Les fintech sont ces sociétés qui combinent une compétence métier en finance et une solution technologique intégrée comme étant le noyau de leur modèle économique.

Elles peuvent prendre la forme de plateformes de paiement en ligne, de plateformes de financement participatif, de trading et opération de change, d’affacturage, d’agrégateur de comptes, de force de vente de services financiers, de gestion d’épargne etc.


Les fintech françaises doivent rattraper le train en marche

Il est constaté que les fintech françaises sont en retard sur leurs voisines européennes en termes de levées de fonds. Alors, il devient intéressant de comparer les montants levés par les 10 premières fintech de chaque pays :

Le Royaume-Uni, fer de lance de la fintech européenne

En 2015, le top 10 des fintech anglaises ont levé presque 1,5 milliards de dollars. Le marché britannique est le mastodonte de la fintech européenne. Les fintech anglaises connaissances une croissance exponentielle, en passe de lutter contre les fintech américaines. Londres apparait souvent comme la capitale mondiale des fintech, tant les porteurs de projets et les investisseurs sont présents sur le marché.

Cependant, la bataille est acharnée pour devenir le dauphin européen des anglais en matière de fintech. A ce jeu-là, il semblerait que les fintech allemandes prennent le dessus sur leurs voisines françaises : le top 10 des fintech allemandes ont levé 1 milliard lorsque le top 10 des fintech françaises ont, quant à elles, levé moins de 250 millions de dollars.

Les fintech américaines championnes incontestées des « Licornes »

Les licornes, ce sont ces startup qui ont une valorisation supérieure à 1 milliard de dollars à leur dixième anniversaire.

Aux Etats-Unis, les « Venture Capital » ont investi plus de 7 milliards de dollar dans les fintech. Ce n’est donc pas un hasard s’il existe une dizaine de fintech américaines dont la valorisation est supérieure à 1 milliard de dollars. D’ailleurs, Patrick et John Collison sont les cofondateurs de la plateforme de paiement mobile américaine Stripe.

Au Royaume-Uni, les « Venture Capital » ont investi moins d’un milliard et le royaume compte que 2 licornes (TransferWise et Funding Circle).

En Allemagne et en France, c’est respectivement moins de 193 millions et 80 millions de dollars investis par les Venture Capital. Les deux pays n’ont aucune fintech dont la valorisation dépasse le milliard de dollars.

Il est alors intéressant de comparer le poids des fintechs dans le paysage financier traditionnel. En 2015 aux Etats-Unis les banques ont prêté plus de 8 milliards de dollars au secteur privé des entreprises et il existe au moins 8 banques systémiques (vs 7,7 milliards de dollars injectés par les Venture Capital pour 11 Licornes).

C’est presque 4 milliards de dollars au Royaume-Uni pour 3 banques systémiques et 2,6 milliards en France pour 4 banques systémiques : 

Comparatif des financements des fintech

 

Quels atouts pour les fintech françaises ?

Nous constatons ainsi que la disproportion entre le poids des fintech en France et celui des acteurs bancaires traditionnels est abyssale, et que la mutation du paysage financier français n’est pas encore amorcée.

Mais quels sont les atouts des fintech en France et pourquoi ces start-up ne sont encore que des start-up ? Pourquoi sont-elles si marginalisées et encore si faiblement implantées dans le paysage financier traditionnel ?

Les principaux atouts des fintech sont leur valeur ajoutée en termes de rapidité d’exécution et de facilité d’utilisation. Tout cela pour un coût mesuré et un service toujours plus orienté vers le besoin clients, offrant un service simple, efficace et pragmatique.

Mais les fintech en France manquent de moyens. Leur portée commerciale est encore faible, lorsque les acteurs traditionnels occupent le terrain de la publicité, de la communication et de la médiatisation. Si bien que les fintech ne peuvent pour l’instant pas rivaliser, souvent cantonnées à des clients « early adopters » ou à une frange de la population surinformée sur les nouvelles technologies et sur les nouveaux modes de consommation, ou encore une population qui franchit le pas et se tourne vers les fintech par exaspération des acteurs classiques qui ne proposent plus d’offres correspondant à leurs attentes et à leur mode de vie.

Les fintech en France ont donc de nombreux arguments à faire valoir : un vivier d’ingénieurs ultra compétents, des solutions technologiques pertinentes et qui répondent à des besoins, que ce soit pour les particuliers ou les entreprises, un cadre réglementaire propice aux évolutions, comme notamment la fin du monopole bancaire mis en place fin 2014, lorsque les plateformes de crowdfunding ont pu proposer des prêts aux entreprises ou entre individus. A tout cela, nous pouvons ajouter des pouvoirs publics volontaristes, qui souhaitent faire de la France un pays leader de la fintech. Cependant, les freins institutionnels et bancaires sont forts, les réformes fiscales et spécifiques à ces nouveaux marchés encore inexistantes et certaines dispositions réglementaires encore obsolètes pour les nouveaux métiers de la fintech. Autant d’éléments qui font de la France un mastodonte difficile à bouger, lent dans sa mutation et sa propension à accepter le changement, lorsque les Etats-Unis et les Royaume-Uni ont déjà 3 ans d’avance sur nous.

Alors, les fintech et les acteurs bancaires réalisent des partenariats, mais à un niveau encore trop timoré. Le propre des institutions financières françaises étant de monter dans le wagon lorsque le train est déjà passé, alors que les anglo-saxons n’hésitent pas à sauter dans le train avant même que celui-ci n’ait démarré.

Dans le paysage financier français, le poids des fintech classique augmentera sans conteste, mais à un rythme lent, au fur et à mesure que certains acteurs auront compris que leur activité traditionnelle n’offre plus de croissance, voir qu’elle décline. C’est alors que beaucoup d’acteurs historiques réfléchiront à accélérer les partenariats timides qu’ils auront déjà engagés, mais sans vouloir se tromper, en prenant encore quelque temps à décider des orientations et intégrations stratégiques. Pendant ce temps, les acteurs américains et britanniques de la fintech et de la banque classique n’auront-ils pas déjà optimisé leur relation ? En évitant des erreurs passées, des réorientations en toute agilité et rapidité, n’auront-ils pas déjà fusionné, avec une maturité qui leur permettra d’attaquer le marché européen en toute tranquillité à l’image de Google, Amazon, Facebook & Co, et autres géants si puissants que toute initiative vouée à les concurrencer serait un échec annoncé ? Il n’est plus question de « too big to fail » mais bien de « speed to lead ».

Enfin, voici une infographie qui résumera les écarts entre les fintech des pays cités dans l’article :