisseurs avec lesquels nous parlons et qui considèrent que le plus grand risque de compétitivité de Tesla provient de l’industrie automobile existante. Nous ne voyons pas cela sous le même angle. Nous croyons que la concurrence la plus importante pour Tesla viendra en fin de compte des entreprises tech les plus grandes et au capital le plus important à l’échelle mondiale. Beaucoup de ces entreprises – telles que Alphabet, Apple et d’autres – sont déjà en train de tester des véhicules pleinement autonomes sur les routes”, déclare Jonas.

Tesla ne sera peut-être pas en mesure de maintenir sa posture en tant qu’entreprise indépendante, indique t-il, bien qu’il souligne le fait que Tesla n’ait pas fait de commentaire sur cette possibilité et qu’il n’ait lui-même aucune connaissance des éventuels accords passés par l’entreprise.

“Nous avons de plus en plus de mal à imaginer Tesla comme le maillon dominant du marché et comme une entreprise indépendante sur le long terme. Nous nous demandons si elle ne se porterait pas mieux en trouvant un partenaire qui puisse participer à l’investissement initial dont elle a besoin,” conclut-il.